Avant la bataille de Paris, la bataille des chiffres et de la communication. Depuis quelques jours, les membres de l’exécutif tiennent un discours volontairement anxiogène pour dissuader les manifestants « sincères » de participer au grand rendez-vous national ce samedi à Paris et dans plusieurs villes de province. À l’Elysée, on évoque des personnes prêtes à « tuer ». Le mouvement des Gilets jaunes est, selon Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, « un monstre qui a échappé à ses géniteurs ».

La journée de samedi, acte IV des Gilets jaunes, dira si ces prédictions dramatiques se vérifient. Mais, d’ores et déjà, au ministère de l’Intérieur, on assume avoir tenu ce discours alarmant pour « sensibiliser aux risques ». Un haut fonctionnaire résume : « La bataille, il fallait la gagner à 75 % en amont. Il fallait responsabiliser les gens car on ne plaisante pas avec la sécurité. Il reste la bataille sur le terrain, et là, nous avons mis de gros moyens. Les policiers seront plus offensifs et plus mobiles. Des consignes très précises ont été données sur le terrain en amont pour éviter qu’il y ait une déperdition de temps entre l’ordre donné et son application. »

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Toute personne qui se dissimule le visage sera considérée comme hostile. Tout port de cagoule passera comme une « déclaration de mauvaise intention », selon la même source sécuritaire.

Une façon différente de compter les effectifs

Jeudi soir, après de multiples imprécisions sur le sujet, le Premier ministre, Édouard Philippe, fixait à 89 000 le nombre de policiers et de gendarmes mobilisés pour ce défi sécuritaire hors normes, dont 8 000 à Paris. Dans une conférence de presse, ce vendredi, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, refusait de donner de plus amples détails, officiellement pour des raisons de sécurité. Du coup, personne ne s’y retrouve, pas même les spécialistes.

Selon nos informations, la méthode de calcul du Premier ministre intègre les effectifs dédiés spécifiquement au maintien de l’ordre, escadron de gendarmerie mobile et CRS (policiers), compagnies départementales d’intervention, BAC, mais aussi les effectifs des services de renseignement (renseignement territorial et DGSI). Ce vendredi matin, le directeur général de la gendarmerie, Richard Lizurey, avançait sur C News ses propres chiffres : « Plus de 60 000 » gendarmes pour « l’ensemble des unités mobilisées ».

Renseignement pris, la méthode de comptage n’est pas celle de Matignon : il s’agit en fait des personnels qui travailleront ce jour-là sur l’ensemble du territoire quelles que soient leurs attributions. Quoi qu’il en soit, ce samedi annoncé comme noir sur le plan de l’ordre public, représente un réel effort pour des forces de l’ordre déjà éprouvées. De surcroît, le pôle judiciaire a été mis en place pour pouvoir absorber plus de mille interpellations.
VIDÉO. Les blindés qui vont être déployés à Paris ce samedi

Signe de cette montée en puissance, 14 véhicules blindés de la gendarmerie seront prépositionnés dans Paris. « Ils fonctionnent par deux et toujours en appui d’un escadron au sol », précise le lieutenant-colonel Valantin, le chef d’état-major du groupement blindé de gendarmerie mobile. « Ils servent à la fois à garantir la protection des gendarmes au sol et à dégager des barricades en toute sécurité », poursuit le haut gradé. Ces engins, récemment engagés à Notre-Dame-des-Landes, sont beaucoup utilisés Outre-mer. C’est la première fois que ces engins, à disposition de la gendarmerie depuis 1974, seront déployés dans la capitale.