Le nom de Huawei est revenu à plusieurs reprises dans l’actualité, ce vendredi. Mais la marque chinoise se serait sans doute bien passée de ces publicités, toutes liées à un épineux dossier : la décision, prise par les Etats-Unis, d’interdire aux entreprises américaines de collaborer avec le groupe chinois, suspecté d’espionnage au profit de Pékin.

Après un premier pas en retrait de Google, Facebook a ainsi indiqué vendredi que les applications du réseau social ne seront plus pré-installées sur les nouveaux appareils Huawei, confirmant des informations de presse. Une prise de distance plus qu’un abandon en bonne et due forme, puisque les propriétaires actuels des smartphones chinois pourront continuer à les utiliser et à les mettre à jour.

« Guerre technologique »

Reste que cette annonce vient alourdir les menaces qui pèsent sur le groupe chinois, devenu un acteur incontournable des réseaux mobiles en moins d’une décennie. Les sanctions américaines, qui doivent entrer en vigueur dans un délai de trois mois, pourraient menacer la survie de ce fleuron industriel, très dépendant des puces électroniques américaines pour ses téléphones.

Ce vendredi, la politique de l’administration a été vertement critiquée par Vladimir Poutine lors du Forum international économique de Saint-Pétersbourg. En présence de son homologue chinois, Xi Jinping, le président russe a dénoncé « les tentatives de chasser Huawei sans cérémonie des marchés internationaux ». « On qualifie déjà ça, dans certains milieux de première guerre technologique de l’époque numérique qui commence », a-t-il souligné.

18 mois de retard pour l’instauration de la 5G

« Les tentatives de monopoliser la nouvelle vague technologique et de limiter l’accès à ses réussites portent le problème des inégalités mondiales à un niveau complètement nouveau », a-t-il également souligné, y voyant une « source majeure d’instabilité mondiale ».

Il n’y a pas qu’à Moscou que les déboires du groupe chinois alimentent des craintes. Une note interne de l’Association mondiale des opérateurs (GSMA) estime ainsi ce vendredi qu’une éventuelle interdiction des équipements produits par Huawei et le groupe chinois ZTE coûterait 55 milliards d’euros aux télécoms européennes, en plus d’entraîner 18 mois de retard.

En France, Orange ou Free pas concernées

Si les opérateurs télécoms seront, dans la plupart des cas, la colonne vertébrale de la future 5G, ces derniers se fournissent auprès d’un nombre restreint d’équipementiers, dont Huawei est l’un des acteurs majeurs. D’abord connu pour sa capacité à produire à bas coût, Huawei est en effet devenu un leader technologique sur la 5G, en déposant une multitude de brevets.

De l’avis de plusieurs opérateurs européens, l’entreprise dispose désormais de 12 à 18 mois d’avance sur ses concurrents dans le développement de ce débit 10 fois plus rapide que la 4G. Le coût de sa mise en retrait pourrait toutefois varier d’un pays à l’autre et même d’un opérateur à l’autre, dans la mesure où l’exposition aux équipements chinois peut être très diverse. En France, Orange ou Free n’utilisent pas d’équipements Huawei, alors que SFR et Bouygues Telecom passent par des antennes Huawei dans une partie de leur réseau 4G.

Premiers désistements en Europe

Pour l’heure, les Etats européens n’ont pas pris de position formelle en faveur d’une interdiction, ou non, d’équipements Huawei dans les réseaux 5G même si certains opérateurs, tels que EE au Royaume-Uni, ont annoncé qu’ils se passeraient des équipements chinois. Huawei assure de son côté que ses équipements sont fabriqués à partir de composants provenant du monde entier, qu’ils n’ont jamais été pris en défaut et que la sécurité est essentielle pour lui.