Guerre au Tigré : pour la première fois, l’Erythrée reconnaît sa participation dans le conflit en Ethiopie – Le Monde

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Des membres de milices de la région Amhara montent dans leur camion pour aller affronter le Front populaire de libération du Tigré), à Sanja, près de la frontière avec le Tigré, en Ethiopie, le 9 novembre.

Après six mois de conflit, l’Erythrée a reconnu, pour la première fois, la présence de ses troupes au Tigré, en Ethiopie. Dans une lettre adressée dans la nuit de vendredi à samedi 18 avril au Conseil de sécurité des Nations unies, le pays a promis de les retirer.

Début novembre, le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, avait annoncé l’envoi de l’armée fédérale au Tigré pour arrêter et désarmer les dirigeants locaux du Front populaire de libération du Tigré (FPLT). L’Ethiopie accuse ces dirigeants locaux d’avoir mené des attaques contre des camps militaires des forces fédérales.

L’armée éthiopienne a reçu l’appui de forces venues d’Erythrée, pays frontalier du Tigré au nord, et de la région éthiopienne de l’Amhara, qui borde le Tigré au sud. Le 28 novembre, M. Abiy a proclamé la victoire, après la prise de la capitale régionale Mekele. Mais les combats se sont poursuivis depuis et l’armée érythréenne a été accusée d’avoir perpétré plusieurs massacres et de s’être livrée à des violences sexuelles.

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Reconnaissance officielle

Addis-Abeba et Asmara ont longtemps nié que les Erythréens étaient actifs dans la région, malgré les témoignages de résidents, de groupes de défense des droits humains, de diplomates et même de certains responsables civils et militaires éthiopiens.

Fin mars, Abiy Ahmed avait finalement reconnu leur présence, avant d’annoncer que leur retrait était en cours. Mais le courrier écrit par l’ambassadrice érythréenne à l’ONU, Sophia Tesfamariam, et rendu public dans la nuit par le ministre de l’information érythréen, est la première reconnaissance officielle par Asmara de la présence de ses soldats.

Les forces du FPLT ayant été « largement repoussées », Asmara et Addis-Abeba « ont pris la décision commune, au plus haut niveau, d’entamer le retrait des troupes érythréennes et le redéploiement simultané des soldats éthiopiens le long de la frontière » entre les deux pays.

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Les crimes de guerre perdurent, selon l’ONU

Jeudi, le secrétaire général adjoint des Nations unies pour les affaires humanitaires, Mark Lowcock, avait affirmé devant le Conseil de sécurité qu’« aucune preuve » n’était venue confirmer un retrait de la région des forces militaires érythréennes. « Le personnel humanitaire continue de signaler de nouvelles atrocités qui, selon lui, sont commises par les forces de défense érythréennes », avait-il souligné.

Le ministre de l’Information érythréen a fait savoir samedi sur Twitter qu’Asmara avait convoqué deux responsables onusiens dans le pays pour protester contre « des rapports fallacieux ». Dans son courrier, l’ambassadrice érythréenne a également nié la véracité de ces informations : « Les accusations de viols et d’autres crimes proférées contre les soldats éthiopiens ne sont pas seulement scandaleuses, elles représentent également une attaque brutale contre la culture et l’histoire de notre peuple. »

L’Ethiopie et l’Erythrée se sont opposées entre 1998 et 2000 durant une sanglante guerre frontalière, alors que le FPLT dominait le pouvoir en Ethiopie. Les deux pays se sont rapprochés après l’arrivée au pouvoir en 2018 d’Abiy Ahmed, récompensé du prix Nobel de la paix en 2019. Mais l’Erythrée et le FPLT sont restés de féroces ennemis.

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Tragédie humanitaire probable

Selon Mark Lowcock, « le nombre de personnes déplacées augmente » et avait atteint fin mars « 1,7 million de personnes au Tigré ». « Nous devons encore intensifier considérablement l’aide humanitaire aux populations de tout le Tigré. Nous savons déjà qu’au moins 4,5 millions de personnes sur près de 6 millions au Tigré ont besoin d’une aide humanitaire », a-t-il plaidé.

Le responsable de l’ONU a rapporté avoir reçu des rapports sur des déplacés « qui meurent de faim ». Le média d’Etat éthiopien a dénoncé vendredi soir des informations « mensongères » et « destinées à ternir l’image du pays ». « L’assistance humanitaire apportée au Tigré se déroule bien et aucune vie n’a été perdue par manque de nourriture », a assuré un responsable de ces opérations auprès du gouvernement éthiopien, Mitiku Kassa.

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Mais plus tôt dans la journée vendredi, le responsable pour l’agriculture de l’administration intérimaire du Tigré, mise en place par les autorités fédérales, Abadi Girmay, a prévenu du risque d’une « crise » pouvant durer plusieurs années, si les activités agricoles ne reprenaient pas au plus vite. Il a ainsi mis en garde contre la possibilité d’une « tragédie comme ce pays n’en a encore jamais connu ». Dans les années 1980, de terribles famines, en partie instrumentalisées par le régime marxiste de Mengistu Haïlé Mariam, ont fait des millions de morts.

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Le Monde avec AFP

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