Humanitaires français tués au Niger : cinq questions sur l’attentat perpétré au Sahel – LaDepeche.fr

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l’essentiel Dimanche, six humanitaires français et leurs deux guides ont été pris au piège dans une attaque terroriste survenu au Niger, à Kouré, à une heure de route de la capitale Niamey. Cet attentat soulève de nombreuses questions autour de la zone dite des « trois frontières », et pourrait amener la France et les pays du Sahel à repenser leurs interventions.

Ce qui devait être une simple escapade touristique dans la réserve de Kouré, à une heure de route de la capitale nigérienne Niamey, s’est transformée en véritable cauchemar. Six humanitaires français de l’ONG Acted et deux guides nigériens sont morts, dimanche 9 août, dans un attentat perpétré dans la zone de Kouré, non loin de la région dite des “trois frontières”, territoire fréquenté par des djihadistes. Qui se cache derrière cet attentat, non revendiqué pour l’heure ? Quels peuvent être les motifs invoqués ? Quid de la présence française au Sahel ? Quelles réactions du Niger ? Autant de problématiques qui devraient alimenter les discussions du conseil de Défense français, prévu mardi 11 août, et du prochain G5 Sahel.

  • Quelles sont les circonstances de l’attaque ? 

Les faits se sont déroulés dimanche 9 août, aux alentours de 11h30 heure locale à Kouré (12h30 à Paris). Le groupe composé de six humanitaires français de l’ONG Acted, qui apporte du soutien matériel et financier dans les zones en proie à l’extrême pauvreté, était en visite touristique dans la réserve naturelle de Kouré. Connue pour abriter les derniers troupeaux de girafes d’Afrique de l’Ouest, cette réserve est la seule accessible au public au Niger. Alors qu’ils étaient à bord de leur véhicule, celui dont disposait l’ONG Acted, les six humanitaires et les deux guides nigérians accompagnateurs ont été visés par des tirs, provenant d’individus à moto.

La voiture, criblée de balles, laisse peu de doute sur la nature des huit décès. “La plupart des victimes ont été abattues par balles et une femme qui a réussi à s’enfuir a été rattrapée et égorgée. Sur place, on a trouvé un chargeur vidé de ses cartouches”, a indiqué une source proche des services de renseignement à l’AFP. Par ailleurs, la nature terroriste et djihadiste ne fait quasiment aucun doute, le parquet national antiterroriste (Pnat) a ainsi ouvert une enquête, immédiatement confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

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  • L’attentat a-t-il été planifié ? 

Cet attentat est-il davantage une action opportuniste, ou une opération millimétrée ? Selon Jean-Claude Felix-Tchicaya, chercheur à l’IPSE (Institut Prospective et Sécurité de L’Europe) et spécialiste des questions africaines, “les terroristes voient les ONG comme pourvoyeur de liquidité”. Ce qui tend à renforcer l’idée d’une attaque organisée, éventuellement pour piller les associatifs. Puisque les victimes étaient pour la plupart des humanitaires, toutes âgées entre “25 et 50 ans”, comme le rapporte Frédéric Roussel, directeur de l’ONG, qui a annoncé porter plainte. Toutefois, le spécialiste des questions africaines estime qu'”attaquer des Français, des Occidentaux, des armés locales ou étrangères” sont toujours des objectifs des différentes factions islamistes.

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Jean-Claude Felix-Tchicaya ajoute que “l’attaque souligne la gravité de la situation dans le Sahel”, là ou les assauts sont “de plus en plus répétés, et de plus en plus prémédités”. 

  • La région est-elle dangereuse ? 

À en croire les recommandations du ministère des Affaires étrangères françaises, la région de Dosso, où se trouve la localité de Kouré, était “déconseillée sauf raison impérative”. Elle est classée orange par le ministère, soit légèrement moins dangereuse qu’une région classée rouge, dite “formellement déconseillée”, comme c’est le cas dans la zone des “trois frontières”. De son côté, le gouvernement du Niger n’avait pas particulièrement indiqué une potentielle dangerosité de l’endroit. “L’État nigérien peut difficilement dire, pour des raisons politiques et économiques, que tout son territoire est déconseillé. Il y a aussi des populations qui vivent là. Le fait de dire que ce lieu est déconseillé peut jeter l’anathème sur une population, qui ne porte pas un crédit positif aux terroristes” précise Jean-Claude Felix-Tchicaya. 

En rouge, les zones formellement déconseillées. En orange, les zones déconseillées sauf raisons impératives
En rouge, les zones formellement déconseillées. En orange, les zones déconseillées sauf raisons impératives – Capture d’écran France Diplomatie

Si le chercheur admet que Kouré et ses alentours étaient très paisibles depuis quelque temps maintenant, la thèse d’un attentat était plus que redoutée. “Malgré le peu d’attaques, les analyses de beaucoup de chercheurs ont montré que cela pouvait arriver…Surtout pour une ONG.”

  • Qui sont les assaillants ? 

Pour l’heure, aucun groupe islamiste installé au Sahel n’a revendiqué l’attaque. Le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), faction islamiste de la région, s’est dit non impliqué dans cette action. Diificile pour l’heure d’incriminer une organisation terroriste particulière, d’autant que les groupes sont nombreux dans la région comme le détaille Jean-Claude Félix-Tchicaya  : “Il y a Al-Qaïda, divisé en sous-groupes, Boko Haram, divisé en sous groupes aussi, Daesh, et d’autres factions qui ne se considèrent pas comme des groupes”.

“Les djihadistes sont de plus en plus difficiles à identifier, poursuit le chercheur. Il y a quelques années encore, on parlait de groupes qui venaient de l’extérieur. Maintenant, il y a un mélange de groupes alimentés par des locaux, mais qui viennent du Sahel, de Libye, et même hors d’Afrique. Il y a une asymétrie du terrorisme international.” 

  • Que vont faire les autorités ? 

En France, un conseil de défense est convoqué mardi 11 août pour évoquer cet attentat, qui sera également au centre du conseil de Défense du président nigérien, Mahamadou Issouffou. Ce dernier s’est dit résolu à poursuivre, avec Emmanuel Macron, “sa lutte contre le terrorisme”. Jean-Claude Felix-Tchicaya met l’accent sur les efforts budgétaires que doivent faire les pays du Sahel, dans leur lutte contre les djihadistes. “Le Niger fait partie du G5 Sahel, et les promesses financières et budgétaires doivent être tenues” indique-t-il. 

Je condamne l’attaque terroriste lâche et barbare perpétrée ce dimanche dans la paisible localité de Kouré. En cette circonstance douloureuse pour tous, j’adresse mes sincères condoléances aux familles des victimes nigériennes et françaises. 1/2

— Issoufou Mahamadou (@IssoufouMhm) August 9, 2020

“Que ce soit du côté Français ou Nigérien, on attend une montée en gamme de l’armée, du régalien, et une intervention probante de l’Union Africaine serait la bienvenue” indique le chercheur, qui laisse sous-entendre que la France pourrait, après cet attentat, renforcer sa mission “Barkhane” au Sahel.

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