Vivre à plus de 5.000 mètres d’altitude. C’est théoriquement impossible. Pourtant, c’est le défi que relèvent chaque jour les plus de 50.000 habitants de La Rinconada (Pérou), la ville la plus haute du monde. Et pour la première fois, une équipe de chercheurs s’apprête à caractériser cette population qui évolue dans des conditions aux limites de la tolérance humaine. Rencontre avec Samuel Vergès, chercheur Inserm au laboratoire Hypoxie et Physiopathologies cardiovasculaires et respiratoires.

Vous étudiez depuis une quinzaine d’années les effets de l’hypoxie sur l’être humain. Pouvez-vous nous en dire deux mots ?

L’hypoxie, c’est le terme qu’emploient les scientifiques pour désigner un manque d’oxygène. Le sujet est sensible, car il touche un certain nombre de patients atteints par exemple de maladies respiratoires telles que les broncho-pneumopathies chroniques ou encore de cardiopathies congénitales. Pour leur apporter des solutions thérapeutiques, nous nous appuyons sur différents modèles. Des animaux que nous exposons à des conditions d’hypoxie. Et des êtres humains qui évoluent en altitude.

D’où l’idée de cette expédition, l’Expédition 5300 ?

Nous avons déjà eu l’occasion d’étudier des sujets de plaines exposés pendant plusieurs jours à de hautes voire de très hautes altitudes. Nous avons pu montrer des modifications de circulation du sang et de réactivité des vaisseaux. Et même un gonflement du cerveau. Nous avons même pu mettre au point un masque à pression expiratoire positive qui améliore de manière significative l’oxygénation artérielle dans ces conditions difficiles. Avec l’Expédition 5300, nous avons souhaité nous intéresser à une situation jamais encore explorer : la vie à haute altitude.

C’est pourquoi vous avez choisi d’installer, pour plusieurs semaines, votre laboratoire à La Rinconada (Pérou), une ville située dans la cordillère des Andes. La ville la plus haute du monde.

La Rinconada constitue un cas unique d’habitat permanent d’êtres humains au-delà de 5.000 mètres d’altitude. Là, quelque 50.000 hommes, femmes et enfants naissent, grandissent et travaillent en étant exposés en permanence à un taux d’oxygène diminué de 50 %. En France, les patients sont placés sous oxygénothérapie avant même d’en arriver à ce seuil. C’est dire à quel point les conditions de vie à La Rinconada sont extrêmes. Et constituent pour nous un terrain d’étude exceptionnel.

Des travaux de recherche sans précédent

Que savez-vous de ce qui vous attend là-bas ?

Nous sommes la première équipe scientifique à accéder à cette ville et à ces habitants hors normes. Mais grâce à un jeune médecin local, nous avons déjà collecté de premières données cliniques pour en extraire quelques informations intéressantes. Des valeurs d’hématocrite – comprenez le volume occupé par les globules rouges dans le sang – pouvant atteindre les 75 % par exemple, alors qu’une valeur moyenne se situe autour de 40 %, par exemple. En France, de telles valeurs sont considérées comme critiques et immédiatement traitées.

Pour nous, les conditions de travail s’annoncent difficiles. Mais notre équipe est constituée d’une quinzaine de scientifiques que nous savons plutôt tolérants à l’altitude.

Concrètement, comment allez-vous travailler et quels sont vos objectifs ?

Nous nous installons au Pérou pour six semaines – à La Rinconada pour un petit mois – avec un laboratoire éphémère qui nous permettra de procéder à une toute première évaluation génétique, hématologique et cardiovasculaire de cette population. Une caractérisation multiéchelle – des gènes à l’organisme dans son ensemble, pris dans son environnement – qui, nous l’espérons, mettra en lumière les facteurs d’adaptation à ces conditions extrêmes.

Le tout devrait nous permettre d’abord de proposer, par la suite, une prise en charge médicale adaptée à la population de La Rinconada. Nos résultats devraient également aider les habitants des plaines qui souhaitent voyager en altitude à mieux tolérer ces conditions particulières. Et bien sûr, nos travaux ont pour ambition de faire progresser notre compréhension de toutes ces pathologies déjà évoquées et qui se caractérisent par un manque d’oxygène.

Ce qu’il faut retenir

  • Des chercheurs français se lancent dans une expédition qui les amène à s’installer pendant plusieurs semaines dans la ville la plus haute du monde, à 5.300 mètres d’altitude.
  • À La Rinconada (Pérou), ils vont étudier les effets du manque d’oxygène sur la population locale.
  • Une population aux caractéristiques rares, car il s’agit de la seule population au monde à vivre en permanence à pareille altitude.
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