Guinée-Conakry : les forces spéciales revendiquent l’arrestation du président Alpha Condé – Le Figaro

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Une unité d’élite de l’armée a pris d’assaut le palais présidentiel dimanche matin, où résidait Alpha Condé, 83 ans, président depuis 2010.

Vers 8h ce dimanche matin, des tirs nourris d’armes automatiques ont retenti dans le centre de Conakry, aux alentours du palais présidentiel où se trouvait le chef de l’État, Alpha Condé. En début d’après-midi, le meneur de ce qui se révèle être un coup d’État, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, est apparu sur une vidéo circulant sur les réseaux sociaux. Il y affirme détenir le chef de l’État. «Nous avons décidé, après avoir vu le président qui est avec nous, de dissoudre la constitution en vigueur, dissoudre le gouvernement, et la fermeture des frontières terrestres et aériennes», a déclaré le putschiste, justifiant ce revirement politique par «le dysfonctionnement des institutions républicaines», «l’instrumentalisation de la justice» et «le piétinement des droits des citoyens».

Après un long silence des autorités guinéennes durant la matinée, le ministère de la Défense a affirmé dans un communiqué que l’attaque des forces spéciales avait été «repoussée»… Une annonce qui tranche étrangement avec les images circulant sur les réseaux sociaux, montrant le chef de l’Etat de 83 ans enfoncé dans son canapé, la mine sombre, entouré des soldats d’élite. «On a touché à un seul de vos cheveux ? On vous a brutalisé ?», interroge l’une des forces spéciales, pour obtenir confirmation du président qui, de son côté, ne répond pas.

Ancien légionnaire de l’armée française, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya commande le Groupement des forces spéciales (GPS), une unité d’élite de l’armée extrêmement entraînée et équipée. Selon le magazine Jeune Afrique, il aurait tenté, ces derniers mois, de renforcer l’indépendance du GPS vis-à-vis du ministère de la Défense, suscitant de facto la méfiance de l’exécutif. En mai, des rumeurs auraient même fait état, à tort, d’une possible arrestation de Mamady Doumbouya à Conakry.

VOIR AUSSI – Guinée: tirs nourris dans la capitale, théâtre d’une probable tentative de coup d’Etat militaire

Un troisième mandat décrié

Des habitants joints au téléphone, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour leur sécurité, ont rapporté à l’AFP avoir vu de nombreux soldats intimant aux résidents de rentrer chez eux et de ne pas en sortir. Certains ont également signalé qu’un civil avait été abattu sur la presqu’île de Kaloum, centre de la capitale guinéenne où siègent la présidence, les institutions et les bureaux d’affaires.

A Kaloum, quartier des institutions, des tirs ont éclaté durant toute la matinée. Un civil a été retrouvé abattu par les balles. CELLOU BINANI / AFP
Des membres de l’armée guinéenne dans le centre de Conakry, après les premiers coups de feu entendus aux abords du palais présidentiel le 5 septembre 2021. CELLOU BINANI / AFP

Depuis des mois, ce pays d’Afrique de l’Ouest parmi les plus pauvres du monde malgré des ressources minières et hydrologiques considérables, est en proie à de profondes crises politique et économique. Alpha Condé, 83 ans, a été définitivement proclamé président pour un troisième mandat le 7 novembre, malgré les recours de son principal challenger, Cellou Dalein Diallo, et de trois autres candidats qui dénonçaient des «bourrages d’urnes» et des irrégularités de toutes sortes.

La candidature du chef de l’État à un troisième mandat, après une réforme de la constitution fortement controversée, avait provoqué avant et après l’élection des mois de tensions qui ont causé des dizaines de morts dans un pays coutumier des confrontations politiques sanglantes. L’élection a été précédée et suivie par l’arrestation de dizaines d’opposants.

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