Etats-Unis : Donald Trump seul (ou presque) dans son bunker – Le Journal du dimanche

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Samedi soir encore, à 23 heures (heure française), Donald Trump – de retour à la Maison-Blanche après sa partie de golf en Virginie, pendant laquelle il a appris sa défaite – publiait un tweet rageur, en capitales : “J’ai gagné l’élection, j’ai obtenu 71 millions de votes légaux.” Une nouvelle fuite en avant, alors que ses proches le lâchent un à un?Le vice-président, Mike Pence, censé être la voix de son maître? Bien silencieux. Le chef de la majorité sénatoriale, Mitch McConnell, réélu pour la sixième fois dans le Kentucky avec son meilleur score depuis un quart de siècle? Le vieux renard du Congrès refuse de prononcer le mot “fraude” et souhaite que le processus du dépouillement des suffrages aille à son terme.

Pat Toomey, sénateur républicain de Pennsylvanie, l’État au cœur de la bataille pour désigner le vainqueur final de la présidentielle? Lui qui s’est toujours maintenu à l’écart des polémiques se dit “perturbé” par les “allégations infondées” de “fraude” et d’élection “volée” proférées jeudi soir par Donald Trump. Quant aux gouverneurs républicains de Géorgie ou de l’Arizona, ni l’un ni l’autre n’ont cherché à défendre le président dans son attitude. À vrai dire, il ne reste plus grand monde dans la mouvance républicaine pour cautionner son jusqu’au-boutisme.

Restent quelques briscards comme Newt Gingrich, 77 ans, l’ancien stratège de la révolution conservatrice qui avait conquis la Chambre des Représentants en 1994 après quarante années de domination démocrate. Mardi soir, il était à la Maison-Blanche, invité par l’équipe de campagne pour suivre la soirée électorale. Lorsque la chaîne conservatrice Fox News a accordé la victoire dans l’Arizona à Joe Biden, il a failli tomber de sa chaise. “À 3 heures du matin, je tenais toujours la forme mais j’avais beau tourner le truc dans tous les sens, je ne comprenais pas ce qui se passait et je crois que pour le président, c’était pareil”, a-t-il raconté le lendemain.

Et puis il y a l’ineffable Lindsey Graham, sénateur de Caroline du Sud, brillamment réélu mardi soir. Jeudi soir, il déclarait crânement se tenir “aux côtés du président” avant de signer un chèque de 500.000 dollars en faveur du fonds de financement des poursuites juridiques intentées par la campagne Trump. Une goutte d’eau quand on sait qu’elle souhaite lever 60 millions de dollars pour financer ces recours. Mais suffisant pour ravir Rudy Giuliani, l’ancien maire républicain de New York aujourd’hui avocat du président, qui s’est envolé dès mercredi pour Philadelphie avec toute son équipe pour aller se battre devant les tribunaux.

Lire aussi – Les médias américains annoncent la victoire de Joe Biden, et maintenant que va-t-il se passer?

Ivanka et ses paires de chaussures

Et puis, il y a la famille, bien sûr. À commencer par son héritier le plus fougueux, Donald Jr, qui parle d’une “guerre totale” à mener contre les démocrates coupables à ses yeux d’avoir fraudé massivement avec le vote par correspondance. Jared Kushner, le gendre, mari d’Ivanka Trump, est à la manœuvre lui aussi. “C’est d’ailleurs lui qui a dit dès l’annonce des premiers résultats qu’il cherchait son James Baker”, nous confie une chroniqueuse new-yorkaise des activités du clan Trump qui tient à garder l’anonymat. Allusion à l’ancien secrétaire d’État qui avait mené la bataille du recomptage des voix en Floride pour George W. Bush face au vice-président démocrate Al Gore, il y a vingt ans.

Vendredi soir, les correspondants accrédités à la Maison-Blanche faisaient d’ailleurs état d’une énième colère de Trump blâmant les piètres résultats de son équipe juridique dans les actions menées jusqu’ici pour inverser le cours des choses. Et puis il y a Ivanka, la fille aînée. “Je ne crois pas qu’elle ait très envie de quitter le pouvoir pour retourner vendre des paires de chaussures de sa marque à travers le monde, elle se voit un destin politique”, assure notre source. Avant d’oser : “Certains dans le clan, à commencer par Donald Trump lui-même, peuvent aussi avoir peur de se retrouver en janvier devant le procureur général de Manhattan, Cyrus Vance, qui a ouvert nombre d’informations judiciaires les concernant. Or, tant que Trump reste à la Maison-Blanche, il conserve son immunité.”

Enfants, amis proches, conseillers de la dernière heure, tous voient leur horizon virer au noir. “Il y a chez eux comme une mentalité du bunker”, analyse Soufian Alsabbagh, auteur de La Nouvelle Droite américaine (Demopolis, 2012) et enseignant au Baruch College de New York. Ce serait, selon lui, le cas de Stephen Miller, le conseiller spécial et porte-plume ultranationaliste du président. “C’est lui le théoricien du trumpisme, l’un des rares que le président écoute. Si le président refuse de concéder sa défaite, Miller le suivra jusqu’à la fin.” Le 29 mai, au plus fort des manifestations à Washington et dans tout le pays pour protester contre les violences policières, le président avait été brièvement emmené avec son épouse, Melania, et son fils Barron dans le bunker de la Maison-Blanche par le Secret Service. Cette fois-ci, c’est du Bureau ovale qu’il s’agit, un dernier refuge avant la passation de pouvoirs du 20 janvier.

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