Grève dans les transports : «En province, ils n’imaginent pas à quel point c’est la galère à Paris» – Le Parisien

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C’est le big bazar à la gare Saint-Lazare ! Dans le hall d’accès aux quais de la ligne 14, totalement saturée ce lundi matin vers 9h30, des centaines de voyageurs en provenance de toute l’Ile-de-France s’agglutinent. Il y a de la tension dans l’air. « Oh mais elle est idiote celle-là ! » s’énerve une dame bousculée malencontreusement par une autre galérienne. En retrait, Sophie, quinquagénaire « du fin fond des Yvelines » prend son mal en patience. « J’attends que le flux passe, je n’ai pas envie d’être écrasée », témoigne-t-elle.

Elle dégaine son smartphone pour immortaliser les grandes foules. « Je prends une photo, j’en ai besoin pour justifier mon retard à mes responsables. Mais ce retard, il va falloir que je le rattrape, c’est une fatigue supplémentaire », souffle celle qui travaille dans « l’aménagement urbain » dans le sud de Paris.

Yoga, lecture, télétravail

« On comprend les raisons de la grève, mais là, quand on est impacté de la sorte, on ne la soutient plus car on souffre. Il faut trouver d’autres solutions de contestation », s’exaspère-t-elle alors qu’une annonce sonore signale que « la RATP présente ses excuses aux usagers ». « J’ai des collègues qui m’ont dit qu’ils allaient se faire prescrire un arrêt de travail. Moi, pour me détendre, j’ai le yoga et la lecture mais pas la télé. Je regarde le moins possible les JT car les images de grève sont très anxiogènes », souligne-t-elle.

Nourdine, 25 ans, informaticien de Seine-Saint-Denis, se tient, lui aussi, à l’écart de la cohue. « Je viens de sortir mon PC car il fallait que je réponde à une urgence du boulot », commente-t-il. « Ma boîte nous autorise le télétravail mais deux fois par semaine, on est obligés de venir au bureau », explique-t-il.

VIDÉO. 33 jours de grève et la cohue persiste dans le métro

Sandrine, qui réside à Meaux (Seine-et-Marne) mais se retrousse les manches dans le XIIIe, tente de se faufiler dans la fourmilière. « On est parqués comme des animaux », grogne cette employée d’une bibliothèque. « C’est le bordel », synthétise une autre Sophie, 50 ans, qui officie dans le monde de l’édition. « Je passe jusqu’à six heures par jour dans les transports, je suis crevée », lâche cette Versaillaise. Elle revient pourtant de vacances dans l’Isère. « En province, les gens n’imaginent pas à quel point c’est la galère à Paris », constate-t-elle.

Mauvaise humeur contagieuse

Carmen, 60 ans a « hâte que ça se termine » car elle est « sur les rotules ». « Ils font la grève pour nous, pour l’avenir de mes enfants, on les comprend, mais c’est une vraie pagaille », estime cette employée de maison croisée sur les quais de la station de métro Grands boulevards. Quand les rames sont à l’arrêt, elle est condamnée à marcher, le pas pressé, vers les foyers où elle fait le ménage. « On dit que c’est bon pour la santé, mais avec moi, c’est le contraire, j’ai un mal de dos terrible », confie-t-elle.

L’ anarchie sur le bitume lui tape aussi sur les nerfs. « Les voitures s’arrêtent sur les passages piétons, les vélos et les trottinettes déboulent à toute vitesse… Il faut en permanence regarder à droite et gauche, c’est fatigant », raconte-t-elle. « Moi, ce qui me stresse, c’est le retour, le fait de ne pas savoir si je vais pouvoir rentrer chez moi », précise Ekaterina, 30 ans, salariée d’une entreprise de thé. Ce qui entame le moral d’Olivier, 27 ans, programmeur, ce n’est pas tant d’être serré dans les rames, mais « l’ambiance générale » et la contamination de mauvaise humeur. « Les gens font la tête », décrit-il.

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