Georges Tron condamné en appel à cinq ans de prison, dont trois ans ferme, pour viol et agressions sexuelles – Le Monde

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Georges Tron, ancien secrétaire d’Etat au travail, en amont d’un meeting de campagne pour les législatives, le 13 juin 2012 à Draveil.

Au terme de dix ans de feuilleton judiciaire et après onze heures de délibéré, mercredi 17 février, la cour d’assises d’appel de Paris a condamné Georges Tron à cinq ans d’emprisonnement dont deux avec sursis. Le maire (LR) de Draveil (Essonne) et ancien secrétaire d’Etat a été déclaré coupable de viol et agressions sexuelles en réunion sur une des deux anciennes employées de la municipalité, Virginie Ettel.

La cour et les jurés sont allés au-delà des réquisitions de l’avocat général, Jean-Christophe Muller, qui avait demandé une peine de cinq ans dont trois avec sursis, ce qui lui aurait permis de bénéficier d’un aménagement de peine. Ils ont retenu la contrainte morale exercée par le maire en raison du lien de subordination. La cour a aussi prononcé contre lui une peine d’inéligibilité pendant six ans. Georges Tron a été arrêté à la fin de l’audience.

Sa coaccusée Brigitte Gruel, ex-adjointe à la culture de la ville, a, quant à elle, été déclarée coupable de complicité de viol et d’agressions sexuelles en réunion et condamnée à deux ans d’emprisonnement avec sursis. Les deux condamnés sont inscrits au fichier des délinquants sexuels. La cour a, en revanche, acquitté les accusés des viols et agressions sexuelles en réunion qui leur étaient reprochés sur la deuxième plaignante, Eva Loubrieu, qui a quitté précipitamment la salle d’audience en larmes. Les deux accusés, qui clamaient leur innocence, avaient été acquittés en première instance en 2018.

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Massages de pieds

Rendu public quelques jours après l’éclatement de l’affaire Dominique Strauss-Kahn en mai 2011, ce dossier en appel s’inscrit en pleine prise de conscience collective sur les violences sexuelles et les rapports de pouvoir entre hommes et femmes. Un contexte que les parties civiles n’ont pas manqué d’invoquer durant les longues journées de débats. Georges Tron « a le droit de ne pas être le symbole d’un autre procès que le sien », a plaidé son avocat Antoine Vey, lundi soir.

Massages de pieds, mensonges, retournements de veste, enregistrements clandestins, « omerta », descriptions crues de scènes sexuelles trioliques… Pendant quatre semaines, la cour s’est plongée dans le microcosme de la mairie de Draveil, commune de banlieue parisienne que Georges Tron dirige depuis 1995. Cette affaire l’avait contraint à démissionner du gouvernement Fillon en 2011.

L’accusation et les parties civiles ont essayé de convaincre la cour que Georges Tron a exercé une « emprise » sur ses accusatrices Virginie Ettel et Eva Loubrieu. Selon eux, cet ascendant moral constitue une forme de contrainte – l’une des caractéristiques du viol dans le code pénal. En 2018, bien que jugeant crédible l’existence de scènes sexuelles, la cour d’assises de Seine-Saint-Denis avait estimé qu’il n’y avait, cependant, pas de contrainte, arguant notamment de contradictions et de mensonges de la part des plaignantes.

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« Les gens voyaient en moi un réflexologue »

Emmuré dans ses dénégations, Georges Tron a renvoyé durant ce procès l’image d’un homme aux ambitions politiques fauchées, profondément seul. Là où un groupe d’amis venait presque chaque jour soutenir Brigitte Gruel, le maire de Draveil est resté à l’écart lors des suspensions d’audience, sans parler à grand monde.

Connu pour prodiguer de fréquents massages de pieds aux femmes autour de lui, l’édile se défend de toute connotation sexuelle dans sa pratique de la réflexologie plantaire. « Jusqu’au 24 mai 2011, les gens voyaient en moi un réflexologue. (…) Et le lendemain, les gens voient en vous un pervers sexuel », a-t-il témoigné lors de son interrogatoire la semaine dernière.

Georges Tron a soutenu mordicus que ces plaintes participaient d’un grand « complot » destiné à le faire chuter et fomenté par ses adversaires politiques dans l’Essonne, qui semblaient l’obséder jusqu’à la paranoïa. « C’est pas la cour des Médicis, Draveil », a ironisé l’avocat général, estimant, mardi, dans son réquisitoire que cette thèse du « complot » s’était « délitée » au fil des débats.

Décennie de procédure judiciaire

Ce verdict est l’aboutissement d’une décennie de procédure judiciaire aux multiples rebondissements.

Les juges d’instruction avaient initialement prononcé un non-lieu en 2013, infirmé l’année suivante par la cour d’appel de Paris. Puis, en 2017, un premier procès à Bobigny avait été ajourné après quelques jours, faute de temps pour entendre tous les témoins et acteurs.

Le procès en appel, ouvert le 19 janvier, a lui aussi connu un faux départ, car Georges Tron était cas contact d’une personne contaminée par le coronavirus. Après un test négatif au Covid-19 du principal accusé, les débats ont pu véritablement démarrer la semaine suivante.

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Le Monde avec AFP

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