I ls nous ont jetés comme des chiens ». Les mots de Franck Bizet, représentant du personnel de Nutrimaine-Banania à Faverolles, près de Montdidier (Somme) sont aussi durs que l’annonce qui leur a été faite lundi 15 avril dans la matinée. « Nous avions une réunion avec la direction à 10 heures. Nous pensions que nous allions évoquer l’avenir, la procédure de fermeture de l’usine ». Au lieu de cela, c’est un avenant qui leur a été présenté, « pour dire que nous pouvions rester chez nous » dès la fin de matinée. La mort du site picard de production de Banania et Benco est désormais actée.

Banania et Benco désormais produits en Allemagne

Les 40 salariés n’avaient pas d’illusion sur la mort à petit feu de l’usine. Sa fermeture était même programmée au mois de mai. Ils avaient déjà vu partir la production des poudres chocolatées Benco sur le site allemand du groupe Krüger, groupe auquel appartient Nutrimaine. « Vendredi (12 avril, ndlr), nous avons fini ce qu’il y avait dans les silos pour produire du Banania », précise Franck Bizet. Malgré cela, « nous n’avons rien vu venir. Cet arrêt est brutal ». Une seconde surprise brutale dans cette disparition du site de Faverolles.

En effet, en novembre 2018, une réunion entre la direction et le Comité social économique (CSE) de Banania laissait présager cette fermeture. Une annonce à laquelle les salariés ne s’attendaient pas. Depuis, il y a eu deux grèves, une réunion rassemblant tous les acteurs industriels, syndicaux, politiques et administratifs en préfecture. Pour arriver à ce que « tout le monde fasse ses cartons » avant midi, le 15 avril. Seuls quatre salariés travaillaient encore en début d’après-midi : ils finissent la transition administrative et comptable de l’usine vers l’Allemagne.

Les salariés pensent aux Prud’Hommes

La suite pour ces salariés de Nutrimaine-Banania ? La commission de formation qui se réunit l’après-midi même. « Certains ont déjà trouvé du travail ailleurs », note Franck Bizet. Ils sont neuf ex-Banania à avoir retrouvé un emploi à la SITPA (Mousline) de Rosières-en-Santerre, Bonduelle à Estrées-Mons ou encore Saveurs créoles à Montdidier.

S’ils se tournent vers l’avenir, ces salariés n’excluent pas un recours devant les Prud’Hommes. Depuis novembre dernier, ils dénoncent une délocalisation au profit d’une usine allemande fabricant des poudres chocolatées pour des marques distributeurs. Une usine en difficulté qui reprendrait du poil de la bête grâce aux marques bien installées sur les marchés de Banania et Benco.

Pour ce qui est des machines et du bâtiment, « nous ne savons pas ce que la direction en fera ». Franck Bizet note tout de même que « le cabinet de Xavier Bertrand travaille sur la reprise du bâtiment, même avec des investisseurs étrangers ». Quant aux machines, « est-ce qu’il y a un repreneur ? Est-ce qu’elles vont à la casse ? La direction n’en a pas parlé ». Reste aussi, la cellule de revitalisation du territoire. Un territoire qui a vu en quelques années les annonces de fermetures d’Amcor à Moreuil, la Société de produits chimiques d’Harbonnières, l’abattoir de Montdidier et la sucrerie d’Eppeville.