Guerre du vaccin : cessez le feu ! – Le Monde

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Editorial du « Monde ». Décidément, le coronavirus soumet l’Europe à rude épreuve. Attaquée de plein fouet il y a un an, épicentre de la pandémie après la Chine, elle s’est d’abord déchirée sur la pénurie de masques et le sauve-qui-peut des fermetures de frontières. Puis elle s’est ressaisie. La solidarité s’est organisée, l’unité a repris le dessus. Dans un élan historique, les Vingt-Sept se sont mis d’accord l’été dernier sur un plan de relance économique massif qui scelle leur destin commun.

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Parallèlement, la Commission européenne a pris une initiative tout aussi remarquable. Pour éviter qu’une compétition sur l’achat de vaccins ne constitue une nouvelle menace mortelle pour l’Union, elle a décidé de mutualiser les commandes, en sécurisant directement auprès de six laboratoires pharmaceutiques quelque 2 milliards de doses. Ces doses, une fois produites et livrées, devaient être réparties dans les 27 Etats membres au prorata de leur population. Tout était pour le mieux dans le moins mauvais des mondes.

Ce beau plan, malheureusement, est en train de mal tourner. L’insuffisance des capacités de production des entreprises pharmaceutiques, sous la pression d’une demande qui explose face à l’irruption imprévue de nouveaux variants et à l’arrivée d’une troisième vague de contamination, sème le chaos dans les campagnes de vaccination. De nouveau, la panique gagne Bruxelles et les capitales européennes.

« Bien commun mondial »

Les récriminations fusent de toutes parts. La Commission a reproché à la firme anglo-suédoise AstraZeneca, qui a développé un vaccin avec l’université d’Oxford, de ne pas respecter ses engagements, et la soupçonne de favoriser le Royaume-Uni dans ses livraisons. Le PDG d’AstraZeneca a riposté en accusant la Commission d’incompétence, pour avoir passé commande trois mois après le gouvernement britannique. A Londres, le premier ministre, Boris Johnson, compte sur le vaccin pour tenter de gommer sa gestion désastreuse de la crise sanitaire et les débuts difficiles du Brexit.

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Le coup de grâce est arrivé vendredi soir 29 janvier lorsque la Commission, ayant décidé d’imposer un contrôle des exportations de vaccins fabriqués sur le territoire de l’UE, a voulu déclencher une clause de l’accord sur le Brexit qui aurait abouti au rétablissement d’une frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. Elle y a heureusement renoncé, devant les protestations musclées de Londres et de Dublin auprès de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

A ce rythme, ce n’est plus l’Union européenne, ce sont les montages russes. Il est urgent de calmer les esprits, à Bruxelles, à Londres ou à Paris. A Berlin aussi, où le climat préélectoral et l’aggravation de la situation sanitaire ont conduit les responsables à exercer des pressions excessives sur les instances européennes.

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La durée de la pandémie place les dirigeants politiques et industriels face à une situation aussi exceptionnelle qu’imprévisible. Les sociétés sont épuisées. Les frontières se referment. L’UE est mal outillée pour des urgences sanitaires de cette ampleur. Tous avancent à tâtons : inévitablement, des erreurs sont commises. Il est déplorable que des intérêts politiques et des rivalités géopolitiques prennent le pas sur l’enjeu que personne ne devrait perdre de vue : vacciner le maximum de gens, en Europe et dans le reste du monde. C’était l’objectif initial de l’UE, qui voyait dans le vaccin un « bien commun mondial ». Il est temps d’y revenir, avec une coopération sans arrière-pensées entre gouvernements et industrie pharmaceutique.

Le Monde

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