Espagne : le crépuscule de Juan Carlos en cinq dates – Le Figaro

Spread the love
  • Yum

Après être né en exil à Rome, puis avoir régné sur l’Espagne pendant 38 ans, Juan Carlos finira-t-il ses jours en exil ? À l’occasion de l’annonce du départ d’Espagne de l’octogénaire, nous revenons sur la chute de l’ancien souverain, qui fut pourtant très respecté par ses sujets pendant les premières années de son règne en raison de sa contribution décisive à l’avènement de la démocratie dans l’Espagne post-Franco.

2012 : la chasse à l’éléphant au Botswana

En 2012, un premier scandale vient ternir la réputation de Juan Carlos, sur le trône depuis 1975. Alors que le pays subit une profonde récession économique, le souverain se casse la hanche lors d’une coûteuse chasse à l’éléphant au Botswana, où il est accompagné de sa maîtresse.

Le 18 avril, fait rarissime, Juan Carlos présente des excuses publiques depuis l’hôpital – après son accident, il doit subir une longue série d’opérations. «Je suis vraiment désolé. J’ai commis une erreur et cela ne se reproduira pas», lance-t-il. Les royales excuses sont appréciées, mais le mal est fait.

Juan Carlos le 18 avril 2020 PACO CAMPOS / POOL / AFP

D’autant plus que cette polémique survient alors que la maison royale est ébranlée par une affaire de corruption impliquant le gendre de Juan Carlos, Inaki Urdangarin, et sa fille Cristina. En juin 2018, le «gendrissime» est finalement condamné à cinq ans et dix mois de prison, une peine qu’il purge actuellement à la prison de Brieva.

Juin 2014 : l’abdication

Le 2 juin 2014, Mariano Rajoy, alors chef du gouvernement, annonce l’abdication de Juan Carlos, ce que ce dernier confirme le même jour dans un très bref communiqué. Le septuagénaire renonce officiellement à sa couronne le 18 juin. Le lendemain, son fils devient roi sous le nom de Felipe VI.

Juin 2019 : le retrait de la vie publique

Cinq ans après son abdication, Juan Carlos annonce dans une lettre adressée en mai 2019 à son fils Felipe VI son intention de se retirer totalement de la vie publique à partir du 2 juin. «Je crois qu’est venu le moment d’ouvrir une nouvelle page de ma vie et d’achever mon retrait de la vie publique», souligne l’octogénaire.

Le roi Felipe VI, l’ancien roi Juan Carlos et la princesse héritière Leonor en avril 2018 JAIME REINA / AFP

Printemps 2020 : des enquêtes en cascade

Le 3 mars 2020, La Tribune de Genève affirme que la justice suisse s’intéresse de près à Juan Carlos, soupçonné d’avoir reçu 100 millions de dollars de la part du roi d’Arabie saoudite, d’avoir dissimulé cette somme en Suisse puis d’en avoir reversé une partie à sa maîtresse.

Cette enquête aurait été ouverte en 2018, après la publication dans la presse espagnole d’enregistrements de l’ancienne amante de Juan Carlos. La quinquagénaire affirme que ce dernier a touché une commission lors de l’attribution à des entreprises espagnoles d’un contrat pour une ligne à grande vitesse en Arabie saoudite.

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite et Juan Carlos en juillet 2008 PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

En juin 2020, le parquet du Tribunal suprême espagnol annonce l’ouverture d’une enquête dans ce dossier. Les investigations visent à «examiner si les faits survenus après juin 2014, quand le roi émérite n’était plus protégé par une immunité, peuvent être retenus ou doivent être rejetés dans le cadre d’une procédure pénale».

Désireux de protéger la monarchie espagnole une fois de plus éclaboussée, Felipe VI prend définitivement ses distances avec son père. Il décide notamment de renoncer à l’héritage paternel et retire à Juan Carlos sa dotation annuelle, qui s’élevait à près de 200.000 euros.

Août 2020 : l’exil

«Dans le viseur de la justice, Juan Carlos va-t-il s’exiler ?» s’interrogeait le 9 juin dernier La Tribune de Genève, qui a révélé l’existence de l’enquête suisse. Le journal avait vu juste. Le 3 août, un communiqué de la Maison royale résonne comme un coup de tonnerre en Espagne.

Le communiqué révèle que l’octogénaire a décidé de quitter le pays. «Guidé par la conviction de rendre le meilleur service aux Espagnols, à leurs institutions, et à toi en tant que Roi, je t’informe de ma décision réfléchie de m’exiler, en cette période, en dehors de l’Espagne», écrit Juan Carlos à Felipe, dans une lettre qu’il signe «Ton père».

La Maison royale annonce que l’actuel souverain, qui «tient à souligner l’importance historique du règne» de Juan Carlos, a fait part à son père de «son profond respect et sa gratitude pour sa décision». Aucune indication n’est donnée sur la destination de l’ex-roi. La femme de ce dernier, l’ex-reine Sofia, devrait quant à elle rester en Espagne.

» À VOIR AUSSI – Déception, colère… Des Espagnols réagissent à l’exil de l’ancien roi Juan Carlos

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *