Faible mobilisation à Paris pour l’acte 56 des « gilets jaunes », dans l’espoir d’une convergence des luttes – Le Monde

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Pendant la manifestation des « gilets jaunes », avenue du Maine à Paris, le 7 décembre

Après les violences ayant émaillé certains « actes » des « gilets jaunes » depuis un an, ce samedi 7 décembre était particulièrement redouté par le gouvernement, en plein mouvement social contre la réforme des retraites et deux jours après que plus de 800 000 personnes (1,5 million, selon la CGT) ont manifesté dans la rue.

A 15 heures, le cortège parisien des « gilets jaunes » était loin de la foule des grands jours, ce qui n’a pas empêché le cortège d’être émaillé de quelques incidents dans l’après-midi. Environ un millier de personnes étaient au départ matinal, à Bercy. Certains ne cachaient pas leur déception devant une si faible mobilisation, même s’ils rappelaient que la grève toujours très suivie à la SNCF comme à la RATP avait vraisemblablement dissuadé des gilets jaunes de venir.

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Le cortège de ce samedi se singularisait par une grande majorité de Franciliens et la faible affluence des Normands et des Bourguignons, d’habitude nombreux dans les manifestations parisiennes. A l’inverse, les étudiants, professeurs, salariés syndiqués et quelques drapeaux et chasubles « CGT », « Sud » ou « Solidaires » étaient plus visibles qu’à l’ordinaire, à côté de membres du collectif « Front social », alliance de militants syndicaux, associatifs et politiques créée pendant la mobilisation contre la loi travail en 2016.

« Convergence avec les syndiqués, pas avec les syndicats »

« Nous on est venu de Seine et Marne, on a vu qu’il y avait quelques trains aux heures de pointe, on a pris celui de 7 h 15, et ce soir on en a un à 18 h 45, faut pas le manquer ! », expliquent Marie-Laure Carmona, 55 ans et son mari Pedro, « gilets jaunes«  de la première heure. Elle est assistante administrative, lui, plombier, et avec leurs trois enfants de 21, 30 et 33 ans, ils ont cessé le travail jeudi pour venir défiler dans Paris dans le cortège interprofessionnel contre la réforme des retraites.

Pendant la manifestation des « gilets jaunes », avenue du Maine à Paris, le 7 décembre

Une journée épique qui les a vu partir de chez eux à 4 h 30 pour rentrer à minuit, des dizaines de kilomètres à pied dans les jambes : « Ah c’est vrai qu’entre le 17 nombre 2018 et aujourd’hui, la liste des raisons de lutter s’est rallongée ! Et notamment avec la réforme des retraites! » Malgré cette convergence, jeudi, la méfiance des gilets jaunes envers les organisations syndicales restait palpable. « Moi je dis y’a convergence avec les syndiqués, pas avec les syndicats qui oeuvrent que pour leur pomme », précisait Marie-Laure.

Ce que l’une des figures de la lutte, Jerome Rodrigues, dit autrement : « Dans les syndicats, les syndiqués se bougent, se giletjaunisent comme on dit maintenant, et remettent en cause les stratégies de leur dirigeants. Mais ce sont bien les luttes qui convergent, pas les étiquettes ».

« On n’est pas foutu de s’entendre »

Signe de cette contagion des luttes, étaient visibles dans le cortège de nombreuses références au mouvement social de 1995 sur les pancartes de « gilets jaunes« , jusqu’ici inédites, ces manifestants étant plus prompts à évoquer les idéaux révolutionnaires de mai 68, 1789 ou de la Commune de 1871.

Olivier, « gilet jaune«  et accueillant social dans une structure d’hébergement scande « grève générale ! » au mégaphone. Il reconnait que le slogan ne lui est « pas venu tout de suite ». « Mais on a vu au bout de 6-7 mois que nos manifs ne suffiraient pas, notamment à cause de la répression. On a pris conscience qu’il fallait s’appuyer sur la grève comme un moyen comme un autre ».

Un « gilet jaune » face aux forces de l’ordre, samedi 7 décembre, place de Catalogne à Paris.

D’autres, comme Max, pestent sur l’organisation, par la CGT, d’une manifestation parallèle, dans Paris, pour la défense des chômeurs et précaires. « Défendre les chômeurs et précaires, si y’a bien un endroit où ça résonne, c’est dans le cortège des gilets jaunes non ? On n’est pas foutu de s’entendre alors que pour la base, cette entente est évidente ! »

« Une colère commune »

« La convergence n’était pas évidente au départ, mais on défend aujourd’hui une colère commune, même si on n’est pas d’accord sur les méthodes de lutte », explique dans le cortège Mathilde Eisenberg, 36 ans, professeur des écoles en grève à Nanterre, bardée d’autocollants du « front social » et du syndicat « Snuipp-fsu ». « Mais le plan Delevoye sur les retraites nous donne une très bonne opportunité de converger car ça concerne tout le monde. »

Comme d’autres, elle est marquée par les échecs des mobilisations récentes dans plusieurs secteurs et notamment dans l’éducation nationale contre les réformes Blanquer. « On est parti en ordre dispersé et on a échoué. Donc là, contre la réforme des retraites, on sait qu’on doit y aller tous ensemble. Tout le monde sent bien qu’il y a là un enjeu et une opportunité qu’on ne doit pas laisser passer. »

« Si on réussit à allier la colère des ’gilets jaunes’ à celle qui s’est exprimé jeudi, il y a un cocktail qui peut être porteur de plein de choses émancipatrices pour le camp social », veut croire Gaël Quirante, responsable départemental Sud Poste des Hauts de Seine, qui a mené une grève victorieuse de 15 mois entre mars 2018 et juillet 2019.

Beaucoup évoquent aussi la prochaine date de mobilisation interprofessionnelle prévue mardi comme un nouvel objectif. « J’ai pas besoin qu’il ait beaucoup de monde aujourd’hui. On assure la continuité, pas besoin d’en faire un point culminant de la mobilisation. Au final je pense que le plus important c’est le blocage du pays », estime ainsi Julien, étudiant de 22 ans qui a fait 14 « actes » des « gilets jaunes ».

Tensions et heurts à Montparnasse

Calme et bon enfant, la manifestation s’est tendue en milieu d’après-midi quand le cortège des « gilets jaunes » est arrivé à Montparnasse, à quelques centaines de mètres du rassemblement de la CGT qu’ils espèraient rejoindre.

Mais camionnettes et cordon de gendarmes mobiles les en ont empêché. Des projectiles ont fusé, des nuages de lacrymogènes y ont rapidement répondu. Une personne a été évacuée par des street medics sur une civière, sans qu’on connaisse la gravité de sa blessure.

Le nombre de manifestants cagoulés et tout en noir a rapidement augmenté et les incidents avec les forces de l’ordre se sont fait plus réguliers, de même que les nuages lacrymogènes. Une partie des manifestants, notamment ceux du collectif « Front social«  qui tenaient une grande banderole sur la convergence des luttes ont alors décidé de quitter ce cortège pour rejoindre celui de la CGT. Tandis que d’autres manifestants rejoignaient les « gilets jaunes ».

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