GILETS JAUNES – Après quatre mois de mobilisation, les gilets jaunes vont entamer l’acte XVIII de manifestation, ce samedi 16 mars.

Alors que le nombre de manifestants n’a cessé de décroître ces dernières semaines, cette journée est annoncée comme un rendez-vous clé, coïncidant avec la fin du grand débat, avec un appel à converger vers la capitale. Faut-il y voir la fin du mouvement et le retour à l’anonymat de ces leaders? Pas si sûr.

Éric Drouet

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Alors que plusieurs porte-parole ont laissé entendre un retour à une vie normale, ou du moins plus apaisée, Éric Drouet se caractérise par une détermination sans faille. Dans une vidéo diffusée sur Youtube, depuis la cabine de son camion, vendredi 15 mars, le gilet jaune prédit une poursuite du mouvement sous une forme plus radicale, et non plus dans la rue.

“Il faudra que [l’acte XVIII samedi 16 mars] soit une grosse journée, que ce soit important et qu’on arrive à se faire entendre parce qu’après cette journée, en tout cas pour moi, ce sera fini les manifestations, ça sera des vraies actions pour la suite, il faudra proposer des blocages, etc”, a averti le chauffeur routier originaire de Melun, sans donner plus de détails. “Marcher on a prouvé qu’on savait le faire, on a prouvé que ça ne fonctionnait pas (…). On ne va pas le démontrer 150 ans (…). Le blocage de l’économie, il n’y aura que ça à mon humble avis”.

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Ces propos ne viennent que confirmer l’intransigeance affichée depuis le 17 novembre. Dans une précédente vidéo, diffusée le 8 mars, il appelait à “un blocage total (…) des raffineries, ports”. “Qu’ils bloquent l’économie une bonne fois pour toutes”, avait-il martelé. “C’est la seule solution qui leur mettra un peu la pression pour qu’on puisse enfin être écoutés”.

Maxime Nicolle

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Celui qui se surnomme FlyRider avait un temps menacé de quitter la France, il semble désormais aspirer à retrouver le cours de sa vie. Interrogé fin février par BFMTV, Maxime Nicolle disait vouloir “retourner à sa vie de simple citoyen”. “C’est quelque chose qui prend beaucoup de temps, moi j’ai hâte de revenir à ma vie de simple citoyen normal”, avait-il indiqué. “Même si j’ai l’impression que ça va être très compliqué, mais j’ai hâte quand même”.

Un propos qu’il a déjà tenu par le passé, sur le plateau du Média, en janvier dernier. “Quoi qu’il arrive, à partir du moment où ce mouvement va se structurer, moi je n’aurai pas ma place, car je ne ferai pas partie des personnes qui représenteront ce mouvement, politiquement si ça doit tourner en politique, ou pas politiquement [si inversement]”, avait-il alors défendu. “Moi ma place c’était de transférer les informations (…) et une fois que le mouvement va évoluer en quelque chose de plus structuré, moi je n’aurai plus ma place et je retrouverai ma vie”.

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Difficile dans l’immédiat de prédire à quelle échéance ce désir sera bel et bien effectif. Lors d’un Facebook live diffusé jeudi sur la page “Fly Rider infos blocage”, Maxime Nicolle a indiqué être “juste un peu fatigué”, réassurant sur sa présence à Paris pour l’acte XVIII du mouvement. “Quand vous êtes au plus bas, et que vous sentez que ça devient inutile de faire tout ça, dites vous que, avant que ça commence, vous vous demandiez quand est-ce que ça allait commencer, donc ce n’est pas le moment de lâcher”, a-t-il conclu.

Priscillia Ludosky

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La gilet jaune semble déterminée à ne pas laisser tomber la politique. L’auto-entrepreneuse de Savigny-le-Temple, qualifiée de “force tranquille des gilets jaunes”, y met néanmoins une nuance. Interrogée par Le Média le 25 février, Priscillia Ludosky expliquait avoir été approchée par des personnes désireuses de “monter des partis après” le mouvement.

“C’est quelque chose que vous examinez?”, interroge Aude Lancelin. “J’ai été approchée personnellement pour le faire, mais je ne compte pas entrer dans cette initiative-là, personnellement. (…) Je reste sceptique par rapport à ce qui peut être proposé à l’avenir (…). La différence entre ce qui s’est passé avant, le mouvement entre-deux, et ce qu’il se passe après, c’est que j’espère qu’après, on proposera des choses plus en phase”, répond la gilet jaune.

Interrogée sur les suites à donner au mouvement, la trentenaire explique qu’il est possible de “laisser tomber la forme de manifestation actuelle et faire en sorte d’aller vers d’autres types de démarches”. “Créer une assemblée citoyenne (…) pour amener des solutions, des analyses de propositions qui mèneraient à des mesures fortes, c’est une manière de rentrer en politique sans faire de la politique dans un parti (…). Pour moi, c’est quand même le mouvement qui continue”, fait-elle valoir. “Créer des collectifs, des associations, ceux qui créeront des partis par la suite, c’est pareil (…). Pour moi, le mouvement ne mourra pas, il prendra juste d’autres formes”.

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La gilet jaune a également émis l’idée d’un boycott des élections européennes. “C’est une autre forme d’alerte, donc pourquoi pas”, a-t-elle indiqué. “Ne pas dire aux gens de ne pas aller voter, ça n’a pas de sens, les gens font ce qu’ils veulent, mais il y a des idées qui émergent pour ne pas passer inaperçus lors de ces élections”.

Ingrid Levavasseur

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Après avoir annoncé son retrait de la liste du “Ralliement d’initiative citoyenne”, Ingrid Levavasseur a finalement indiqué qu’elle ne se présentera sur aucune liste, en vue des élections européennes en mai prochain, le 11 mars, admettant son incapacité à fédérer les différents courants au sein du mouvement des gilets jaunes. Pour rappel, cinq listes ont été constituées en vue du scrutin (RIC, MAC, Rassemblement des gilets jaunes citoyens, Union jaune et Évolution citoyenne).

La porte-parole a régulièrement été contestée au sein du mouvement, et cible de menaces verbales et physiques répétées. En janvier dernier, elle avait été contrainte de renoncer à être chroniqueuse sur BFMTV. “STOPPPPPPP arrêtez avec vos messages cyniques, j’ai refusé cette offre!! Vous n’imaginez même pas le mal que vous faites aux gens qui se battent pour vous!! Débrouillez-vous entre vous puisque vous avez les solutions…”, écrivait-elle alors sur sa page Facebook.

Faut-il y voir la fin programmée de son engagement politique? Loin de là. Dans un post Facebook publié le 12 mars, Ingrid Levavasseur a appelé à rejoindre la marche pour le climat prévue le samedi 16 mars.

L’ancienne aide-soignante projette également de créer une association, baptisée “Plus que jamais”, comme l’a révélé RTL. Une cagnotte a été lancée sur la plateforme de financement participatif Leetchi, recueillant déjà 2400 euros. “En attendant ce cadre légal nous permettant de recevoir des adhésions et des dons, il nous faut continuer à porter nos valeurs sur le territoire”, fait-elle valoir sur la page de cette cagnotte. “Pour ce faire, Ingrid et son équipe ont besoin de votre soutien, en particulier pour tout ce qui concerne les frais de déplacement. Même un geste minime, permettra de franchir cette période de transition”.

Ingrid Levavasseur a par ailleurs confié ce vendredi à l’AFP qu’elle se préparait pour les municipales de 2020. “Je m’y prépare, je veux travailler avec mon prochain, pallier les manques, ce sera déjà plus palpable (dans les communes) qu’aller à l’UE. Les municipales, je ne peux pas encore en parler mais je mets tout en en œuvre sur le terrain pour que quelque chose voie le jour”, a-t-elle dit.

Jacline Mouraud

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La Morbihannaise, auteure de la vidéo coup de gueule datant du 18 octobre dénonçant la “traque aux conducteurs”, se lance en politique. Après s’être éloignée du mouvement des gilets jaunes fin 2018, elle a fondé le parti “Les Émergents”. Contrairement à d’autres gilets jaunes, elle a écarté l’éventualité de se présenter aux européennes, visant le scrutin des municipales en 2020.

Lors d’une conférence de presse en janvier, l’hypnothérapeute avait dévoilé plusieurs éléments de son programme comme “stopper les projets ‘climaticides'”, “baisser le train de vie des élus”, “développer des maisons de charité” en faisant appel “aux grands patrons” pour leur financement ou encore la suppression de la TVA pour les produits de première nécessité.

En déplacement au Salon de l’agriculture fin février, elle ne cachait pas rencontrer quelques difficultés. “C’est très difficile de se lancer en politique quand on vient de la base”, a-t-elle affirmé au micro de BFMTV. “Je fais partie de ces gens qui sont actuellement sur un parcours du combattant pour pouvoir proposer quelque chose en politique (…). Néanmoins, ce n’est pas ça qui me fera renoncer”.

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