Faire entrer la cantine connectée sur son lieu de travail, une tendance de demain ?

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Faire entrer la cantine connectée sur son lieu de travail, une tendance de demain ?

Imaginez que vous êtes au bureau, mais au lieu de vous rendre à la cafet’ pour le déjeuner, vous allez choisir un plat dans le frigo connecté, accessible depuis l’espace commun de vos locaux. Ce modèle de restauration collective va-t-il exploser après la crise Covid ? ZDNet a posé la question à l’un de ses acteurs français, Popchef.

La start-up a déjà une longue histoire de réussites et d’échecs dans le secteur de la livraison. A l’origine, Popchef avait lancé en 2015 un service de livraison de repas chez les particuliers sur Paris. Mais vite rattrapé par la concurrence, la start-up a dû revoir sa copie. Face à Deliveroo et Frichti pour ne citer qu’eux, la jeune pousse qui se rêvait en “Uber pour la food” capitule. « Nous nous retrouvions face à des mastodontes qui lèvent jusqu’à 450 millions pour attaquer l’Europe, quand on levait 2 millions d’euros. Nous avions deux options devant nous : la première de lever encore plus d’argent et la deuxième d’essayer de trouver un modèle économique plus intelligent, qui fonctionne », explique François de Fitte, co-fondateur, à ZDNet.

Fin 2017-début 2018, la start-up a donc changé de cap – en se séparant des trois-quarts de ses effectifs au passage pour ne garder que 8 salariés – en s’orientant vers la restauration collective d’entreprise. Elle misait surtout au départ sur les plateaux-repas (pour des réunions par exemple), permettant de faire monter les prix par rapport au business BtoC, puis a ouvert petit à petit des projets autour de la cantine digitalisée, encouragée par ses clients et l’évolution des espaces de travail. « C’est allé très vite », témoigne François de Fitte, qui reconnaît que la concurrence d’alors sur les plateaux-repas était plus ancienne, et moins axée sur l’innovation d’un point de vue marketing, avec des marques comme Room Saveurs et Class’Croute.

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Une cantine digitale flexible pour les PME

Popchef ne voulait pas reproduire le modèle classique de restauration collective des leaders français plus traditionnels, à l’image d’Elior et Sodexo, qui servent des centaines voire des milliers de couverts par jour sur chaque site. Car si les groupes traditionnels de la restauration collective tentent tant bien que mal d’emboiter le pas pour survivre à la crise, ils n’adressent pas les mêmes besoins, observe François de Fritte, qui défend la complémentarité des offres.

La technologie a permis à Popchef de concevoir un modèle de cantine digitale « flexible » et « modulaire », qui s’adapte plutôt aux PME qu’aux grands groupes. La contenance des frigos connectés est optimisée pour 50 repas, et un client désireux de monter en volume pour proposer des repas à l’ensemble de ses salariés peut se procurer deux, voire trois frigos, en plus d’autres services proposés en supplément sur site (comme un bar à salade, des snacks, du café, ou des frigos dédiés au click and collect pour les télétravailleurs). Au total, il est possible de monter jusqu’à 300 couverts par jour via l’offre sur site de Popchef, indique le co-fondateur.

Chaque matin, le frigo connecté est rempli avec les plats du jour. L’exigence est mise sur la qualité et la provenance des produits, ainsi que l’équilibre des repas, élaborés avec un nutritionniste. Pour prendre un plat, le salarié sort son badge et utilise l’application
Popchef pour déverrouiller le frigo. Une fois que la porte se referme, un décompte automatique est réalisé pour mettre à jour le stock. « Ce système utilise une puce RFID sur chaque plat, ce qui permet de savoir exactement ce qui est pris », indique François de Fitte.

A cela s’ajoute aussi une offre de livraison pour les télétravailleurs. « Nous livrons en début de semaine des plats pour tous les jours télétravaillés de la semaine. Ce sont les mêmes repas que sur site, mais ils sont conditionnés sous vide ». Avec l’essor du télétravail pendant les mois de confinement, ce service de livraison à domicile était demandé par les clients, note François De Fitte. Mais ce dernier exprime des réserves sur l’intérêt à long terme d’un tel module. « A titre personnel, je n’y crois pas beaucoup. Je pense que la meilleure option pour les télétravailleurs reste quand même les tickets restaurant plutôt que de se faire livrer un repas subventionné par l’entreprise. »

Une offre adaptée au mode de travail agile

Pour François de Fitte, le principal intérêt d’une cantine est « de créer du lien dans l’entreprise ». Il image un « modèle hybride », qui allierait à la fois des cartes et tickets restaurant, et une offre sur site comme celle de Popchef. « Il faut repenser les modèles de restauration au bureau, pour avoir des modèles qui fonctionnent à la fois sur site et en dehors du site. »

Les entreprises vont opter de plus en plus à l’avenir pour des espaces de bureau flexibles, avec sans doute moins de mètres carrés dédiés aux bureaux et plus d’espaces partagés. Popchef souhaite s’inscrire dans cette tendance, et conçoit un « espace de coworking avec une offre de restauration » évoque François de Fitte. « Nous sommes en train de reconstruire notre offre pour qu’elle soit plus adaptée au mode de travail plus agile et au coworking ».

Surtout que pour fonctionner, Popchef a besoin de très peu de coûts fixes et peu de salariés. Les meubles de cuisine sont installés directement chez le client, et s’adaptent à l’ambiance du lieu pour « créer un espace de restauration convivial », bien loin de l’image du distributeur automatique.

Pour le client final, cette cuisine modulaire et connectée coûte quelques milliers d’euros par mois : il faut compter 3 000 euros pour l’installation d’un frigo, et 1 500 euros pour un frigo supplémentaire.

Un boost anticipé en 2021

Les clients s’intéressent de plus en plus à ce type de restaurant clé en main, mais peu d’entre eux sautent le pas pour l’heure, préférant freiner leurs investissements en cette période d’incertitude économique. François de Fitte anticipe toutefois un « booster de croissance » sur 2021. « Notre tunnel de vente est en train d’exploser et s’est multiplié par trois depuis avril. Nous observons une accélération extraordinaire du nombre d’appels entrants. Nous sommes au bon endroit au bon moment. »

Popchef compte 4 000 clients en Ile-de-France (dont une très grande majorité sur la partie plateaux-repas), mais espère signer une centaine de contrats pour la partie cantine cette année. Avec ses 45 salariés, la société veut conquérir d’autres grandes villes en région dans les prochains mois.

Pour François de Fitte, la start-up de la foodtech doit continuer d’innover pour attirer de nouveaux profils. La personnalisation et l’analyse de la data sont des enjeux suivis de près. « Nous allons essayer de proposer une variété pour le convive, pour qu’il puisse prendre un régime qui lui convient. Et surtout nous allons essayer de lui proposer des plats qu’il aime consommer, un peu comme ce que Netflix pourrait faire avec la recommandation de contenus. Petit à petit, nous récupérons la data sur ce qui marche sur chaque site, pour adapter l’offre. »

Le co-fondateur aimerait aussi à terme mettre en place un service de « nutri-coach » pour conseiller les utilisateurs selon leurs régimes et leurs profils alimentaires, à l’image des applications de notation alimentaire en plein essor.

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