Fabienne Keller, sénatrice du Bas-Rhin et vice-présidente du parti Agir-La Droite constructive, propose au président Macron de donner à Marianne les traits de Simone Veil, rescapée de la Shoah et ancienne ministre .

“Donnons à Marianne les traits de Simone Veil !” . C’est autant un cri d’alerte qu’une réaction du cœur et un message de raison, à un moment où “la République est fracturée”, que lance la sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller.

Parmi plusieurs actes antisémites relevés ces derniers jours à Paris, deux portraits de Simone Veil ont été barrés de croix nazies.

Le visage de Simone dessiné par l'artiste C215 sur deux boîtes aux lettres de la mairie à Paris 13e. Photo Christophe ARCHAMBAULT / AFP Le visage de Simone dessiné par l’artiste C215 sur deux boîtes aux lettres de la mairie à Paris 13e. Photo Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Ces visages de l’ex-ministre, rescapée de la Shoah, avaient été dessinés par l’artiste C215 sur deux boîtes aux lettres de La Poste, en façade de la mairie du 13e arrondissement de la capitale, lors de la “panthéonisation” de Simone Veil, le 1er juillet 2018.

“Les auteurs de cet acte révoltant pensaient salir l’image de Simone Veil, au contraire, ils ont renforcé la détermination de l’ensemble des Républicains (…) à poursuivre les combats que furent ceux de cette figure exemplaire de notre République”, écrit Fabienne Keller dans son courrier du 12 février, adressé au président Macron, pour officialiser sa proposition.

“Ne cédons riens face à l’antisémitisme et aux provocations. Défendons la mémoire de Simone Veil, ses valeurs, ses combats”, a déclaré Christian Guemy, l’artiste C215, qui a depuis restauré son oeuvre.

“J’ai été choquée par ces tags qui ont souillé les portraits de Simone Veil. J’ai réagi spontanément en faisant cette proposition sur cette Internet. Je suis impressionnée par le nombre de réactions positives. Cela prouve que ce que j’ai ressenti beaucoup de gens le partagent et adhèrent à ma proposition”, constate Fabienne Keller.

Qui est Marianne ?

Une Marianne. Photo Julio PELAEZ
Une Marianne. Photo Julio PELAEZ
Une Marianne. Photo Julio PELAEZ
C’est le visage d’une femme qui incarne la République française – au même titre que le drapeau bleu, blanc, rouge ou La Marseillaise – et ses valeurs “liberté, égalité fraternité”. Elle est coiffée du bonnet phrygien, symbole de la Liberté.

L’idée de représenter la République sous les traits féminins est née après la Révolution en 1792.

Le surnom familier de “Marianne” lui a été donné à la même époque, dans le Languedoc d’abord, par la “vox populi”, précise le site internet de l’Assemblée nationale. Sans doute parce que ce prénom, formé de Marie (nom de la Vierge) et de Anne (nom de sa mère), était très répandu dans le petit peuple, au XVIIème siècle, et qu’il convenait donc à la jeune République qui en était issue.

Où la voir ?

Son effigie est notamment visible sur les timbres et en tête de tous les documents officiels. Son buste trône aussi en bonne place dans les mairies : une coutume qui remonte aux premières années de la IIIe République, car en réalité aucun texte législatif n’oblige le maire à installer une Marianne.

Faute de buste officiel de la République, il n’existe pas une Marianne mais des dizaines de modèles, qui ont évolué avec la mode et les représentations de la République ! “Chaque sculpteur est libre de la représenter à sa façon et chaque maire est libre de choisir son modèle”, précise encore le site internet de l’Assemblée nationale.

Mardi, la sénatrice du Bas-Rhin et vice-présidente du parti Agir-La Droite constructive a également transmis sa proposition à François Baroin, président de l’Association des maires de France, qui doit donner son avis.

“Simone Veil fait partie du cœur et de la conscience collective de notre nation. Elle incarne la France, son honneur, sa grandeur, son courage et sa dignité en toute situation et dans l’adversité. Son parcours et ses engagements ont inspiré et donné de la force à des millions de Français”, plaide encore Fabienne Keller dans sa lettre au chef de l’État.

Après Brigitte Bardot, Catherine Deneuve ou Laetitia Casta, la sénatrice du Bas-Rhin et ex-maire de Strasbourg (2001-2008) fait valoir qu’à “cet instant de la vie de notre nation”, choisir Simone Veil pour incarner Marianne serait une “réponse aux actes antisémites et à toutes les agressions que la République a pu connaître ces derniers mois”.

Quelles célébrités se cachent derrière Marianne ?

Brigitte Bardot. Photo AFP
Brigitte Bardot. Photo AFP
Brigitte Bardot. Photo AFP
Marianne emprunte souvent depuis un demi-siècle les canons de beauté de célébrités. C’est en 1968 que la République s’offre un lifting révolutionnaire en s’incarnant dans le visage de l’actrice et sex-symbol du cinéma Brigitte Bardot.

En 1978, la chanteuse populaire Mireille Mathieu lui prête ses traits. En 1985, Catherine Deneuve – star confirmée du grand écran – est choisie pour inspirer la sculpture d’un nouveau buste.

Nouveau profil décapant en 1989 : celui du top model Inès de la Fressange, remplacé un an plus tard, pour le passage à l’an 2000, par celui de Laetitia Casta. En 2012, la République choisit à nouveau de s’incarner dans une star de cinéma avec Sophie Marceau

Ces choix ne font pas toujours consensus. En 2003, Evelyne Thomas, alors star de la télévision, avait été un modèle très contesté.

Cela coïnciderait en outre avec le 40ème anniversaire de l’élection de Simone Veil à la présidence du Parlement européen. Un signal aussi pour l’Europe, à quelques mois d’un scrutin menacé par la montée des mouvements populistes et eurosceptiques dans plusieurs pays.

“Ce serait un symbole très fort de représenter la République par une personne incarnant les valeurs des droit de l’Homme, de respect de l’autre, des valeurs européennes et féministes. Simone Veil était tout cela à la fois avec en plus un regard magnifique, déterminé”, écrit Fabienne Keller.

Simone Veil est décédée le 30 juin 2017, à l’âge de 89 ans. Elle repose désormais au Panthéon avec son époux Antoine Veil.

Connaissez-vous la Marianne 2018 ?

Photo Nicolas TUCAT/AFP
Photo Nicolas TUCAT/AFP
Photo Nicolas TUCAT/AFP
C’est une Marianne “engagée” mais anonyme qui a été choisie en 2018 par le président Macron pour représenter la République rompant avec la tradition des buste “people”.

Dessiné par la grapheuse franco-britannique Yseult Digan, alias YZ, le visage de la nouvelle Marianne a été dévoilé en juillet 2018 sur la façade d’un immeuble HLM d’un quartier populaire de Périgueux (Dordogne).

Les commentaires ont immédiatement afflué sur les réseaux sociaux : les uns lui ont trouvé un air de ressemblance avec la chanteuse Ophélie Winter, les autres avec celui de l’héroïne de jeu vidéo Lara Croft. Sur les réseaux sociaux, certains lui ont même trouvé un air de ressemblance avec la Première dame Brigitte Macron !

“Je voulais que cette Marianne soit forte, fière et volontaire avec un regard franc qui porte vers l’avenir”, a expliqué l’artiste.

Bio express de Simone Veil

13 juillet 1927 : Naissance à Nice (Alpes-Maritimes). Elle a deux sœurs et un frère.

30 mars 1944 : Lors d’un contrôle effectué dans la rue par deux SS, Simone, est arrêtée à Nice. Elle transite par les camps de Drancy et Auschwitz-Birkenau où elle reçoit le matricule 78651 qui lui est tatoué sur le bras. Le reste de sa famille a aussi été arrêté par la Gestapo. En juillet 1944, elle est transférée à Bobrek puis à Bergen-Belsen. Sa mère meurt du typhus le 15 mars 1945. Le camp est libéré. Avec ses soeurs Denise et Madeleine, elle est la seule survivante de la famille.

26 octobre 1946 : Elle obtient son baccalauréat en mars 1944, la veille de son arrestation. Elle s’inscrit, en 1945, à la faculté de droit et à l’Institut d’études politiques de Paris, où elle rencontre Antoine Veil (1926-2013). Ils ont trois fils (Jean, Claude-Nicolas et Pierre-François) et plusieurs petits-enfants.

17 janvier 1975 : La loi sur l’avortement entre en vigueur le 17 janvier 1975, après avoir été nommée ministre de la Santé dans le gouvernement Chirac, puis sous les gouvernements Barre.

1979-1982 : Première femme à présider le Parlement européen.

1993-1995 : Ministre d’État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville dans le gouvernement Balladur.

1998-2007 : Sage au Conseil constitutionnel.

20 novembre 2008 : Elle est élue à l’Académie française.

30 juin 2017 : Décès à Paris.

Publié le 13/02/2019 à 17:43 |