Face à Netflix, Amazon Prime Video, les plateformes thématiques de SVOD ont-elles une place ?

Spread the love
  • Yum

Face à Netflix, Amazon Prime Video, les plateformes thématiques de SVOD ont-elles une place ?

Avec le confinement, la SVOD (service de vidéo à la demande par abonnement) a explosé. Certes, les ménages avaient plus de temps « disponible » à passer devant les écrans. Je pense que la tendance traduit plus que cela : les Français ont pris le temps de s’abonner massivement aux plateformes de SVOD. Les souscriptions à la SVOD ont crû fortement. Mais surtout le public a affirmé sa volonté d’accéder à des programmes « qu’il souhaite, où il le souhaite, quand il le souhaite » pour quelques euros par mois ou par an.

Désormais, les Français consentent sans difficulté à payer un abonnement ; il ne s’agit donc plus d’un luxe mais d’un confort. Cela n’a pas toujours été le cas : en 1984, le lancement de Canal plus, la première chaîne française de télé payante, dite « à péage », d’aucuns se demandaient « qui allait bien vouloir payer pour de la télévision » dans un paysage audiovisuel limité à trois chaînes hertzienne d’État, toutes gratuites. Aujourd’hui, ce débat s’est éteint : payer pour un contenu plaisir, de qualité, thématique et adapté à ses propres goûts personnels relève désormais d’une certaine normalité.

Finalement, la SVOD se développe en même temps que les habitudes de consommation audiovisuelle des Français évoluent. Qui aujourd’hui accepte encore d’être contraint, à 20 h 50, de se retrouver face à son poste de télévision pour regarder un film tel jour, un feuilleton le lendemain ou une émission de téléréalité le jour suivant, selon une grille de programme bien éprouvée et structurée pour toute une saison de septembre à juin.

La génération Z ne peut pas le concevoir, elle qui passe son temps à zapper d’une vidéo à l’autre sur un réseau social pendant qu’elle chatte sur un autre… Et ces nouvelles habitudes semblent peu à peu être adoptées par les générations antérieures dont les modes de vie ne sont plus organisées selon le sacro-saint rythme familial du métro-boulot-télé-dodo qui perdura jusqu’au début des années 90 dans les foyers français où l’on regardait en couple ou en famille des programmes conçus pour un seul écran dans le salon, « la family room » des Américains.

En cela, les plateformes de SVOD répondent à un triple besoin de détente, de facilité d’accès via tous les types d’écran disponibles et d’adaptabilité à l’emploi du temps de chacun. Les contenus télévisuels interviennent comme un sas de décompression de l’esprit. Mais pour ce faire, chacun souhaite regarder un contenu pertinent pour soi-même et pour soi seul, adapté à ses centres d’intérêt exclusifs.

Pourquoi s’en priver quand chacun dispose de son propre écran pour le visionner, de son smartphone à son ordinateur portable en passant par son poste de télévision présent dans presque chaque chambre… Plus personne ne supporte de visionner un contenu qui ne le satisfait qu’à moitié, à un horaire imposé.

Sauf à ce que ce programme soit justement conçu pour fédérer comme un événement sportif type coupe du monde de foot ou bien grand événement exceptionnel : guerre en direct, commémoration du décès d’une star nationale… Aujourd’hui La prise de décision pour un programme s’opère quasi exclusivement par le côté pratique et le prisme de l’affinité surtout.

publicité

La SVOD thématique, réponse à une audience de passionnés

Ce besoin d’affinité légitime fortement la recrudescence de plateformes thématiques (horreur, documentaires, voile, chasse & pêche, yoga, thématiques LGBT…) aux antipodes du vieux modèle du mass média. C’est pour quoi paient les abonnés : de la qualité et du sur-mesure. A contrario de ce qui a fait le succès de Youtube en 2008, où chacun s’était découvert une fibre de producteur d’info avec une espèce de « prime au gratuit » et des vidéos proposées à tout-va par les internautes ; des années plus tard qu’en reste-t-il ? En 2021, une population très largement volontaire pour s’offrir des contenus de qualité.

Cette qualité doublée de l’éditorialisation est un marqueur de différence. C’est sur ce point que la SVOD thématique s’engage et se démarque. Comment ? Avec du stock important de programmes à disposition, du film culte ou méconnu, de la création originale (« cette patte ») qui contribue à la pluralité des programmes.

Le point commun à toutes les plateformes est ce besoin et cet engagement à produire et à proposer des contenus originaux, financés par l’abonnement payant d’une part et la revente des programmes les meilleurs sur le marché mondial dans les salons spécialisés. Les plateformes qui tireront leur épingle du jeu sont celles qui sauront apporter un contenu singulier et inédit à des cibles qui n’ont pas, jusqu’alors, été séduites par les offres déjà proposées. À tel point que les plateformes SVOD aujourd’hui sont celles qui vont contribuer demain, au moins autant que le cinéma, au renouvellement de la création audiovisuelle, secteur où la France joue les premiers rôles depuis 35 ans.

Aujourd’hui, la SVOD thématique est la solution pour se distinguer face aux mastodontes généralistes du secteur comme Netflix et les autres qui souffrent de la surenchère économique d’une concurrence directe acharnée. Développer de l’ultra-niche est en réalité plus prudent qu’audacieux. Les audiences de ces niches sont d’autant plus intéressantes qu’elles sont sous-estimées. La SVOD thématique leur propose une offre alternative. Partout où il existe une communauté d’audience suffisante autour d’une thématique, il y a un marché de passionnés de sujets confidentiels ou non exploités.

Mais encore faut-il veiller à une offre de programmes crédibles, pointus et légitimes pour les plus connaisseurs tout en demeurant accessibles aux moins avertis. La SVOD thématique se développera en privilégiant encore la connivence avec l’abonné, grâce à du contenu enrichi, ultra-personnalisé et live. Combiner l’universel et le particulier. Ce n’est qu’à cette condition que l’engagement pérenne et durable des cibles sera au rendez-vous.

Le marché est si propice au développement de la SVOD que je fais ce pari : demain, les chaînes de télévision thématique deviendront elles aussi des plateformes SVOD.

Leave a Reply

%d bloggers like this: