Hommage à Samuel Paty: «La liberté d’expression va être de moins en moins enseignée» – Le Figaro

Spread the love
  • Yum

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle est la fondatrice de «Viv(r)e la République», elle a également publié Silence coupable (Kero, 2016).

Cette rentrée des classes est marquée par une désorganisation et des ratés qui en disent beaucoup sur le désarroi du gouvernement et son incapacité à répondre à la crise. On voit ici que ce qui est privilégié est toujours le «pas de vague». Donc les élèves qui ne veulent pas rendre hommage à un professeur décapité pour avoir fait son travail, sont respectueusement déchargés de tout devoir. Mais de qui parle-t-on? Qui sont ces élèves tellement inhumains que même face à un acte horrible, ils préfèrent encore leur haine et leur violence? Ceux qui ne se joignent pas à l’hommage expriment leur accord avec ce meurtre: «Samuel Paty avait blasphémé, il est mort, c’est normal, il ne faut pas jouer avec la religion». Ne vous payez pas de mots, c’est exactement cela le discours tenu dans certaines banlieues. Alors oui, ceux qui tiennent ce discours ne sont pas majoritaires mais ils ne sont pas marginaux. Quand ils le tiennent, rares sont ceux qui osent s’y opposer. Et puisque l’institution marque son accord avec ce type d’attitude, pourquoi se gêner?

Le plus «drôle» est que ce proviseur, sommé de retablir la minute de silence pour tous au vu du scandale que sa decision a provoqué, explique qu’il a juste voulu reproduire un protocole qu’il avait mis en place en 2015 et qui était passé crème… Au-delà de ce cas pas si particulier, on ne peut qu’être atterré de voir un ministère aussi pléthorique, laisser visiblement en jachère ceux qui dépendent de son autorité, au point que l’éducation nationale parait devenir un vaste MacDo: on y vient comme on est et on choisit son menu dans l’enseignement, refusant la science au non de la foi et l’histoire au nom de la mémoire. C’est aussi cela que nous raconte l’initiative de ce proviseur: abandon de la hiérarchie, perte de repère de l’encadrement, perte du sens de l’action de trop d’acteurs.

Une cérémonie, ce n’est pas à la tête du client et à l’inspiration du moment.

On est donc passé d’une première organisation de la journée qui valait son pesant de bêtises, où les profs allaient revivre jusqu’à 10h un moment tragique, qui n’est pas un accident mais s’inscrit dans une lutte larvée qui oppose sur notre sol, tenants d’un fascisme islamique destructeur de nos libertés et de nos moeurs et représentants des institutions laïques et égalitaires de notre République. Alors que cela ne pouvait que faire remonter des émotions et des craintes bien réelles, il eût fallu une administration dotée d’un peu de bon sens qui aurait laissé au moins une journée aux professeurs pour échanger et préparer une vraie cérémonie d’hommage à Samuel Paty. Il le mérite, nous le méritons tous en tant que peuple.

Lors de cette journée, aurait du être présenté à la fois un déroulé de cérémonie ainsi que le sens à lui donner, une l’explication. Pensée avec des pédopsychiatre, des philosophes, des enseignants expérimentés. Pourquoi? Parce que ces attaques s’inscrivent dans un mouvement global et que c’est dans ce cadre qu’il faut penser la réponse. La liberté pédagogique est un faux concept. Les professeurs ont une mission qui s’inscrit dans un cadre et un de leurs rôles est de transmettre et de porter les principes républicains. Or pour la plupart ils n’en sont pas conscients et n’ont pas appris à le faire. Cette partie de leur rôle en met certains mal à l’aise. Or une cérémonie, ce n’est pas à la tête du client et à l’inspiration du moment. Surtout une aussi symbolique que celle-ci.

