François Bayrou : de l’ombre à la lumière – LaDepeche.fr

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Cette fois, c’est fait. François Bayrou est officiellement haut, très haut, commissaire au Plan. C’est ainsi que son entourage le présente. Certes, il ne sera pas rattaché au président de la République comme il l’aurait souhaité, mais le Béarnais a obtenu un accès privilégié au Premier ministre. En effet, l’hôtel de Cassini dans lequel il va s’installer très prochainement bénéficie d’une porte donnant dans les jardins de Matignon. Ça n’est pas rien pour un homme amoureux des symboles comme le maire de Pau. Le voici donc de retour au-devant de la scène.

La vie de François Bayrou est ainsi faite, comme ses chères Pyrénées, de hauts et de bas, de vallons rapidement traversés et de sommets trop vite enjambés. En 2002, après avoir été ministre de l’Education et avoir géré l’implosion de l’UDF provoquée par le départ d’Alain Madelin, il croit toucher le Graal. Jacques Chirac, élu face à Jean-Marie Le Pen, doit, selon toute vraisemblance, lui proposer Matignon. Le soir du 21 avril, à 20 h 10 précise, le téléphone sonne, en effet, dans le bureau de Bayrou. Le chef de l’Etat est bien au bout du fil mais il lui lance : “Allô François ? Je voulais te dire que je t’emmerde”. C’est le choc pour l’ancien ministre qui a du mal à redresser la tête, d’autant qu’un mois plus tard, la création de l’UMP divise irrémédiablement les centristes. François Bayrou se relève, pourtant.

Bis repetita, en 2007, il obtient 18 % à la présidentielle. Le voici dans le costume de faiseur de roi. Mais une fois encore, Matignon lui échappe. Cette fois, c’est lui qui refuse le deal avec la candidate socialiste Ségolène Royal qui sonnera à sa porte, le 5 mai, et s’entendra dire, via l’interphone : “Surtout ne montez pas”. Nicolas Sarkozy élu, François Bayrou se retrouve dans l’opposition à la tête d’un parti exsangue. En 2008, il est même battu aux municipales à Pau. Cette fois, la traversée du désert va durer 10 ans.

Il doit attendre 2017, pour peser à nouveau. Il hésite à se présenter à la présidentielle mais décide de jouer les forces d’appoint. Si les voix du MoDem n’ont pas rebattu les cartes, elles ont donné du souffle et de la crédibilité à Emmanuel Macron à un moment déterminant.

Cette alliance offre alors à François Bayrou un groupe de députés important, mais surtout elle lui permet d’imposer deux de ses proches au gouvernement tout en s’installant lui-même au ministère de la Justice. Une éclaircie de courte durée puisque, empêtrés dans l’affaire des assistants parlementaire du MoDem, tous doivent démissionner un mois plus tard. Mais cette fois, François Bayrou ne se replie par sur ses terres. Il étoffe sa relation avec le chef de l’Etat, la scénarise auprès des journalistes qui lui rendent visite dans son bureau de la rue de l’Université à deux pas de l’Assemblée. Il leur décrit à l’envi ce jeune président dont il comprend mal les codes, qui va trop vite à son goût, ne prend pas le temps de sentir le pays, d’en prendre le pouls, d’en respirer l’odeur. “Arrêtez vous cinq minutes, c’est important”, lui aurait-il soufflé à l’oreille. Ou encore : “Votre agenda est trop chargé, vous laissez à vos conseillers le soin d’avoir des idées. C’est au patron d’insuffler les idées”. François Bayrou est de tous les dîners de la majorité qui se déroulent le lundi soir à l’Élysée. Il donne son avis, prétend être écouté.

Celle du commissariat au Plan flotte depuis longtemps. Un poste qui fleure bon les années soixante-dix mais dont les pourtours conviennent à merveille au maire de Pau qui se voit ainsi passer de conseiller officieux à conseiller officiel. À lui la prospective, le long terme. À lui de tracer la route de l’après-Covid aussi bien sur le plan de sa souveraineté technologique que sur celui de la transition énergétique. À lui de dessiner la France d’un second quinquennat ?

L’intéressé bénéficiera de moyens colossaux : une centaine de collaborateurs et un budget annuel de 15 millions d’euros, soit l’enveloppe jusqu’alors dévolue à France Stratégie, l’ancienne instance fondue dans le nouveau haut-commissariat. Le 1er septembre, un correctif a même été apporté au décret qui délimite les contours du poste. En plus du “concours de France Stratégie”, François Bayrou disposera de celui “des administrations et services de l’État susceptibles de contribuer à l’accomplissement de sa mission”. Un ajout qui risque de susciter quelques interrogations sur les limites imposées aux moyens dont bénéficiera le patron du MoDem.

À l’Assembée aussi, certains commencent à grincer des dents. “Le MoDem prend trop d’importance ; cet été, le président du groupe a même tenté de débaucher des gens de chez nous, c’est inadmissible”, expliquait cette semaine à La Dépêche, un candidat à la présidence du groupe LREM. En en faisant un quasi-vice-président, Emmanuel Macron aurait-il fait de François Bayrou l’ennemi numéro 1 de la macronie ?

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