A Angers, les « gilets jaunes » visent la zone commerciale

Dans la préfecture du Maine-et-Loire, les « gilets jaunes » ont décidé de changer un peu de cible. Ce matin ils sont devant l’enseigne Leroy Merlin, ou ils filtrent les bricoleurs du week-end à coups de sifflet, derrière un barrage sommaire de chariots et de pneus. Quelques minutes d’attente tout au plus, le temps d’expliquer leurs motivations.

« Le groupe Mulliez fait partie de ceux qui ont tué le petit commerce et il ne paye quasiment pas d’impôts en France ! », s’indigne Christophe, 54 ans, qui travaille dans le logement étudiant pour 1 650 euros par mois. Il ne digère pas non plus l’information que vient de lui montrer son voisin. « Les sénateurs se sont exonérés d’impôt jusqu’à 1 500 euros par mois », dit-il. La réalité est un peu plus compliquée que cela mais peu importe : « Les élus c’est quand même nous qui votons pour eux ! Comment voulez-vous que le peuple ait confiance après ? C’est comme en 1789, il y a une caste qui s’autorise tout et d’autres qui doivent travailler pour payer. »

A Angers, manifestation le samedi 8 décembre (TRECA-DURAND Yves pour “Le Monde”)

Derrière, un petit groupe est rivé sur le téléphone portable d’Eric, un commercial qui roule toute la semaine mais soutient le mouvement chaque week-end. Ils s’inquiètent de la situation à Paris. « Il y a déjà 317 interpellations, ça barde ! », dit l’un. « Oui mais ce sont des casseurs qui ont été repérés la semaine dernière et qui ont été arrêtés avant de recommencer », répond un autre. « Ah bah c’est bien alors ! »

En Maine-et-Loire, le préfet a annulé les congés des 700 gendarmes et 600 policiers ce samedi et pris un arrêté pour interdire la cession de produits chimiques, inflammables ou explosifs mais aussi d’articles pyrotechniques. Il s’y est même repris à trois fois pour préciser les conditions de la consommation d’alcool sur la voie publique, après s’être attiré les foudres des cafetiers et des vendeurs de vin chaud sur le marché de Noël. Le principal rendez-vous de la journée est prévu à 14 heures entre le palais de justice et l’hôtel de ville d’Angers, pour une manifestation qui doit côtoyer la marche pour le climat.

Laurent, un fonctionnaire de 43 ans, y sera : 

« Moi, je gagne bien ma vie et c’est la première fois que je manifeste. Parce que j’ai le sentiment que le mouvement des “gilets jaunes” est minimisé par les médias. On décrit les gens comme des fascistes, des chemises brunes, alors que c’est simplement des gens qui voudraient s’en sortir. Et quand j’entends le président dire qu’il suffit de traverser la route pour trouver du travail et que de l’autre côté il achète une moquette à 300 000 euros pour la salle des fêtes de l’Elysée, je me dis qu’on ne vit pas sur la même planète. »