Haut-Karabakh : des exactions filmées attisent la haine – Le Monde

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Un soldat se prend en photo devant un véhicule brûlé, à Djebrail, ville du Haut-Karabakh reprise par les Azerbaïdjanais, le 7 décembre.

Deux cercles vicieux dévalent les pentes du Haut-Karabakh, l’un vers l’Arménie, l’autre vers l’Azerbaïdjan. Des dizaines de vidéos d’exactions et de crimes de guerre circulent sur le réseau social Telegram, visionnées en boucle par les populations des deux pays. Des scènes atroces qui amplifient la haine entre les deux pays et choquent, bien au-delà, au sein de leurs soutiens internationaux.

Durant les six semaines de combats, avant le cessez-le-feu signé le 9 novembre, le spectacle de la guerre consistait principalement en visions plongeantes de drones filmant leurs frappes chirurgicales sur des cibles lointaines en contrebas. Un autre spectacle, sordide, l’a remplacé depuis. Le regard oblique du smartphone en gros plan sur une scène de boucherie. Coups et humiliations sur des prisonniers de guerre, profanations et mutilation de cadavres, exécutions extrajudiciaires allant jusqu’à la décapitation de prisonniers vivants.

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Le flot ininterrompu de vidéos filmées et publiées par les soldats des deux bords a incité les organisations de défense des droits humains à lancer des enquêtes et à interpeller les autorités des deux pays. Un rapport d’Amnesty International publié le 10 décembre a déjà authentifié vingt-deux vidéos documentant de brutales exécutions extrajudiciaires. Cinq jours plus tard, The Guardian identifiait deux personnes décapitées dans des vidéos distinctes. Tous deux des hommes âgés (69 et 82 ans), arméniens, capturés par des soldats dans des villages récemment repris par l’armée azerbaïdjanaise.

Mutilation de cadavres

« La dépravation et l’inhumanité exposée dans ces vidéos montrent une intention délibérée d’infliger des souffrances et humiliations maximales aux victimes, en violation flagrante du droit humanitaire international », souligne Denis Krivosheev, directeur de recherche d’Amnesty International pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale.

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Les Azerbaïdjanais réagissent diversement aux images d’exactions. Dans une lettre ouverte, quatorze défenseurs des droits humains azerbaïdjanais ont demandé le 3 décembre à leurs autorités de « traiter les images diffusées sur les réseaux sociaux comme une violation du droit international humanitaire » et de « poursuivre en justice leurs auteurs ». Mais nombreux sont ceux qui, sur les réseaux sociaux, justifient ces actes barbares par les injustices et les massacres dont ont souffert les Azerbaïdjanais chassés du Haut-Karabakh durant le précédent conflit, entre 1987 et 1994. Le porte-parole d’un célèbre club de football, Nurlan Ibrahimov, a défrayé la chronique en approuvant ces vidéos et en encourageant des actes de cruauté contre les civils arméniens, y compris femmes et enfants. Il n’a reçu qu’une sanction administrative.

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