La taxe d’habitation sera-t-elle supprimée pour 80 % des ménages, comme le prévoyait le programme d’Emmanuel Macron ?Ou bénéficiera-t-elle au final à 100 % des Français y compris les plus aisés, selon la position actuelle du gouvernement ?

L’imbroglio reste total après les déclarations contradictoires des ministres et l’Elysée a fini par renvoyer le sujet au grand débat national à venir.Un débat qui ne pourra pas faire l’impasse sur la question de justice fiscale, même si l’Elysée refuse d’envisager pour l’heure un retour sur la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF) réclamée par 77 % des Français.Mais si cet ISF profite aux ultra riches, en est-il de même pour la taxe d’habitation s’agissant des 20 % des Français qui pourraient continuer de la payer ?La réalité est bien plus nuancée.

20 %, une tranche très large

Car si les 20 % comprennent les plus fortunés, gavés de revenus et de patrimoine et pour qui la taxe d’habitation est parfaitement indolore, elle comprend aussi en bas de tranche des ménages de la classe dite moyenne, pas du genre à se payer une entrecôte nappée d’or dans un restaurant de luxe….

Si on se base sur le barème publié par le gouvernement à l’été 2018, il se trouve qu’un certain nombre de foyers répondant aux critères suivants figurent en effet parmi les ménages les plus aisés, un couple sans enfant touchant chacun un revenu de 1 925 € nets par mois sur 13 mois ou encore une personne célibataire touchant 2 500 €.

A contrario, ne figure pas parmi les plus riches, une famille composée d’un couple avec trois enfants, dont un seul des deux conjoints travaille, si les revenus n’excèdent pas 5 400 € nets par mois sur treize mois.

Mais prendre pour critère la seule question du revenu a-t-il un sens en terme de justice fiscale ? « Je ne pense pas qu’on soit riche à 2 500 € de revenus », relève Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics.Car pour évaluer la richesse, il faut bien sûr prendre en compte les inégalités de patrimoine qui sont particulièrement prégnantes en France.

Le patrimoine facteur d’inégalité

« Le revenu moyen des 1 % les plus riches a progressé de 98 % en vingt ans. En 2013, les 1 % les plus riches possédaient 23 % du patrimoine total des ménages », rappelle ainsi l’Office français des conjonctures économiques. Bien au-delà de la taxe d’habitation, voilà donc une question de fiscalité, avec un enjeu majeur de justice sociale, qui pourrait bien s’inviter au centre du grand débat national qui s’annonce.