Ils s’inquiètent de constater une “épidémie” inédite de blessures graves aux yeux, et demandent un moratoire sur l’utilisation des lanceurs de balles de défense.

Un mois après l’avoir envoyé à Emmanuel Macron, sans réponse, ils rendent leur message public : dans un courrier dévoilé par Le JDD, dimanche 10 mars, 35 ophtalmologistes d’hôpitaux prestigieux demandent au président de la République un “moratoire” sur l’utilisation des lanceurs de balles de défense. Ils disent avoir constaté un nombre inédit de contusions oculaires graves” causées par des tirs de LBD “ces dernières semaines”.

“Une telle ‘épidémie’ de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée”, affirment les médecins dans leur texte. “Nous, ophtalmologistes dont la profession est de prévenir et guérir les pathologies oculaires demandons instamment un moratoire dans l’utilisation de ces armes invalidantes au cours des actions de maintien de l’ordre”.

Pour eux, les blessures constatées ne sont pas dues au hasard ou à l’inexpérience”, car “le grand nombre de balles tirées avec une force cinétique conservée à longue distance et l’imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entrainer un grand nombre de mutilations”. 

Ils ne sont pas les premiers à critiquer l’utilisation des LBD dans le cadre de l’encadrement par les forces de l’ordre des manifestations du mouvement des “gilets jaunes”. Mais ils se défendent de toute intention politique : “Notre démarche est uniquement celle de médecins, purement humaniste, avec pour seul but d’éviter d’autres mutilations.”

Les ophtalmologistes expliquent que les lésions oculaires provoquées par les tirs de LBD sont souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique.” Ils les comparent aux blessures liées aux balles de golf, “rares mais bien connues des ophtalmologistes pour leur sévérité, conduisant dans la majorité des cas à la perte de la vision et dans un tiers des cas à l’énucléation”. Or, expliquent-ils, les balles de LBD représentent un danger plus grand encore, car elles font la même taille, mais sont envoyée avec une “énergie cinétique (…) bien supérieure à celle d’une balle de golf.”

Ces médecins affirment avoir envoyé leur courrier à l’Elysée un mois plus tôt, et le “rendent aujourd’hui public (…) afin d’être certains que leur message d’alerte est parvenu à son destinataire”, explique Le JDD. Ils ont aussi mis en place une cellule de veille sur les blessures provoquées par les LBD, en lien avec la Société française d’ophtalmologie, qui a recensé une vingtaine de personnes ayant perdu un œil.

Le Conseil de l’Europe a demandé à la France, fin février, de “suspendre l’usage du LBD”. En janvier, le Défenseur des droits avait expliqué qu’il espérait des mesures contre ces armes, après avoir déjà demandé leur interdiction en 2018. Un neurochirurgien avait également lancé une pétition contre leur utilisation. Mi-janvier, franceinfo avait recensé au moins 40 blessés graves à la suite d’un tir de LBD. Selon le gouvernement, plus de 13 000 tirs de LBD ont été effectués depuis le début du mouvement des “gilets jaunes”.