Hyper Cacher: le récit glaçant de 4 heures et 4 minutes de terreur – Le Figaro

Spread the love
  • Yum

Comme parfois les bourreaux méthodiques, celui de l’Hyper Cacher, Amedy Coulibaly, affiche une sorte de morgue pendant qu’il réalise son épouvantable besogne. Comme beaucoup de survivants des pires catastrophes, Zarie Sibony, 28 ans, livre un récit à la fois clinique et déchirant des 4 heures et 4 minutes pendant lesquelles elle a cru que sa vie allait s’achever par un tir de kalachnikov.

Le vendredi 9 janvier 2009, elle est caissière à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Elle se souvient qu’elle «passai(t) un sachet de poulet surgelé» quand le tueur fait irruption. Il est environ 13 heures Premier tir, immédiat. Yohan Cohen, employé du magasin (et non client, comme indiqué mardi par erreur, NDLR), tombe en hurlant: «Au secours, Patrice, ça fait mal.» Patrice, le directeur, accourt. Amedy Coulibaly le blesse au bras mais il parvient à s’enfuir.

Zarie s’est tapie sous sa caisse. L’assassin n’est pas dupe. Il s’approche et lance: «T’es pas encore morte, toi?» Il tire pour l’effrayer davantage. Elle sort de sa cachette dérisoire, voit le corps ensanglanté de son collègue qui vit encore. À l’inconnu, elle demande: «C’est l’argent que vous voulez? Je peux vous le donner.» Lui: «Tu penses que je fais ça pour de l’argent? Les frères Kouachi et moi, on fait partie du même groupe. Vous, les Juifs, vous aimez trop la vie alors que c’est la mort qui est importante. Je suis ici pour mourir. Vous êtes Juifs et Français, les deux choses que je déteste le plus.»

Zarie n’en finit pas d’enjamber les cadavres pour obéir aux injonctions du tueur cynique

Sous les yeux de Zarie, en un quart d’heure, tombent Philippe Braham, François Saada et celui qui a tenté de se rebeller, Yoav Hattab. «Il ne savait même pas se servir d’une arme», ricane le terroriste, qui donne un coup de pied au visage du jeune homme assassiné. Il ordonne à Zarie d’aller chercher les otages réfugiés au sous-sol. «Sinon je la tue», crie-t-il en menaçant Andrea, l’autre caissière, tétanisée. Il veut aussi que la jeune femme appelle la police pour la prévenir de ce qu’il est en train de faire. Mais le 17 ne répond pas: «Vous n’êtes pas importants pour eux», ironise le sicaire de Daech.

À chacun de ses prisonniers, dans le magasin qui empeste le sang et la poudre, il demande noms, prénom, âge, profession et confession. Deux ne sont pas juifs: «Vous avez mal choisi votre jour pour faire vos courses dans un magasin cacher», grince l’islamiste. Zarie n’en finit pas d’enjamber les cadavres pour obéir aux injonctions du tueur cynique. Soudain, elle craque: de brefs sanglots lui échappent. Coulibaly: «Tu pleures? Mais pourquoi?»

Près de l’entrée, Yohan Cohen n’est pas mort. Il gémit. «Vous voulez que je l’achève?», demande le forcené aux captifs. «On a répondu à l’unisson: “Non, pas du tout”», se souvient la caissière. Mais Amedy Coulibaly fait feu sur le malheureux, qui se tait à jamais.

Le rideau de fer a commencé à remonter, très, très lentement. J’ai vu les lasers rouges des armes des policiers, il y a eu 30 ou 40 détonations

Zarie Sibony

Quand l’assaut est donné, peu après 17 heures, Zarie voit une dernière fois Amedy Coulibaly se diriger d’un pas ferme vers la porte du magasin et le destin qu’il s’est choisi. Dans une main, une kalachnikov. Dans l’autre, un téléphone portable avec lequel il parle aux policiers: «Si vous continuez, je les tue tous». «J’étais sûre de mourir, poursuit Zarie. Je priais pour que ce soit rapide. Le rideau de fer a commencé à remonter, très, très lentement. J’ai vu les lasers rouges des armes des policiers, il y a eu 30 ou 40 détonations». Cette fois, c’est le bourreau qui meurt.

Pendant ce huis clos de quatre heures et quatre minutes, dont le récit glace les assises, 17 hommes et femmes ont été soumis à la terreur d’un antisémite fanatisé. Et à son détachement obscène qui lui fit dire, en invitant les otages à se restaurer en même temps que lui: «Servez-vous, aujourd’hui, c’est gratuit.»

» À voir aussi – Zarie Sibony, otage de l’Hyper Cacher, raconte les «quatre heures les plus horribles» de sa vie

Zarie Sibony, otage de l’Hyper Cacher, raconte les «quatre heures les plus horribles» de sa vie – Regarder sur Figaro Live

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *