Evacuation violente de migrants à Paris : un malaise ressenti jusqu’au gouvernement – Le Parisien

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Les images de la violente évacuation, lundi soir, d’un campement de migrants, fraîchement installé sur la place de la République, à Paris, ont suscité des commentaires de réprobation jusqu’au gouvernement. Alors que Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, a réclamé le soir même un rapport à la préfecture de police et dénoncé des images « choquantes », c’est Marlène Schiappa et Emmanuelle Wargon qui ont pris, mardi matin, leurs distances avec l’intervention de police.

Dans un communiqué, les ministres de la Citoyenneté et du Logement « souhaitent rappeler que les migrants sont des personnes qui doivent être traitées avec humanité et fraternité ». Des messages qui semblent estomaquer le député PS des Landes, Boris Vallaud, sur Twitter : « Mais ne sont-ils pas ministres à l’Intérieur ? Au lieu de s’émouvoir par tweets et communiqués, grâce à des images bientôt empêchées, ils pourraient se souvenir qu’ils sont l’autorité responsable de ce qui s’est passé hier à République. »

En milieu de journée ce mardi, Gérald Darmanin, qui a reçu le rapport du plus en plus contesté préfet de police de Paris Didier Lallement, a annoncé avoir saisi la police des polices « sur plusieurs faits inacceptables ». Le ministre de l’Intérieur a par ailleurs « demandé à l’IGPN de remettre ses conclusions sous 48h » et précise qu’il les rendra « publiques ».

Jadot dénonce une « dérive liberticide qui est dangereuse »

Au sein du parti La République en Marche, le malaise est palpable, son porte-parole Mounir Mahjoubi évoquant des images « bouleversantes ». « Sur la violence, il faudra une enquête sur tous les actes rapportés dont ceux subis par Remy Buisine », poursuit-il sur Twitter, mentionnant ainsi un journaliste visiblement violenté, selon des images.

« Les images sont extrêmement choquantes, on a vu des violences vis-à-vis de réfugiés en situation extrêmement difficile et des violences vis-à-vis de journalistes qui commencent à s’accumuler dans le temps », a critiqué l’eurodéputé EELV Yannick Jadot sur Europe 1, y voyant l’illustration d’une « dérive liberticide qui est dangereuse ».

Sur France Inter, c’est le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, qui s’est dit « sidéré » sur le sort réservé aux réfugiés : « Ces policiers qui viennent, et qui viennent les déloger à coups de matraques, alors même qu’ils sont dans un rassemblement pacifique. Ces images sont insupportables. »

Pour Marine Le Pen, une « provocation d’extrême gauche »

De nombreuses interventions, mardi, font référence à la proposition de loi controversée sur la « sécurité globale » qui pénalise la diffusion malveillante de l’image des policiers et doit être votée mardi après-midi par l’Assemblée nationale.

Selon le député LFI Alexis Corbière, Gérald Darmanin est obligé de « considérer que heureusement qu’il y a des images parce qu’il y a des choses hier soir qui ont été vues, grâce une fois de plus aux chaînes d’information, qui choquent tout le monde, y compris je pense des gens de son propre électorat ». Il a réclamé, sur l’antenne de LCI, la démission du préfet de police de Paris, Didier Lallement.

Sans surprise, Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, fait entendre une autre musique : « A quoi sert de faire voter une loi pour protéger les policiers, si c’est pour les désavouer collectivement au moindre incident ou à la moindre provocation d’extrême gauche ? » Pour le député LR Eric Ciotti, « la réaction de Gérald Darmanin […] est lâche. Moi je soutiens ceux qui font exécuter les lois ».

Martinez : « Digne d’un pays qui n’est pas la France »

Du côté des syndicats, les deux grandes centrales que sont la CGT et la CFDT parlent d’une seule voix. « J’ai trouvé cela scandaleux, hallucinant, les gens occupent pacifiquement une place avec des tentes, ils ne font de mal à personne, tout simplement parce qu’ils ont un problème de logement, il n’y a pas de solution de relogement et il y a une intervention qui est totalement disproportionnée », a déclaré Laurent Berger, leader de la CFDT, sur France 2.

Pour Philippe Martinez aussi « c’est une façon de faire scandaleuse » qui « pose la question de l’accueil des migrants » qui « sont déplacés, chassés ». « Quand on les traite comme ça, c’est digne d’un pays qui n’est pas la France », a estimé le leader de la CGT sur RMC. Il s’est lui aussi félicité « qu’il puisse y avoir des images ».

Tandis que la Fondation Abbé-Pierre « appelle au respect de la personne humaine », Médecins du Monde interpelle directement Gérald Darmanin, sur Twitter : « Vous importez à Paris les méthodes développées à Calais. Vous êtes responsable. »

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