Gendarmes tués dans le Puy-de-Dôme : le forcené était «déterminé à faire un carnage» – Le Figaro

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Trois militaires ont été tués abattus ce mercredi 23 décembre lors d’une opération de secours d’une femme victime de violences conjugales. Il s’agit du onzième décès d’agent des forces de l’ordre en opération depuis le début de l’année.

Une véritable «scène de guerre». Les mots du procureur de Clermont-Ferrand, Eric Maillaud, ne suffisaient pas, mercredi, en fin d’après-midi, à décrire «l’horreur criminelle» survenue la nuit précédente au lieu-dit Le Cros, dans la commune de Saint-Just (Puy-de Dôme). Lors de cette attaque, perpétrée par un forcené lourdement armé, trois gendarmes ont perdu la vie alors qu’ils intervenaient pour porter secours à une femme menacée par son compagnon. Un quatrième a été blessé par balles, alors que l’assaillant, lui, a été retrouvé mort.

Tout a débuté mardi soir, entre 20h52 et 22h30. Une femme, Sandrine S., a déclenché les secours par l’intermédiaire d’une amie, faisant état de «coups portés au visage» par son nouveau compagnon. Le couple vivait en ménage dans ce petit village, entre Clermont-Ferrand, Saint-Étienne et le Puy-en-Velay, en plein cœur du parc naturel régional Livradois-Forez.

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La gendarmerie est intervenue sur place, observant les lieux, et apercevant l’homme armé. Le Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) est alors arrivé sur zone en renfort, dans une chronologie qui demeure «floue», selon le procureur. Visés par des tirs à vue de cet homme de 48 ans, un gendarme, âgé de 21 ans, a perdu la vie, tandis que son collègue, blessé à la cuisse, a été transporté par les pompiers vers le centre hospitalier d’Ambert. «Le petit espace du gilet pare-balles qu’il portait l’a empêché de mourir», a déclaré Eric Maillaud.

Après avoir mis le feu à son habitation, le forcené a de nouveau tiré sur «deux militaires qui effectuaient une reconnaissance en direction de la maison» afin de savoir si les pompiers pouvaient s’engager pour éteindre l’incendie. Les deux militaires, âgés de 37 et 45 ans, ont également perdu la vie. La conjointe du forcené, qui s’était réfugiée sur le toit de la maison, a pu être mise en sécurité.

« Le forcené était extrêmement déterminé à faire un carnage, quelles que soient les personnes »

Eric Maillaud, procureur de la République de Clermont-Ferrand

Le suspect a ensuite pris la fuite au volant d’un 4×4, avant de perdre le contrôle de son véhicule, 1,5 kilomètre plus loin, s’écrasant contre un arbre. Son corps a été retrouvé «une arme Glock dans la main», a expliqué Eric Maillaud. Il disposait d’un fusil d’assaut semi-automatique AR-15 de marque américaine, équipé d’un silencieux, d’une torche et d’un système de visée laser. Ainsi que quatre couteaux à sa ceinture. «Extrêmement déterminé à faire un carnage, quelles que soient les personnes», l’individu se serait suicidé, une perforation allant du tympan droit au tympan gauche ayant été constatée par les enquêteurs.

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De très importants moyens ont été mis en œuvre dans la nuit pour appréhender le suspect, avec quelque 300 militaires déployés, dont un escadron de gendarmerie mobile, ainsi que des brigades cynophiles et un hélicoptère. Le groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) a aussi été mobilisé. Arrivé sur place aux alentours de 2h30, il a «conduit les opérations de reconnaissances et de recherches du mis en cause», a précisé le ministère de l’intérieur.

«Persuadé de la fin du monde»

Le tireur, né en juin 1972, a un passé court d’ancien militaire. Il a vécu quelques temps à Dubaï, avant de revenir en France, où il suivait une formation d’élagueur. Précédemment marié, il était en litige avec la mère de sa fille, âgée de 7 ans, sur fond de non-paiement de pension alimentaire. «Il vivait assez mal le fait de ne pas pouvoir rencontrer sa fillette», a détaillé le procureur, évoquant des faits de violences conjugales sur sa précédente conjointe. Sa nouvelle conjointe, en revanche, n’avait pas déposé de plainte ou de main courante, a précisé le magistrat, tout en appelant à la «prudence».

Catholique pratiquant, «très extrémiste», survivaliste, l’individu avait effectué plusieurs stages d’entraînement à la survie, «persuadé de la fin du monde prochaine», selon le procureur Eric Maillaud, faisant état d’un profil «extrêmement inquiétant». Il pratiquait également le «tir de compétition», a-t-il précisé.

«Nos héros»

Cette violente attaque a provoqué de nombreuses réactions de la part du gouvernement. «J’ai une pensée toute particulière pour les quatre orphelins et pour les veuves des gendarmes décédés mais aussi pour toute la gendarmerie et toutes les forces de l’ordre qui connaissent, par ce drame, l’un des évènements les plus tragiques de leur histoire», a indiqué le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, lors d’une conférence de presse devant la gendarmerie d’Ambert. Le ministre a tenu à rappeler qu’avec ce drame, les forces de l’ordre venaient de connaître leur onzième décès d’agent en opération pour l’année 2020. «Nous leur devons respect et reconnaissance», a-t-il insisté. «Informé toute la nuit» par son ministre, le président Emmanuel Macron n’a pas tardé à rendre hommage aux gendarmes tués. «Ils sont nos héros», a-t-il dit.

Le premier ministre Jean Castex a également salué la mémoire des trois militaires, en soulignant que ce drame «endeuill(ait) le pays tout entier». «Je partage la douleur de leurs proches et de leurs frères d’armes et les assure de mon indéfectible soutien», a-t-il ajouté. «La Nation s’incline devant leur courage et leur engagement», a de son côté écrit Gérald Darmanin.

La ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur Marlène Schiappa s’est exprimée dans la matinée. Elle a présenté ses condoléances aux proches des militaires. «Il y a quelques jours encore, je rappelais que tous les jours des policiers et des gendarmes interviennent pour sauver la vie de femmes et d’enfants victimes de violences intrafamiliales, au péril de leur vie. Ce qui s’est passé cette nuit et ce matin nous montre que ce ne sont pas que des mots, c’est la réalité, le quotidien, des forces de l’ordre», a-t-elle rappelé sur BFMTV.

Hors faits de terrorisme, les agressions à l’arme à feu contre des forces de l’ordre sont relativement rares en France. En mai dernier, un forcené retranché chez lui à Saint-Christoly-Médoc (Gironde) avait tiré avec un fusil sur les gendarmes, blessant légèrement l’un d’entre eux. Alors que l’homme s’apprêtait à tirer une nouvelle fois, avec un fusil à lunette, un gendarme du GIGN l’avait tué d’un «tir de neutralisation». Il faut remonter à juin 2012 et le meurtre de deux femmes gendarmes à Collobrières (Var) lors d’une intervention pour un conflit de voisinage pour retrouver trace de la mort par arme à feu de gendarmes en intervention.

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