Essonne : Lilibelle, 14 ans, tuée au cours d’une rixe entre adolescents – Le Monde

Spread the love
  • Yum
L’entrée du collège du Pont-de-Bois, à Saint-Chéron, dans l’Essonne, où une adolescente a été poignardée à mort la veille lors d’une bagarre entre deux bandes rivales, le 23 février.

Deux morts en deux jours dans le même département. En moins de vingt-quatre heures, deux adolescents sont morts dans des rixes opposant des bandes rivales en Essonne.

Mardi 23 février, une cinquantaine de « très jeunes gens » venus d’Epinay-sous-Sénart et de Quincy-sous-Sénart se sont retrouvés dans l’après-midi pour s’affronter « en terrain neutre » à Boussy-Saint-Antoine, armés de couteaux, bâtons et béquilles, selon une source policière. Des violences qui ont coûté la vie à un garçon de 13 ans. Un autre mineur a été blessé gravement à la gorge et un troisième plus légèrement. Six personnes ont été interpellées.

La veille, à l’autre bout du département, une collégienne avait été poignardée mortellement au cours d’une rixe aux alentours du collège de Saint-Chéron. Elle s’appelait Lilibelle, elle avait 14 ans.

Des violences qui ont poussé le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, à se déplacer dès mardi soir dans l’Essonne, pour annoncer le déploiement d’une centaine de policiers et gendarmes supplémentaires afin de « renforcer la présence de l’Etat dans ce beau département » et éviter le risque de représailles, ainsi qu’une réunion avec les préfets d’Ile-de-France en fin de semaine, car, a-t-il ajouté, « c’est bien en Ile-de-France que 90 % des combats entre jeunes existent ». Dénonçant « une explosion des rencontres violentes entre bandes ou entre groupes de jeunes », le ministre a également pointé ce qu’il considère comme responsable du « phénomène » : « la déscolarisation », « les nouvelles technologies » et « le manque d’autorité parentale ».

Poignardée à l’abdomen

Selon les premiers éléments de l’enquête ouverte pour le meurtre de l’adolescente aux alentours du collège de Saint-Chéron, un groupe de jeunes âgés de 13 à 18 ans avait pris les transports en commun à Dourdan, une commune voisine, pour venir « en découdre dans un contexte de rivalités entre bandes », selon les termes de la procureure de la République d’Evry, Caroline Nisand.

Aux alentours de 16 heures, lundi, les adolescents de Dourdan retrouvent donc ceux de Saint-Chéron, non loin du collège du Pont-de-Bois. La bagarre éclate. Parmi les Dourdanais vêtus de noir, selon les témoins, l’un sort un opinel. Il poignarde la victime à l’abdomen, et s’enfuit avec le groupe. Emmenée en urgence absolue par le SAMU à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne, Lilibelle Galazzo, née le 16 juin 2006 à Dourdan, meurt des suites de ses blessures dans la nuit. D’autres adolescents auraient été blessés dans l’affrontement.

Six mineurs âgés de 13 à 16 ans ont depuis été placés en garde à vue. Trois d’entre eux, âgés de 13 ans, ont été interpellés d’après le signalement des témoins sur leurs tenues vestimentaires et leurs prénoms ; trois autres, âgés de 15 et 16 ans, se sont rendus d’eux-mêmes à la police accompagnés par leurs parents. L’auteur présumé des faits, connu pour deux infractions sans lien avec des faits de violence, a admis avoir donné le coup mortel au cours de sa garde à vue.

La victime, elle, était en classe de troisième au collège de Dourdan. Benjamine de quatre enfants, elle était accompagnée par un juge des enfants d’Evry pour un suivi éducatif.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La violente agression de Yuriy, 15 ans, par une bande à Paris est devenue une polémique nationale

Des phénomènes de bandes qui « gangrènent l’Essonne »

La procureure de la République d’Evry, Caroline Nisand, évoquait également mardi des affaires qui « gangrènent l’Essonne et placent les mineurs en première ligne ». L’Essonne est en effet régulièrement le théâtre d’affrontements de bandes rivales, mais ceux-ci se concentrent plus souvent dans les principales agglomérations du département, Evry-Courcouronne, Yerres ou Corbeil-Essonnes.

La dernière remonte à la fin du mois de janvier, un épisode qui a vu les jeunes du Champtier-du-Coq, un quartier sensible d’Evry, et leurs rivaux de la cité du Plateau, à Ris-Orangis, en découdre tout au long du week-end lors d’expéditions punitives. Entre le 22 et le 24 janvier, 33 personnes avaient été interpellées. Pour être exceptionnels par leur ampleur, de tels faits ne sont pas rares dans le département.

Mais le phénomène était jusque-là presque inconnu à Saint-Chéron, petite ville pavillonnaire et rurale de 5 000 habitants à moins de 40 kilomètres de Paris. Une ville « sans histoire », résume le président Les Républicains du département, François Durovray, pour qui « ce n’est pas le problème de l’Essonne, mais de : “Qu’est-ce qui se passe dans notre société pour que des jeunes soient si violents ?” » Lui pose tout de même un diagnostic particulièrement patent dans son département : le manque de moyens. « J’ai demandé un plan Marshall au ministre de l’intérieur sur les effectifs. Ici on manque de policiers, de gendarmes, de greffiers, de magistrats, d’enseignants… »

Leave a Reply

%d bloggers like this: