Etats-Unis : après la mort de George Floyd, le masque des Anonymous ressurgit – Le Monde

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Capture d'écran Facebook - Anonymous

Il aura suffi d’une vidéo pour se rappeler leur existence. Vendredi 29 mai, un compte Facebook tenu par des personnes se présentant comme des membres du mouvement Anonymous a publié une vidéo de 4 minutes, dans laquelle elles adressent un message à la police de Minneapolis.

La vidéo a pour point de départ la mort de George Floyd, un Afro-Américain décédé lors de son interpellation, lundi 25 mai, par la police de Minneapolis (Minnesota). Depuis, les Etats-Unis sont secoués par de nombreuses manifestations réclamant justice pour George Floyd et dénonçant les violences policières.

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C’est dans ce contexte qu’est à nouveau apparue en ligne une personne impossible à identifier, reprenant les codes médiatiques des Anonymous et présentant la violence comme inhérente à la police de Minneapolis. « Vous avez peut-être renvoyé ces agents pour sauver la face, mais il est clair que ce genre de comportement est cautionné, si ce n’est encouragé au sein de vos services, comme il l’est dans d’autres », affirme la voix déformée, avant de terminer par une menace : « Nous ne faisons pas confiance à votre organisation corrompue quand il s’agit de mener à bien la justice. Nous allons donc montrer au monde vos nombreux crimes. »

On retrouve dans cette vidéo les symboles habituels des Anonymous : les logos, le visuel d’un homme en costume dont le visage est remplacé par un point d’interrogation, le masque de Guy Fawkes (popularisé par le film V Pour Vendetta), mais aussi la voix déformée et robotique, et le menaçant « We are legion, expect us », (« Nous sommes légion, redoutez-nous ») en conclusion.

La vidéo originelle a déjà été vue plus de trois millions de fois. Et c’est sans compter les innombrables reprises sur Facebook, Twitter ou YouTube – les Anonymous ont ainsi été l’un des sujets les plus discutés du week-end sur Twitter.

« Liens historiques avec Black Lives Matter »

« C’est la plus grande résurgence d’Anonymous que j’aie vue. C’est fou », a commenté, pour le site spécialisé Motherboard Mustafa Al-Bassam, un chercheur en sécurité qui, il y a des années, était impliqué avec Anonymous et son groupe dérivé LulzSec (au point d’être condamné pour des attaques informatiques).

Si le mouvement n’a jamais vraiment disparu, il faut remonter à 2014 pour retrouver trace d’un engouement similaire. Et à l’époque, il était déjà question de violences policières aux Etats-Unis. Peu après la mort de Michael Brown à Ferguson, des membres revendiqués de la nébuleuse Anonymous avaient eu un rôle militant actif dans la dénonciation des autorités – mais en publiant parfois des fausses informations, une méthode d’action qui avait été à l’époque dénoncée.

« Historiquement, Anonymous est très impliqué aux côtés de Black Lives Matter », explique Gabriella Coleman, une anthropologue américaine spécialiste du mouvement, autrice d’Anonymous : Hacker, activiste, faussaire, mouchard, lanceur d’alerte (Lux, 2016).

« A Ferguson, quand les manifestations ont commencé, Anonymous faisait partie des premiers comptes à témoigner de ce qu’il se passait. Lorsque Erica Garner [fille d’Eric Garner et figure du mouvement Black Lives Matter] est morte en décembre 2017, la personne qui tenait son compte a remercié Anonymous pour tout le travail autour de Black Lives Matter. Il y a des liens historiques entre les deux », rappelle-t-elle.

Cependant, la vidéo postée le 29 mai ne provient pas des canaux historiques des Anonymous, note-t-elle : la page Facebook qui l’a postée, vendredi, lui était ainsi inconnue jusqu’ici… et nombre des comptes qui l’ont relayée sur Internet sont apparentés de fans de K-pop (pop coréenne), a constaté Gabriella Coleman avec surprise.

De quoi remettre en cause l’origine de la vidéo ? Comme d’habitude il est, à l’heure actuelle, difficile de savoir qui a diffusé le message, puis l’a amplifié, et pourquoi : Anonymous étant un mouvement décentralisé, tout le monde peut s’en réclamer, ce qui peut entraîner une certaine confusion sur les motivations et l’identité réelles des diffuseurs du message.

Pas d’autres activités en ligne

On remarque cependant que certaines tactiques du mouvement n’ont pas réapparu après la publication de la vidéo : les piratages ou les publications d’informations, notamment. Gabriella Coleman note ainsi qu’aucun policier n’a vu ses données personnelles piratées puis publiées, alors que le groupe s’était fait une spécialité de cette tactique il y a quelques années.

Aucun piratage n’a non plus été revendiqué, même si certains internautes ont attribué l’inaccessibilité du site de la police de Minneapolis, constaté samedi 30 mai, à la mouvance Anonymous – sans qu’aucune preuve ne soit publiée en la matière, la police n’ayant pas voulu commenter le sujet auprès de la presse américaine.

Par ailleurs, un prétendu piratage des services de police de Minneapolis, évoqué ces dernières heures sur les réseaux sociaux, n’a vraisemblablement pas eu lieu récemment, selon Troy Hunt, expert reconnu en sécurité informatique : les données exposées de policiers de Minneapolis étaient déjà dans la nature après des piratages d’autres sites, survenus il y a des années.

« Il ne semble pas y avoir vraiment eu de nouvelles activités après la publication de la vidéo », résume Gabriella Coleman. Cela ne veut pas dire que les menaces proférées ne seront jamais suivies d’effet, mais « pour le moment, on ne peut pas dire qu’Anonymous est de retour », explique-t-elle – seulement son aura médiatique.

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