LE SCAN POLITIQUE – Le «temps du dialogue» doit s’ouvrir, selon Édouard Philippe, après le quatrième samedi de mobilisation des «gilets jaunes». Emmanuel Macron doit s’exprimer en début de semaine et va proposer des «mesures», a déclaré le premier ministre.

Redouté par les autorités, le nouveau samedi noir n’a pas eu lieu. À l’issue de manifestations émaillées de heurts, mais sans commune mesure avec ceux de samedi dernier, «un point d’arrêt a été mis à l’escalade de la violence», a affirmé samedi soir le ministre de l’Intérieur depuis l’hôtel Beauvau, chiffres à l’appui. Christophe Castaner a relevé 118 blessés parmi les manifestants (220 samedi dernier) et 17 parmi les forces de sécurité (284 samedi dernier), à 18 heures, avant de se rendre dans la soirée auprès de policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers sur les Champs-Élysées, à Paris.

«La vigilance reste de mise», a ajouté Édouard Philippe, à ses côtés au ministère de l’Intérieur. Mais le premier ministre espère désormais ouvrir, après la réponse sécuritaire, un volet politique. «Place au dialogue», a-t-il lancé, en référence au «large débat» public sur les impôts et les dépenses publiques qui doit s’ouvrir du 15 décembre au 1er mars. Cette concertation doit réunir représentants syndicaux, élus et citoyens pour trouver des «solutions» aux «traductions concrètes dans la vie quotidienne», après presque un mois de manifestations de «gilets jaunes», aux revendications diverses en faveur du pouvoir d’achat.

Prise de parole présidentielle et motion de censure à l’ordre du jour

Pour le chef du gouvernement, «le dialogue a commencé» et «il faut désormais retisser l’unité nationale». «Le président de la République s’exprimera. Il lui appartiendra de proposer les mesures qui viendront nourrir ce dialogue», a-t-il indiqué, alors que l’Élysée a confirmé au Figaro une prise de parole d’Emmanuel Macron «en début de semaine».

Une intervention attendue par l’opposition: Marine Le Pen (Rassemblement national) veut des «réponses fortes» à la «souffrance sociale» et demande, avec Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), une dissolution de l’Assemblée nationale pour provoquer des élections législatives anticipées, sans attendre 2022. Malgré le refus du chef de file des «Insoumis» de lancer un «appel au calme», le premier ministre a aussi remercié «tous ceux qui, pendant la semaine, ont appelé au calme: responsables politiques, syndicaux, associatifs.»

Édouard Philippe sort d’une rude semaine, marquée par deux discours devant l’Assemblée nationale et le Sénat, un entretien au «20 heures» et un désaveu infligé par Emmanuel Macron. Mercredi soir, le chef de l’État a préféré annuler pour 2019 les hausses de taxes sur les carburants, alors que le premier ministre avait annoncé quelques heures auparavant une «suspension» pendant six mois. Visé par une motion de censure de la gauche (socialistes, communistes, «Insoumis»), le chef du gouvernement devrait à nouveau s’exprimer à la tribune de l’Assemblée nationale la semaine prochaine.