Etats-Unis : «Personne ne sait quelle est la meilleure voie pour battre Trump» – Libération

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L’Iowa donne ce lundi soir le coup d’envoi des primaires démocrates pour la présidentielle de novembre. Si le sénateur du Vermont Bernie Sanders a fait une récente percée dans les sondages, la course demeure très indécise. Professeure à l’université Virginia Tech et spécialiste des primaires aux Etats-Unis, Caitlin Jewitt analyse les forces en présence et les défis que va devoir relever un parti très divisé politiquement.

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Le premier débat télévisé entre les candidats démocrates a eu lieu il y a sept mois déjà. Quels enseignements peut-on tirer de cette première partie de campagne ?

On appelle souvent cette phase la «primaire invisible», car il se passe énormément de choses – des débats, des meetings, des candidats qui abandonnent – avant même que quiconque ait commencé à voter. Le principal enseignement, c’est qu’après ces longs mois de campagne il n’y a aucun favori évident pour l’investiture. Plusieurs candidats semblent avoir de solides chances, notamment Joe Biden, Bernie Sanders et Elizabeth Warren, mais la course reste extrêmement ouverte et indécise.

Cette primaire a débuté avec le casting le plus fourni et diversifié de l’histoire du parti démocrate. Mais il y a deux semaines, lors du dernier débat dans l’Iowa, les six prétendants sur scène étaient tous blancs. Quatre étaient des hommes, trois avaient plus de 70 ans. Comment l’expliquer ?

Le fait que l’Iowa et le New Hampshire soient les deux premiers Etats à voter a sûrement joué un rôle, car ce sont de petits Etats, ruraux et à très forte majorité blanche qui ne sont donc pas du tout représentatifs des Etats-Unis ou de l’électorat démocrate dans son ensemble. Cela peut pénaliser des candidats des minorités qui peinent à percer dans ces premiers Etats, mais ce n’est clairement pas la seule raison. Un autre facteur, à mon sens, est l’importance du critère d’électabilité. De nombreux démocrates cherchent avant tout le candidat le mieux armé pour battre Trump, et certains pensent, à tort ou à raison, qu’un prétendant issu d’une minorité a moins de chance d’y parvenir.

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C’est intéressant que vous mentionniez ce critère d’«électabilité», car Bernie Sanders, par exemple, est jugé par certains trop à gauche, trop radical pour battre Trump. Et pourtant il fait partie des favoris…

De nombreux sondages montrent qu’aux yeux d’une majorité de démocrates, il est plus important de nommer un candidat capable de battre Trump qu’un candidat dont ils partagent totalement la ligne politique. Là où cela devient très complexe, c’est que personne n’est d’accord sur qui serait le candidat le plus «éligible». Cela reflète d’ailleurs les profondes divisions idéologiques au sein du camp démocrate. Certains pensent qu’un net virage à gauche est indispensable pour galvaniser l’électorat et battre Donald Trump, alors que d’autres estiment que seule une approche centriste et modérée permettra de reconquérir la Maison Blanche. Les démocrates doivent relever en même temps un double défi : solder leur bataille idéologique et choisir le meilleur candidat pour gagner. Or, la réalité, c’est que personne ne sait quelle est la meilleure voie pour battre Trump. Et personne ne le saura jusqu’à l’élection générale.

Les résultats des caucus de l’Iowa sont traditionnellement difficiles à prédire. A quelles surprises peut-on s’attendre ? A quoi serez-vous attentive ?

L’Iowa est en effet un scrutin très difficile à prédire, et je ne serais pas surprise si l’un des quatre principaux candidats, Bernie Sanders, Joe Biden, Elizabeth Warren ou Pete Buttigieg, l’emporte lundi soir. C’est d’autant plus plausible que le Parti démocrate de l’Iowa a changé les règles cette année. Pour la première fois, en plus du pourcentage de délégués remportés par chaque candidat, il publiera le pourcentage de votes obtenu par chaque précédent, ainsi que le pourcentage de votes remporté lors du premier tour de scrutin, avec ce qu’on appelle le «réalignement» [quand les électeurs des candidats ayant recueilli moins de 15% des suffrages peuvent se reporter sur un second choix, ndlr]. On pourrait donc avoir plusieurs candidats revendiquer une forme de victoire, soit en termes de délégués soit en termes de votes.

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Ces dernières semaines, Bernie Sanders a réalisé une percée dans les sondages, dans l’Iowa, dans d’autres Etats ainsi qu’au niveau national. Est-ce significatif ?

Cette ascension doit être prise au sérieux, et c’est évidemment une bonne nouvelle pour lui, car il est toujours préférable de grimper dans les sondages juste avant le début du vote. Cela étant dit, il n’est en aucun cas assuré de l’emporter dans l’Iowa, dont les habitants sont connus pour faire leur choix à la dernière minute. Les mêmes sondages qui placent Sanders légèrement en tête montrent d’ailleurs que de nombreux électeurs n’ont pas encore fait leur choix. Enfin, le mode de fonctionnement spécifique des caucus, avec le report de voix possible après un premier tour de scrutin, rend toute prédiction très incertaine.

Si, malgré tout, Bernie Sanders l’emportait dans l’Iowa puis dans le New Hampshire, le second Etat à voter, où les sondages lui donnent une large avance, quelles pourraient être les conséquences sur la campagne ?

Si Sanders gagnait les deux premiers Etats, il se retrouverait rapidement avec l’étiquette de favori sur le dos. Rappelons aussi qu’il est le candidat démocrate à avoir levé le plus d’argent, ce qui est un facteur très important. Dans un tel scénario, la performance de Joe Biden sera cruciale. S’il termine second et proche de Sanders dans l’Iowa et le New Hampshire, alors la campagne pourrait rapidement se transformer en duel entre eux. D’autant que Biden est favori dans les deux Etats suivants, la Caroline du Sud et le Nevada. En revanche, si Biden fait moins bien que prévu, s’il termine à la troisième ou quatrième place dans l’Iowa, cela risque de l’affaiblir et, à l’inverse, de renforcer encore un peu plus la position de Bernie Sanders. Il faudra alors suivre de près l’attitude des élites du parti et des autres candidats modérés. Tenteront-ils rapidement de se regrouper autour de Biden pour compliquer la tâche de Sanders ?

Frédéric Autran

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