Frédérique Vidal, une ministre de l’enseignement supérieur dans la tourmente – Le Monde

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Maladresse ? Ballon d’essai ? Diversion ? Ou encore grosse fatigue, comme le prétend son entourage ? Alors qu’elle s’est faite très discrète pendant de longs mois sur la situation préoccupante des étudiants depuis le début de la crise sanitaire, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche est brusquement sortie de l’ombre. Dimanche 14 février, sur CNews, Frédérique Vidal annonce avec fermeté son intention de confier au CNRS une « enquête » afin de distinguer les recherches « militantes » des recherches « scientifiques », dans le vaste domaine des sciences sociales qui serait « gangrené » par l’« islamo-gauchisme ».

La Conférence des présidents d’université a exprimé aussitôt sa « stupeur », assimilant ces propos à « des arguties de café du commerce ». Ce n’est pourtant pas la première fois que cette ministre, pourtant si discrète, se brûle les ailes sur un sujet on ne peut plus inflammable : celui des « libertés académiques », consacrées par le Conseil constitutionnel au rang de principe fondamental. Elle avait en effet soutenu un amendement sénatorial à la loi de programmation de la recherche visant à conditionner ces libertés au respect des valeurs de la République. Pour éteindre la polémique et la « grève des écrans » entamée par les enseignants (les cours se tenant à distance), l’amendement avait été réécrit.

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Mercredi, Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, a bien tenté de calmer la polémique à la sortie du conseil des ministres en rappelant l’« attachement absolu à l’indépendance des enseignants-chercheurs » porté par Emmanuel Macron et la « priorité » que constitue pour le gouvernement la situation critique des étudiants dans la crise sanitaire, cela n’a pas suffi à éteindre l’incendie. Même les présidents de grande université ayant coutume d’approuver la plupart des orientations ministérielles ont lâché la ministre, à l’instar de Michel Deneken (Strasbourg) ou encore de Jean Chambaz (Sorbonne Université), qui l’ont sommée de stopper cette « hystérisation » des débats.

Profil parfait pour intégrer le gouvernement

« C’est le bouquet !, s’emporte Anne Roger, cosecrétaire générale du Snesup-FSU. Pendant la crise sanitaire, elle a été totalement absente et, maintenant, elle balance ce genre de bombe. On se demande jusqu’où elle va aller. » « Je ne comprends pas ce qui lui a pris, se désole Franck Loureiro, du SGEN-CFDT. On l’avait remerciée au mois d’octobre pour sa tribune dans L’Opinion, où elle avait rappelé que l’islamo-gauchisme ne voulait rien dire et qu’il était faux d’affirmer que l’université propageait des théories de ce type. » Son entourage tente de temporiser, assurant que « la police des idées, ce n’est pas le style de Frédérique », et que cette sortie serait liée « à la fatigue » mais aussi à « un raisonnement, en tant que biologiste, qui cherche à apaiser le débat en se disant qu’on allait regarder sereinement les choses en provoquant une confrontation ». « Il est évident que ce n’est pas une politique professionnelle », note un ancien membre de son cabinet.

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