POLITIQUE – Ainsi va la Ve République. La France entière est suspendue aux annonces du chef de l’État. Emmanuel Macron a lui-même fait monter la pression en promettant une réponse forte aux cinq mois de crise que le pays vient de traverser.

Quand il prendra la parole en fin de journée depuis l’Élysée –son allocution sera diffusée à 20 heures– le président de la République aura la lourde tâche de réconcilier des demandes parfois contradictoires émises par les gilets jaunes depuis le mois de novembre et celles apparues au cours du grand débat.

A défaut de pistes définitives, Emmanuel Macron a semé des indices au fil de ses prises de parole.

Ses rivaux, eux, ont émis des propositions nettement plus claires. Voici ce qu’annonceraient les chefs de l’opposition s’ils étaient à sa place.

Laurent Wauquiez, Les Républicains

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Pour le président des Républicains, la réponse à la crise des gilets jaunes passe par une promesse -“aucune augmentation de taxe et d’impôt”- et une mesure fiscale choc: la baisse de 10% de l’impôt sur le revenu. Réclamée depuis des semaines, cette mesure bénéficierait aux classes moyennes (ce sont les premières à entrer dans l’impôt) mais ne toucherait pas les plus défavorisés qui ne s’en acquittent pas.

De débats en émissions télé, le leader de la droite se fait aussi le défenseur de deux catégories de la population: les retraités pour qui il réclame une réindexation des pensions au moins au niveau de l’inflation et les automobilistes pour qui il veut une annulation de la hausse de la taxe carbone décidée en 2018 par le gouvernement. Courant novembre, Laurent Wauquiez réclamait un référendum sur la politique écologique et sociale; un avis repris il y a quelques jours par le président du groupe LR à l’Assemblée Christian Jacob qui a souhaité “une nouvelle élection” à l’issue de ce grand débat.

Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise

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Il a lui-même reconnu que, n’étant pas en grande forme, la France insoumise ne sortirait sans doute pas en tête du scrutin. Mais Jean-Luc Mélenchon réclame tout de même une dissolution de l’Assemblée nationale. Le député des Bouches-du-Rhône continue en parallèle d’en appeler à une VIe République, seule manière de répondre véritablement aux problèmes démocratiques mis en lumière depuis plusieurs mois.

Dans le débat social et fiscal, l’ex-candidat à la présidentielle a remis sur la table sa mesure phare de 2017: une refonte totale de l’impôt sur le revenu (IR) en instaurant 14 tranches et en le rendant universel. Certes, de nombreux Français qui ne le payent pas devraient débourser une somme symbolique mais il assure que ceux gagnent moins de 4000 euros par mois verront leur IR baisser. A l’inverse, les plus riches seraient largement ponctionnés. S’il était à la place d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon grossirait aussi les rangs du fisc pour partir en quête des milliards d’euros perdus à cause de la fraude fiscale et il passerait le Smic à plus de 1300 euros net par mois.

Marine Le Pen, Rassemblement national

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La présidente du Rassemblement national veut un big bang institutionnel pour sortir de la crise. Elle appelle à une dissolution de l’Assemblée nationale et l’élection d’une nouvelle selon le principe de la proportionnelle intégrale. La leader d’extrême droite estime que les Français sont trop mal représentés au Parlement, ce qui explique une partie de leur mécontentement.

Sur le plan économique et fiscal, Marine Le Pen répète une mesure contenue dans son programme de la présidentielle de 2017: une hausse du salaire net des petits salaires. Lors du débat des chefs de partis, mi-mars sur BFMTV, elle expliquait vouloir “un dégrèvement de la CSG progressif sur cinq ans pour restituer 100 euros à 24 millions de salariés et indépendants”. En parallèle et parce qu’il n’y a pas plus, selon elle, “de consentement à l’impôt”, elle plaide pour une baisse de 10% des trois premières tranches de l’impôt sur le revenu.

Olivier Faure, Parti socialiste

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Depuis le début de la crise, le Parti socialiste met le paquet sur l’ISF. En parallèle de sa tentative de référendum pour le rétablir, Olivier Faure a développé une idée: l’instauration d’un ISF vert. “Cela permettrait par exemple de financer une partie d’un grand plan de rénovation thermique et ainsi rendre du pouvoir d’achat à tous les Français via la baisse drastique de leur facture énergétique”, a-t-il expliqué il y a quelque semaines sur BFMTV. 

Pour réconcilier la France avec ses dirigeants, le premier secrétaire du PS organiserait aussi une grande conférence sociale. “Cela permettrait de remettre autour d’une table les partenaires sociaux, les gilets jaunes et les corps intermédiaires”, estime-t-il. Les conclusions devraient ensuite être soumises à référendum. 

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