On ne peut donc qu’être atterré devant le sentiment d’impréparation, de flou et de désinvolture d’une administration pléthorique qui parait de plus en plus incapable de toute réaction à la hauteur. Mais on peut être tout aussi déconcerté par la communication des syndicats d’enseignants qui font comme si la liberté des professeurs était totale et illimitée, qui sont rétifs à toute instruction émanant d’en haut alors qu’ils sont fonctionnaires. Ces gens apparaissent tout aussi déconnecté du réel et du terrain que ces rectorats hors sols qu’ils critiquent.

Défendre les fondamentaux de notre contrat social, la laïcité et la liberté d’expression peut vous faire tuer.

Cette administration a failli et n’a pas soutenu Samuel Paty, elle a voulu donner des gages aux islamistes et cela n’aura fait que précipiter le drame. Cela tout le monde l’a vu, comme nous avons tous vu l’ouverture de parapluie du ministre, choisissant de protéger une direction en mode «pas de vague» et niant les réalités que l’enquête a fait remonter: les excuses demandées à Samuel Paty, la lettre de justification aux parents, la réception de l’islamiste hystérique… Aujourd’hui cette institution n’est même pas capable de penser une cérémonie à la hauteur de l’homme qui a été sacrifié parce qu’il symbolise l’accès à un savoir que haïssent les intégristes? Tout va être fait au petit bonheur la chance? Les explications renvoyées aux calendes grecques?

En fait tout le monde sait que la liberté d’expression va être de moins en moins enseignée, que rares seront les courageux à oser montrer les caricatures de Charlie. D’abord parce que l’école n’échappe pas à la réalité et qu’il y a chez les enseignants des islamistes et des islamo-gauchistes et qu’ils pèsent notamment dans les syndicats. Ensuite parce que défendre les fondamentaux de notre contrat social, la laïcité et la liberté d’expression peut vous faire tuer et que votte mort n’aura aucun sens car elle ne declenchera que des operations de communication, pas une prise de conscience et un retour du courage.

Alors on ne peut reprocher aux Français et aux enseignants de s’autocensurer. Quand on est abandonné, c’est la seule protection qui reste: integrer la soumission. Comment faire autrement quand les premiers à démissionner et à être ambigus sont ceux dont la mission est de nous protéger et qui se dérobent face à la mitraille. La séquence de samedi où tandis que l’on apprend l’incapacité de l’État à mettre fin à la honte que constitue un observatoire de la laïcité soutenu par les islamistes, Emmanuel Macron va sur la chaine des frères musulmans, Al Jazeera, essayer de séduire un monde arabe qui a aussitôt détourné sa parole, nous a montré ce que pesait la parole du président: un coup de menton envers les jihadistes et en même temps un coup de justifications sur la chaîne qatarie des Frères musulmans. L’illisibilité de l’action érigé en mise en scène de l’habileté politique, le tout pendant une Toussaint sanglante, comme l’avait commandé les islamistes et l’ont exécuté leurs serviteurs dévoués sur notre sol.

Au vu d’un tel contexte, l’ impréparation de la rentrée dit tout de l’incapacité à réagir comme il le faudrait de ce gouvernement. Ils mériteraient que les professeurs se mettent en grève.

La réponse de l’institution ne peut dépendre des états d’âmes personnels de ceux qui la composent.

Le pire est que cela risque d’arriver mais pour les pires raisons qui soient: pour l’instant c’est parce que les syndicats d’enseignant sont ambigus sur l’hommage à rendre à Samuel Paty et voudraient que cela se fasse selon leur bon vouloir et vision personnelle. Ce qui est impossible. C’est la France qui est attaqué pour ce qu’elle est, la réponse de l’institution ne peut dépendre des états d’âmes personnels de ceux qui la composent. Si des enseignants ne peuvent comprendre cela, c’est qu’ils n’ont rien à faire à l’éducation nationale. Il en est de même du ministre et de son administration s’ils s’avèrent incapable de donner à cet hommage l’importance qu’il doit avoir.

Là où nous attendions de ce qui fut une de nos plus belles institutions, l’Éducation nationale, du sens et de la dignité, c’est la confusion et la médiocrité qui s’annoncent.

Leave a Reply

%d bloggers like this: