Après plusieurs semaines de préparation, la sonde Hayabusa-2 a réalisé hier une manœuvre complexe pour aller au contact de l’astéroïde et prélever de la matière de Ryugu. Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS à l’Observatoire de la Côte d’Azur et membre de l’équipe scientifique de la mission nous a confirmé le succès de cette manœuvre. De la matière de Ryugu a bien été prélevée mais sans que l’on sache combien. 

Après Itokawa en novembre 2005, une sonde japonaise a de nouveau réussi à récupérer des échantillons d’un astéroïde. Hier, Hayabusa-2 a récupéré des échantillons de l’astéroïde Ryugu, lors de sa première tentative. Une « manœuvre d’une grande complexité dont il est difficile de se rendre compte, ici sur Terre », nous explique Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS à l’Observatoire de la Côte d’Azur et membre de l’équipe scientifique de la mission.

Si les manœuvres du touchdown et du sampling se sont bien déroulées, « ce ne fut pas sans quelques soucis au début mais vite rattrapés, et au final tout s’est passé, encore mieux que prévu, avec quelques minutes d’avance », tient à souligner Patrick Michel. La récolte a eu lieu à 7 h 54, heure du Japon mais il « n’est pas possible de savoir quelle quantité de matière a effectivement été prélevée ». Les scientifiques de la mission souhaitent avoir ramassé quelque 100 milligrammes de matière de Ryugu.

Mais, si la quantité de matière récupérée sera connue lors du retour sur Terre de la sonde, actuellement prévue en décembre 2020, avec les traces laissées au sol « nous espérons pouvoir nous assurer qu’il y a bien eu des éjecta dus à l’impact du projectile ». Projectile que « nous sommes certains d’avoir tiré » car les données de température de la chambre du projectile indiquent « qu’il l’a bien été ».

Incertitude concernant la deuxième tentative de récupérer des échantillons

Après son touchdown, la sonde a aussitôt entamé sa remontée et a rapidement rejoint une altitude de sécurité, ce qu’ont confirmé les données Doppler et télématiques. Ces prochaines heures, le centre de contrôle de la mission devrait recevoir les clichés de la scène avec des images montrant le site avant et après la récolte ainsi que des images montrant les traces des propulseurs de la sonde Hayabusa-2.

Concernant la deuxième tentative de récupérer des échantillons, la décision sera vraisemblablement prise après le « résultat de l’expérience d’impact haute vitesse prévue début avril » qui devrait produire un cratère, « dans, ou à proximité duquel sera prélevé ou non ce deuxième échantillon ».

Ce qu’il faut retenir

  • Hayabusa-2 a réussi à ramasser de la poussière de l’astéroïde Ryugu.
  • Pour l’instant les scientifiques ne savent pas quelle quantité de matière a bien pu être récupérée.
  • En avril, les responsables de la mission décideront si la sonde réalisera une deuxième et dernière tentative de récupération d’un peu de Ryugu.
Pour en savoir plus

La sonde Hayabusa-2 va récupérer ses premiers échantillons sur l’astéroïde Ryugu

Article de Rémy Decourt, publié le 19/02/2019

Après plusieurs semaines de tergiversations, nécessaires pour préparer au mieux la première tentative de récupération des échantillons de l’astéroïde Ryugu, les responsables de la mission ont donné leur feu vert. Cette manœuvre à haut risque est aujourd’hui prévue le 22 février. Les explications de Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS à l’Observatoire de la Côte d’Azur et membre de l’équipe scientifique de la mission.

Après avoir déposé sur la surface de l’astéroïde les robots sauteurs Minerva-II-1 (septembre 2018), et Mascot, le petit robot du DLR et du Cnes (octobre 2018), la sonde Hayabusa-2, de l’Agence spatiale japonaise, va tenter de récupérer un peu de matière de l’astéroïde Ryugu que la sonde a rejoint en juin 2018. La manœuvre à haut risque est prévue ce 22 février.

Comme nous l’explique Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS à l’Observaroire de la Côte d’Azur et membre de l’équipe scientifique de la mission, ce premier touch-down de récolte d’échantillon de l’astéroïde est une « manoeuvre très délicate compte tenu du terrain très dangereux et de la toute petite zone non risquée dans l’aire de l’atterrissage ». Pour ne rien arranger, la complexité et la difficulté de la manœuvre sont accentuées par le fait que la sonde « évolue à proximité d’un corps qui a une très faible attraction, avec de nombreux rochers, et dont les propriétés mécaniques de surface sont inconnues : ces gros rochers sont-ils friables ou très résistants ? ».

Lors de cette manoeuvre, les scientifiques espèrent récupérer « quelque 100 milligrammes de matière de Ryugu ». Une quantité qui paraît dérisoire mais « nos collègues cosmochimistes, qui analysent les échantillons en laboratoire, sont capables de vous raconter toute une histoire avec un montant bien plus faible ! ». Ces échantillons, « pris sur place avec la connaissance du contexte géologique d’où ils ont été collectés », permettront d’aborder des questions scientifiques « qu’il n’est pas possible d’aborder autrement ». Ils seront sur Terre en 2020.

Le plus grand risque est que la « zone choisie a une dimension très faible, seulement 6 mètres de large, ce qui nécessite une précision à l’atterrissage totalement extrême ». Pour augmenter les chances de succès, les Japonais ont « effectué des exercices de descente pour améliorer la technique prévue ». Ils ont aussi « déposé des marqueurs artificiels pour mieux se repérer compte tenu de la faible réflectance de la surface ».

Cela dit, malgré ces répétitions, il peut se « passer plein de choses pendant une telle descente à des centaines de millions de kilomètres de nous ».  Par exemple, Hayabusa2 peut avoir une « vitesse latérale plus grande que prévue, s’approcher de trop près d’un gros rocher qui pourra l’endommager et bien d’autres choses ». Notez qu’avant la phase autonome de Hayabusa2, les ingénieurs et les contrôleurs au sol auront la main sur le satellite de sorte qu’ils pourront décider d’un « no-go ». Lors de cette phase autonome, Hayabusa2 aura « lui-même plusieurs niveaux d’alerte qui peuvent lui faire décider de passer en mode sécurisé et remonter ». Mais, il peut aussi « y avoir une perte de contrôle », si les diagnostiques ne sont « pas assez convaincants et que, malgré un risque, le satellite poursuit sa descente ».

Les scientifiques pourraient se contenter d’une seule tentative de récupération au lieu des trois prévues

Initialement, trois tentatives de récupération d’échantillons de la surface de l’astéroïde étaient prévues. Aujourd’hui, « rien n’est moins sûr ». Seule, une deuxième tentative est à ce jour prévue, « selon, bien sûr, ce qui se passera pendant la première ». Cette seconde tentative se « produira après l’expérience d’impact à haute vitesse prévue début avril », qui devrait produire un cratère, « dans, ou à proximité, duquel sera prélevé ce deuxième échantillon ». 

Cela dit, cette manoeuvre s’annonce tout aussi compliquée que la première, voire plus. Déjà, les scientifiques de la mission s’interrogent sur l’opportunité de réaliser cette seconde tentative. En raison de son expertise dans les processus de surface sur les petits corps et l’interaction d’instruments de surface dans les conditions faibles de gravité qui les caractérisent, Patrick Michel est aussi membre de l’équipe de l’instrument de récolte d’échantillon. Pour lui et les autres membres, « il faudra se demander si cela vaut la peine de prendre un second risque pour en récolter un deuxième ».

La décision ne sera évidemment pas simple à prendre car « on en veut toujours plus ! », conclut Patrick Michel en forme de boutade.

Hayabusa-2 : répétition générale pour la prise d’échantillons sur l’astéroïde Ryugu

Article de Rémy Decourt, publié le 26/10/2018

La dernière partie de la mission de Hayabusa-2 s’avère plus difficile que prévu. En effet, alors que la Jaxa prévoyait de récupérer des échantillons de la surface de Ryugu à la fin du mois, le sol bien plus caillouteux qu’attendu complique la découverte de terrains propices à cette collecte. Afin de se donner du temps pour trouver des terrains idéaux, la récupération des échantillons a été reportée à fin janvier. La date du retour des échantillons sur Terre reste inchangée. En attendant, la sonde s’entraîne…

Après la formidable séquence de l’atterrissage de Mascot, le petit robot du DLR et du Cnes, la sonde Hayabusa-2 s’entraîne à récupérer des échantillons de la surface de l’astéroïde Ryugu. Initialement prévue à la fin du mois, cette manœuvre a été reportée de plusieurs mois, au plus tôt pour fin janvier 2019.

Un report qui s’explique par la difficulté à trouver des terrains propices, c’est-à-dire suffisamment plats. Il faut savoir que la surface de Ryugu ne ressemble en rien de ce à quoi s’attendaient les scientifiques, au moment du lancement de la sonde. Elle est bien plus rugueuse que prévu et apparaît comme un champ de cailloux à perte de vue, avec des blocs rocheux gigantesques qui dépassent les 10 mètres de hauteur.

Les échantillons seront récupérés de trois endroits différents, dont un à l’intérieur d’un cratère artificiel de plus ou moins 50 centimètres de profondeur. Ce cratère aura été formé par le biais d’un petit impacteur, lancé par Hayabusa-2, qui percutera la surface de l’astéroïde. Le but est de récupérer des échantillons qui n’auraient pas été altérés par l’érosion de la surface.

Une manœuvre bien plus difficile qu’elle n’y paraît

Pour récupérer ces échantillons, Hayabusa-2 effectuera une manœuvre « touch and go » d’une durée de cinq secondes pour éviter de s’ancrer dans l’astéroïde et ne plus pouvoir en repartir. La sonde doit aussi faire attention à comment la réaliser afin de ne pas endommager ses panneaux solaires ou ses instruments par exemple. D’où le choix de terrains suffisamment plats et sans gros rochers.

Pour préparer au mieux les trois tentatives de récupération des échantillons, des répétitions ont lieu. La troisième répétition a eu lieu hier. Elle avait pour but de s’assurer de la précision du contrôle de la navigation et du pilotage de la sonde à très faible altitude, à seulement vingt mètres de l’astéroïde. Pour cela, la sonde utilise de nombreux capteurs, dont des billes de métal (target marker) qui sont lancées sur le sol et servent de point de repère.

La Jaxa espère récupérer au moins 100 milligrammes, voire un gramme d’éjecta. Une quantité qui peut paraître dérisoire mais sera suffisante pour réaliser des analyses inédites de matériaux vieux de 4,5 milliards d’années qui ont été très peu modifiés.

La sonde Hayabusa-2 rapportera un peu de l’astéroïde Ryugu

Article de Rémy Decourt publié le 27/06/2018

Partie en 2014, la sonde japonaise Hayabusa-2 est arrivée à son point de référence, à 20 kilomètres de l’astéroïde Ryugu. Les trois très petits rovers Minerva et l’atterrisseur Mascot, qu’elle transporte, sont en parfait état de fonctionnement. Aurélie Moussi, chef de projet Cnes, nous explique les difficultés techniques qui attendent Mascot quand il se posera sur l’astéroïde, et Hayabusa-2 quand elle collectera des échantillons à ramener sur Terre.

C’est fait. Après un voyage de 3,5 ans, la sonde Hayabusa-2 de la Jaxa est arrivée à destination de l’astéroïde Ryugu. Elle est aujourd’hui sur sa position de référence, à seulement 20 kilomètres et vole en formation avec l’astéroïde. Un rendez-vous qui s’est déroulé à plus de 280 millions de kilomètres de la Terre.

Le but de cette mission japonaise, à laquelle participent le Cnes (le Centre national d’études spatiales) et le DLR allemand, est l’étude et le retour d’échantillons primordiaux. L’objectif scientifique est de mieux comprendre les processus de formation des planètes et, plus généralement, d’obtenir des informations sur les premiers millions d’années du Système solaire, voire avant avec l’éventuelle présence de grains pré-solaires.

Hayabusa-2 embarque aussi les trois très petits rovers Minerva conçus pour tester les déplacements dans des environnements à très faible gravité et Mascot (Mobile Asteroid Surface Scout). Cet atterrisseur, développé́ par le DLR en coopération avec le Cnes, doit permettre de « compléter par des analyses in situ les mesures obtenues à distance par Hayabusa-2 ainsi que d’aider à la sélection des sites de prélèvement des échantillons », nous explique Aurélie Moussi, chef de projet Cnes de cette contribution française.

Dans le cadre de cette participation, le Cnes a « fourni les antennes de Mascot pour communiquer avec la sonde, la batterie et le système d’alimentation électrique ». Le Cnes, très impliqué dans la sélection du site d’atterrissage de Mascot, a aussi « la responsabilité de l’analyse de la phase de séparation, de descente et d’atterrissage de cet atterrisseur ». La France fournit aussi MicrOmega l’instrument principal à bord de Mascot qui en compte trois autres. Développé par l’Institut d’astrophysique spatiale, ce microscope infrarouge hyperspectral pour analyse minéralogique in situ du sol est conçu pour « déterminer la composition minéralogique de chaque grain de poussière qu’il observera ».

Une fois la sonde est arrivée à bon port, « elle va cartographier Ryugu pour préparer l’atterrissage de Mascot et recenser les sites de collecte des échantillons les plus prometteurs ». Pour compléter les données acquises depuis des observatoires terrestres « qui ne sont pas suffisantes pour tracer des cartes de la surface de Ryugu et encore moins le modéliser », la sonde effectuera des survols rapprochés, à seulement 5 et 3 kilomètres de sa surface. Il est aussi « prévu de laisser chuter Hayabusa-2 à proximité de l’astéroïde pour calculer la force de gravité de Ryugu », de façon à préparer au mieux le largage de Mascot.

Trois sites à identifier pour collecter des échantillons

Pour répondre aux objectifs scientifiques de la mission, l’équipe scientifique de Mascot cherche un site d’atterrissage « suffisamment intéressant et qui ne gêne pas la première collecte des échantillons de Hayabusa-2 ». Mascot doit se poser dans une région riche en molécules organiques et matériaux hydratés. Il s’agit d’éléments très intéressants pour comprendre la formation du Système solaire et estimer si « les comètes et les astéroïdes ont apporté les briques nécessaires à la vie sur Terre ».

La sélection de ces sites est prévue vers la mi-août au Cnes à Toulouse, et le largage devrait intervenir cet automne. Mascot sera séparé d’Hayabusa-2 à une hauteur de seulement 50 ou 60 m. Après une descente balistique et sans dispositif de stabilisation, il devrait toucher la surface de l’astéroïde à la vitesse de 10 cm par seconde, avec à la clé quelques rebonds au cours desquels uniquement deux instruments fonctionneront. « Nous savons que Mascot va rebondir, mais nous ne souhaitons pas qu’il le fasse trop longtemps. » L’objectif est de « rebondir pendant moins d’une heure sur une distance d’une dizaine de mètres ». Le nombre de rebonds dépendra principalement de la nature du sol : « plus il sera dur et plus nombreux ils seront ». Mascot devrait fonctionner « pendant environ 15 heures, ce qui doit permettre au petit robot d’analyser l’astéroïde durant deux jours et deux nuits ».

Compte tenu de la distance entre la Terre et Ryugu, le signal mettra 18 minutes pour faire le voyage. En raison de ce délai, il sera impossible de communiquer en temps réel avec Mascot, ce qui signifie qu’il « ne pourra pas compter sur les contrôleurs au sol pour l’aider à se poser sur l’astéroïde ». Il devra se débrouiller seul.

Quant à Hayabusa-2, elle doit récupérer des échantillons et cela sur sur trois sites. « C’est évidemment très ambitieux ! » Le premier prélèvement aura lieu à proximité de Mascot. « L’idée est de trouver des sites que l’on suppose similaires mais pas au même endroit. » Pour le troisième prélèvement, le défi est de creuser un cratère de 50 cm de profondeur, à l’aide d’un impacteur embarquant une charge explosive, puis de récupérer des échantillons qui « n’auraient pas été altérés par l’érosion de la surface ».

Pour se guider par rapport à la surface de l’astéroïde et éviter qu’elle entre en collision, Hayabusa-2 utilisera « des billes de métal comme point de repère, qui seront lancées puis détectées par son Lidar ». Des capteurs sont aussi installés sous les panneaux solaires pour « éviter qu’ils frottent contre la surface de l’astéroïde » et l’alertent de sa proximité par rapport à Ryugu.

Le Cnes participera à l’analyse des échantillons amenés sur Terre

La sonde devrait repartir de Ryugu en décembre 2019 pour revenir sur Terre avec les échantillons collectés un an plus tard, soit en décembre 2020. Pour le retour scientifique, Mascot représente un gros espoir. Il est en quelque sorte « le chaînon manquant entre d’une part Hayabusa-2 et son étude de Ryugu depuis une distance de 20 kilomètres et, d’autre part, l’analyse en profondeur des échantillons récupérés sur Terre ». Mascot permet de faire le lien entre ces deux analyses, apportant « la réalité terrain » pour fiabiliser les conclusions.

Concernant l’analyse des échantillons, le Cnes devrait aider les Japonais lors de l’analyse préliminaire à l’aide du double de MicrOmega pour comparer les résultats acquis sur Ryugu et ceux sur Terre. Après cette phase, qui devrait durer une année, des laboratoires français répondront aux appels d’offres pour analyser les échantillons en détails.

La sonde Hayabusa 2 arrive en vue de sa cible, l’astéroïde Ryugu

Article de Xavier Demeersman publié le 26/06/2018

Partie de la Terre en 2014, la sonde Hayabusa-2 est maintenant arrivée aux portes de sa nouvelle demeure, l’astéroïde Ryugu. Plutôt arrondi sur les premières photos, il y a 15 jours, le géocroiseur arbore en réalité une étonnante forme cubique !

Après un long périple de quelque 3,2 milliards de kilomètres, la sonde japonaise Hayabusa-2 est arrivée en vue de 1999 JU3, plus connu sous le nom de (162173) Ryugu, l’astéroïde de la famille Apollon autour duquel elle va passer plusieurs mois.

Les images de Ryugu se succèdent ces derniers jours. Encore floues il y a dix jours, elles sont de plus en plus précises à mesure que le vaisseau se rapproche. Tous deux sont actuellement à environ 280 millions de kilomètres de la Terre. On commence à voir les rochers épars à sa surface et aussi ses plus grands cratères. Ce 25 juin, la sonde était à près de 20 km de ce géocroiseur de 900 m de diamètre. Elle se rapproche à une vitesse moyenne de 11 mètres par seconde (environ 40 km/h). Son arrivée en orbite, prévue pour ce mercredi 27 juin, est donc imminente. Prélude à une mission passionnante, parallèlement à celle d’Osiris-Rex qui arrivera lui aussi bientôt autour de sa cible, l’astéroïde Bennu.

L’étrange forme de l’astéroïde Ryugu

Alors, comme le montre ces images, l’astéroïde n’est pas vraiment sphérique… « De loin, Ryugu est d’abord apparu rond, puis est progressivement devenu carré avant d’avoir une belle forme semblable à de la fluorite [surnommée « pierre de lucioles » en japonais], a commenté le chef de la mission, Yuichi Tsuda. Maintenant, les cratères sont visibles, les roches sont visibles et ses caractéristiques géographiques semblent varier d’un endroit à l’autre. Cette forme de Ryugu est scientifiquement surprenante et pose aussi quelques défis d’ingénierie. »

Ryugu vient de Ryugu-jo qui est le nom, dans la mythologie japonaise, de la demeure du dragon Ryūjin. La légende raconte que ce palais sous-marin était fait, selon les versions, de corail (rouge et blanc) ou de cristal et que chacune des quatre saisons était représentée sur ses côtés. Au Japon, Ryūjin est fêté chaque année au mois de juin — surgissant des nuages pour apporter la pluie, il était invoqué durant les sécheresses. Et cette année, le « faucon » (hayabusa) a rendez-vous avec ce divin palais à qui l’on découvre justement une forme de cube.

La sonde en ramènera à l’horizon 2020 une petite poignée de poussière volée à sa surface, un peu comme le pêcheur qui a rapporté une boîte du palais sous-marin… Il est certain que de beaux trésors sont à découvrir dans ce sombre palais qui conserve des témoignages de la formation du Système solaire.

Hayabusa-2 a donc pour mission de faire plus ample connaissance avec cet astéroïde de type C, donc carboné (et on lui soupçonne même une activité cométaire passagère…). Dans un premier temps, il sera question aussi d’identifier les meilleurs sites candidats pour l’atterrisseur Mascot (Mobile Asteroid Surface Scout) qui l’a accompagnée durant tout son voyage. Le petit engin (Cnes et DLR) sera largué au cours de l’automne prochain. En chute libre, à l’instar de Philae sur la comète bilobée Tchouri (un atterrissage plein de rebondissements), mais à la différence que le petit nouveau n’a pas de harpons. Enfin, au terme de sa mission, Hayabusa-2 s’en retournera vers la Terre avec sa précieuse cargaison de poussière.

Hayabusa-2 va partir étudier un astéroïde… et en revenir

Article de Rémy Decourt publié le 28 novembre 2014

Au Japon, le lancement d’Hayabusa-2, initialement prévu le dimanche 30 novembre, a été reporté en raison des mauvaises conditions météo à ce lundi 1er décembre, à 5 h 24 en heure française. Cette nouvelle mission à destination d’un astéroïde a pour ambition, cette fois, le retour d’échantillons sur Terre et l’atterrissage de quatre petits engins, dont l’atterrisseur Mascot, fourni par la France et le DLR allemand.

Si les conditions météorologiques sont favorables, le Japon devrait lancer ce lundi 1er décembre à 13 h 24 en heure locale (il sera 5 h 24 en France métropolitaine), la sonde spatiale Hayabusa-2 à destination de l’astéroïde de type C, 1999 JU3 (Ryugu). Cette mission, dont nous avons abordé les objectifs dans un précédent article, atteindra sa cible, en juin 2018 pour y déposer trois après (début octobre 2018) trois engins et récupérer des échantillons et cela non pas depuis un seul site mais trois ! C’est évidemment très ambitieux. Elle devrait en repartir en décembre 2019 en vue d’un retour sur Terre des échantillons collectés à sa surface, un an plus tard, soit en décembre 2020.

Si vous avez aimé l’atterrissage mouvementé de Philae sur la comète Churyumov-Gerasimenko, vous allez adorer la mission de Mascot, l’atterrisseur (lander) fournis par la France et le DLR allemand. Pour nous en parler, nous avons rencontré Muriel Deleuze, chef du projet en développement au Cnes. « aLe Cnes a fourni les trois antennes pour communiquer avec la sonde japonaise, la batterie et, comme pour Philae, a la responsabilité de l’analyse de la phase de séparation, de descente et d’atterrissage ». À l’instar de Philae, il va calculer l’instant de séparation et la trajectoire de Mascot selon la connaissance acquise de l’astéroïde, l’altitude de la sonde, les différents modèles de forme et de gravité et bien évidemment participer à la sélection du site d’atterrissage.

Se poser sur un astéroïde et repartir avec des échantillons

L’idée est de déposer Mascot sur un site similaire au premier des trois sites d’où seront récupérés des échantillons et de « faire un prélèvement aussi représentatif que possible du site analysé par l’atterrisseur ». Pour le troisième prélèvement, le défi est de creuser un cratère de 50 cm de profondeur, à l’aide d’un impacteur, puis de récupérer des échantillons qui « n’auraient pas été altérés par l’érosion de la surface ».

Acronyme de Mobile Asteroid Surface Scout, Mascot est un atterrisseur construit sous la maitrise d’œuvre de la DLR (Agence spatiale allemande) en seulement trois ans. Il se différencie nettement de Philae et se « présente sous la forme d’un parallélépipède de 30 cm de côté (une boite à chaussure !) ». Il est beaucoup plus simple dans sa conception que le robot de Rosetta qui s’est posé récemment sur la comète et pèse dix fois moins : 10 kg contre 100.

À la différence de Philae qui embarquait deux batteries — la primaire, celle qui lui a permis de fonctionner et travailler sur la comète dès son atterrissage et une seconde, conçue pour plusieurs cycles de chargement –, Mascot n’en possède qu’une seule, non rechargeable. En théorie, elle doit lui permettre de « fonctionner pendant environ 12 heures ». Sa mission sera terminée dès que la batterie sera vide. « Pour l’anecdote, cette batterie est constituée de neuf piles qui ont été développées pour Philae. »

L’énergie fournie par cette batterie sera utilisée pour faire fonctionner les quatre instruments embarqués (contre 10 dans le cas de Philae) dont le microscope infrarouge hyperspectral pour analyse minéralogique in situ du sol. Fourni par la France, MicrOmega est un instrument développé par l’Institut d’astrophysique spatiale (IAS). Il est conçu pour déterminer la composition minéralogique de chaque grain de poussière qu’il observera. L’un des très grands intérêts de cet instrument, « et c’est en partie pourquoi les Japonais l’ont sélectionné », est qu’il a un lien avec la mission de retour d’échantillons d’Hayabusa-2. « En effet, cela permettra de comparer l’analyse minéralogique in situ avec les échantillons de l’astéroïde ramenés sur Terre qui peuvent avoir été altéré par le retour ou lors du prélèvement. »

Encore des rebonds imprévisibles

Mascot sera séparé d’Hayabusa-2 à une distance de seulement 60 m d’altitude. On s’attend à ce qu’il touche la surface de l’astéroïde à la vitesse de 10 cm par seconde, 10 fois moins vite que Philae. Au contact, il sera amorti par la structure, « qui n’est pas d’une raideur infinie » et bien évidemment par la surface selon la nature du sol (dur ou souple). « On espère un amortissement de l’ordre de 30 à 50 % ; comme pour Philae il y a un risque qu’il s’enfouisse dans le sol. »

À la différence de ce dernier, Mascot ne possède pas de harpon. « D’ailleurs il n’en a pas besoin, car il n’a pas de contrôle d’attitude » de sorte qu’il n’est pas possible de savoir de quel côté il va se poser. Lorsqu’il se séparera de Hayabusa-2, il partira en vrille et réalisera plusieurs rebonds contre la surface avant de s’immobiliser. « Si nous savons que Mascot va rebondir, nous ne souhaitons pas trop longtemps. L’objectif est de rebondir moins de deux heures sur une distance d’une dizaine de mètres ». Leurs nombres dépend principalement de la nature du sol : « plus il sera dur et plus nombreux ils seront ».

Avec un poids de seulement 0,1 g, « contre 10 kg sur Terre », la principale préoccupation est moins un endommagement ou la casse de l’engin que de le voir passer son temps à rebondir avec le risque qu’il rate sa cible, mais surtout « qu’il rebondisse tellement qu’il finit par ne plus retomber et se satellise autour de l’astéroïde ».

Autres difficultés de la mission

Si aucune panne technique ou mécanique ne vient entraver la mission, avec les rebonds, « l’autre incertitude concerne le mécanisme qui permet à Mascot de se retourner pour qu’il soit à la bonne position ». Il faut savoir que celui-ci a seulement été testé par analyse, car il n’est pas possible de le faire en pesanteur terrestre. Et pour le bon fonctionnement de l’instrument français MicrOmega, il est très important qu’il se retrouve le nez contre la surface sans quoi il ne pourra pas fonctionner.

Quant aux antennes fournies par le Cnes, deux sont installées sur l’engin. Comme on ne sait pas dans quelle position il va se poser à la surface, il était important que Mascot soit en capacité de communiquer avec la sonde quelles que soient la configuration dans laquelle il se trouve sur l’astéroïde et l’attitude lors de la phase de descente. « D’où la décision d’installer deux antennes omnidirectionnelles sur deux faces opposées de Mascot. » Quant à la troisième, elle se situe sur la sonde elle-même et sera utilisée uniquement pendant la phase de croisière pour des communications RF entre les deux engins.

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