Après quelques jours passés dans l’agitation de Lima, au Pérou, les chercheurs de l’Expédition 5300 ont embarqué pour Puno, une ville située sur les rives du lac Titicaca. Une ville dans laquelle plus de 100.000 habitants vivent en permanence à quelque 3.800 mètres d’altitude. Là, le manque d’oxygène commence à se faire sentir.

Maux de tête, fatigue, troubles du sommeil, perte d’appétit. Ce sont les symptômes classiques de ce que l’on nomme le mal aigu des montagnes. Ceux que « les gens de plaines » développent lorsqu’ils montent en altitude. Une réaction de notre organisme au manque d’oxygène : l’hypoxie« À 3.800 mètres, nos chercheurs commencent à être mis à l’épreuve », constate Samuel Vergès, le responsable de l’expédition.

Pendant une semaine environ, ils ont eu la vie presque facile à Lima, la capitale du Pérou. Ils ont même déjà quelques premiers constats à leur actif. « Nous avons noté quelques différences anatomiques, physiologiques… et culturelles », glisse le chercheur de l’Inserm dans un sourire. Très sérieusement, une première petite surprise est venue du sang des volontaires de Lima. Il contient étonnamment beaucoup de globules rouges pour des habitants des plaines. Pourtant, il reste fluide. « C’est peut-être le début d’un indice en faveur de l’origine génétique des adaptations au manque d’oxygène », s’avance Samuel Vergès. Une question à creuser.

Depuis quelques jours maintenant, son équipe a posé ses valises à Puno et ici, la quantité d’oxygène disponible a diminué d’un tiers par rapport à celle disponible du côté de Lima. « D’un point de vue matériel aussi, les choses se compliquent », confie le chercheur de l’Inserm. Ni perte ni casse pourtant durant un transport en camion des plus hasardeux.

Des hommes et du matériel

Quelques petits problèmes techniques, cependant. Des problèmes dûs à une sollicitation hors norme des appareils. Et une adaptation nécessaire à ces conditions d’altitude. « Les prélèvements sanguins et les fonctions cardiovasculaires de nos volontaires montrent clairement des adaptations importantes au manque d’oxygène », raconte Samuel Vergès.

À Puno, le sang des volontaires péruviens qui ont accepté de se prêter aux tests devient cette fois plus visqueux. Il a même du mal à couler dans les aiguilles. Pour y remédier, une seule solution : des aiguilles plus grosses et des pompes qui aident la circulation. « Et ce n’est sans doute pas grand-chose à côté de ce qui nous attend à La Rinconada », glisse le chercheur de l’Inserm.


La première équipe scientifique à accéder à La Rinconada

Car le responsable de l’expédition a déjà en tête à la prochaine étape. « À Puno, nous sommes à une altitude qui peut encore être qualifiée de classique. Mais bientôt, nous serons les premiers scientifiques à accéder à La Rinconada. Nous nous attendons à des conditions difficiles pour nous et pour notre matériel », explique Samuel Vergès qui semble de plus en plus impatient d’y être.

Ce qu’il faut retenir

  • Les tests réalisés à Lima ont montré des différences anatomiques et physiologiques entre les populations de plaine caucasiennes et péruviennes.
  • À Puno, à 3.800 mètres d’altitude, le mal aigu des montagnes commence à se faire ressentir pour les scientifiques.
  • Le matériel est fortement sollicité, mais les tests se poursuivent selon la feuille de route établie.
Pour en savoir plus

Expédition de l’extrême : une première étape au niveau de la mer

Lima, c’est la capitale du Pérou. Altitude : 80 mètres. C’est là que les scientifiques de l’Expédition 5300 ont posé leurs bagages pour quelques jours. Car pour bien caractériser les populations qui vivent en très haute altitude, à La Rinconada, il leur faut d’abord recueillir des données sur un groupe de contrôle. Et s’assurer que les protocoles sont pleinement opérationnels.

Article de Nathalie Mayer paru le 04/02/2019

Treize heures d’avion. Il n’en aura pas fallu moins à l’équipe de l’Expédition 5300 pour rallier le Pérou et sa capitale, Lima. C’est dans cette ville, en bordure de l’océan Pacifique, que les chercheurs ont choisi de poser leurs bagages pour une première étape de quelques jours. Et à peine arrivé, direction un étonnant marché aux matériels médicaux et scientifiques pour Samuel Vergès, le responsable de l’expédition.

L’équipe a fait suivre quelque 400 kilogrammes de matériel. Ici, Samuel Vergès recherche tout ce qui n’a pas pu être transporté en avion. Des bouteilles de CO2 pur, par exemple. Du petit matériel de base également. « Dans quelques jours, nous devrons évoluer à plusieurs milliers de mètres d’altitude. Avant de nous confronter à des conditions difficiles pour toute l’équipe, nous avons souhaité passer par une phase préalable de rodage dans des conditions plus classiques », raconte le chercheur de l’Inserm. L’occasion de tester le matériel et de coordonner les membres de l’équipe. « C’est l’une des raisons pour lesquelles nous faisons étape ici. »

Mais ce n’est pas la seule. Parmi les 12 millions d’habitants de Lima, une vingtaine de volontaires — des hommes en bonne santé, de la même tranche d’âge et de la même ethnie que ceux qui participeront à l’expérience à La Rinconada — ont été recrutés pour passer la batterie de tests imaginés par les chercheurs de l’Expédition 5300. « Notre objectif est d’étudier l’état de santé et le fonctionnement physiologique de Péruviens qui vivent au niveau de la mer. Ils vont nous servir de comparatif pour les Péruviens de haute altitude que nous allons étudier dans quelques jours », précise-t-il.

Constituer une base de données scientifiques

Pour cela, il a fallu créer sur place un laboratoire éphémère, réplique en miniature de plusieurs services d’un hôpital européen. Chaque volontaire y a passé deux demi-journées de tests. Au programme, d’abord une caractérisation génétique complète. Puis, des prises de sang afin de recueillir quelques éléments biologiques comme la quantité de globules rouges et la viscosité qui en résulte. Car, en altitude, l’organisme a besoin de produire plus de globules rouges pour transporter plus d’oxygène. Mais, lorsque le sang devient trop visqueux, il risque de ne plus pouvoir s’écouler normalement.

« La cible vasculaire est l’une de nos cibles principales », poursuit Samuel Vergès. Ainsi, d’autres tests devraient permettre aux chercheurs de juger de la rigidité des vaisseaux et de leur élasticité, de leur aptitude à augmenter ou à diminuer de volume. En effet, cela a notamment un fort impact sur le cerveau qui, comme le cœur des volontaires, a été soumis à différents tests : échographies cardiaques et mesures du débit sanguin cérébral dans différentes conditions.


Le sommeil pourrait constituer un élément clé

Dernier aspect qui a lui été mesuré directement au domicile des patients, par le biais de capteurs : le sommeil. « Lorsque l’on dort, notre respiration ralentit. En situation d’hypoxie, cela nous place dans une situation de fragilité », explique Samuel Vergès. D’autant que les personnes qui souffrent de mal chronique des montagnes semblent toutes souffrir également d’apnées du sommeil« L’une de nos hypothèses, c’est que le sommeil pourrait constituer un élément clé de l’adaptation à la très haute altitude. » Réponse, espérons-le, dans quelques semaines…

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