Son entourage tient à le faire savoir : ce samedi, acte IV des Gilets jaunes, Emmanuel Macron sera toute la journée à l’Élysée. À portée d’oreille des slogans hostiles des Gilets jaunes qui réclament sa démission, alors que lors des deux derniers samedis à Paris, il était en déplacement en Argentine ou à la Lanterne. Silencieux depuis une semaine, quasi-invisible, si ce n’est pour quelques fugaces images sans le son – comme ce vendredi soir lors d’une visite au fort de Nogent-sur-Marne, pour rencontrer un escadron de gendarmes mobiles – le président s’apprête à remonter en première ligne.

Il reprendra la parole en début de semaine prochaine. Ni la date précise, ni le format choisi pour cette allocution, ne sont divulgués. « On se ménage un effet de surprise », glisse un de ses conseillers. Pas question en tout cas de s’exprimer à chaud ce week-end : « Il considère que ce n’est pas le moment. Il tient à maîtriser le timing de ses prises de parole », balaie son entourage. L’image du maître des horloges encore et toujours, donc, malgré la fronde qui gronde…

« Ce n’est pas un épisode comme un autre »

Mais alors qu’il s’apprête à vivre une journée qui marquera son quinquennat, le président ne veut pas donner une impression de fébrilité. « Il vit tout cela avec beaucoup de gravité, beaucoup de concentration. Il est très à sa tâche », assure l’Élysée. « Pour lui, ce n’est pas un épisode comme un autre. C’est une crise avec des ressorts très profonds, en raison du degré de mal-être exprimé. C’est aussi une crise morale. C’est quand même dingue d’avoir dû lancer un appel au calme, alors que cela aurait dû être un réflexe démocratique de la part de tous les partis ». Comme en écho, Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, a jugé vendredi « inutiles » les « imprécations en faveur d’un renversement de la Ve République ».

En retrait ces derniers jours, le président a consulté tous azimuts. « Il est implacable sur l’ordre public. Il ne veut rien céder aux casseurs », raconte un député de la majorité destinataire d’un coup de fil présidentiel. L’occasion aussi de faire passer des messages, notamment sur sa capacité à réformer qui n’est pas entamée… malgré le recul sur la hausse des prix des carburants cette semaine. « Il ne veut pas détricoter les dix-huit mois de réformes. Il n’est pas là pour tergiverser, il veut continuer à avancer », relaie le même député. D’où l’obligation de minimiser la volte-face sur la fiscalité écologique : « La taxe carbone, ce n’est pas notre ADN politique », évacue l’entourage du chef de l’État.

Le pouvoir espère une issue de crise proche

En cette veillée d’arme, le président n’a cependant pas souhaité recevoir les membres des Gilets Jaunes libres qui voulaient le rencontrer. Les cinq représentants de ce collectif ont finalement été conviés dans la soirée par Édouard Philippe à Matignon. « C’est un signal de dialogue », se félicite l’entourage du Premier ministre qui avait dû annuler une réunion avec eux mardi dernier, faute de participants.

Place, donc, à la suite, comme pour se persuader que l’issue de la crise est proche, avec cette première prise de contact avant le lancement de la concertation nationale – notamment sur le pouvoir d’achat – du 15 décembre au 1er mars. Les ministres concernés se sont réunis vendredi à Matignon pour en définir les contours. Bref, on travaille comme si de rien n’était… ou presque.

Des ministères à éviter par son personnel

Le samedi noir annoncé hante en effet les esprits. « On ne sait pas combien il y aura de personnes. On sait juste qu’ils ne sont pas bien intentionnés », soupire un conseiller ministériel. Consigne a été passée aux personnels de ne pas se rendre dans les ministères les plus exposés (Écologie, Éducation, Travail…). « S’il devait y avoir des problèmes, le fait d’avoir des agents sur place pourrait compliquer les choses », explique, inquiet, un fonctionnaire.

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