Entre transparence et pédagogie, la communication calculée du malade Emmanuel Macron – BFMTV

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En publiant une vidéo dans laquelle il détaille son état de santé, Emmanuel Macron se plie à un exercice de transparence inédit pour un président français. Il s’appuie aussi sur son état pour servir sa politique de prévention contre le Covid-19.

Un visage affaibli, les yeux cernés, le visage émacié… Ce vendredi, Emmanuel Macron a publié une vidéo sur Twitter pour partager aux Français son état de santé, au lendemain de son test positif au Covid-19. Une sorte de bulletin de santé qu’il a promis de tenir quotidiennement jusqu’à son rétablissement. Le président se plie ainsi à un devoir de transparence et en profite pour faire de la pédagogie sur le Covid-19.

Un devoir de transparence “parfaitement réussi”

Prenant la parole depuis la résidence présidentielle de La Lanterne, à Versailles, où il a été placé à l’isolement, Emmanuel Macron a détaillé ses symptômes.

“Je vais bien, j’ai les mêmes symptômes qu’hier, de la fatigue, des maux de tête, une toux sèche.”

Il explique avoir “une activité un peu ralentie” mais continue à s’occuper “des dossiers prioritaires”, avant de promettre de “rendre compte chaque jour de l’évolution de la maladie.”

Un devoir de transparence nécessaire, aux yeux de Franck Louvrier, ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy:

“Les Français ont besoin de transparence en la matière, on leur a tellement menti pendant des années sur l’état de santé de nos gouvernants qu’ils souhaitent être informés au quotidien”, explique-t-il sur BFMTV.

Le précédent Mitterrand

Un avis que ne peut que partager Claude Gubler, l’ancien médecin de François Mitterrand. Le président socialiste était atteint d’un cancer de la prostate depuis le début des années 1980 mais n’a rendu l’information publique qu’après une opération en 1992, par un communiqué officiel de l’Elysée.

“La différence entre ce qui s’est passé il y a 39 ans et aujourd’hui est colossale. (…) Là, le président a parfaitement réussi à dire et à se conduire comme chacun d’entre nous devrait se conduire”, remarque Claude Gubler à notre antenne.

Face à ce type de situation de crise, Emmanuel Macron n’avait d’autre choix que de se soumettre à ce travail de communication, abonde Gaspard Gantzer, ancien conseiller chargé de communication de François Hollande. Il justifiait jeudi à notre antenne cette stratégie pour une raison “d’éthique démocratique et parce que cette crise du coronavirus est une machine à fake news“.

“Il sait que c’est un moment politique”

Pour l’ancien médecin de François Mitterrand, Emmanuel Macron se montre “comme un citoyen lambda, comme nous tous il est malade, il le dit”. Le chef d’État rappelle très justement que jeudi, avec lui, “il y a eu 18.000 Françaises et Français qui ont été testés positifs”. Il presse la population de “continuer à faire attention. Le virus peut toucher tout le monde.” “Je sais que ces règles sont dures, mais il faut tenir. Le virus repart, encore plus fort, nous devons prendre soin les uns les autres en ce moment de fêtes”, répète-t-il.

“Il fait une très bonne action, il profite de sa situation sanitaire pour faire de la pédagogie, il continue d’adresser un message de prudence à la population française. (…) Il explique bien les choses pour permettre que les gens soient à la fois réconfortés et sensibilisés par la situation sanitaire”, souligne Franck Louvrier.

Une mise en scène calculée

Et la vidéo a d’ailleurs sa part de mise en scène, comme le note notre éditorialiste Christophe Barbier. Le président de la République “est habillé d’un col roulé, et non d’un costume, pour appuyer son état de malade. Il ne porte pas de masque volontairement pour attester qu’il est isolé, seul.” À l’arrière-plan, on aperçoit à la fois le drapeau tricolore et du gel hydroalcoolique sur son bureau. Le “et en même temps” cher au Président, à la fois aux commandes bien que souffrant.

“Il sait que c’est un moment politique”, poursuit Christophe Barbier. “Est-ce que c’est un échec pour lui? Comme les populistes, Johnson, Bolsonaro, Trump, il est malade. Il n’y a pas de supériorité de la démocratie libérale sur le populisme. Ou bien, parce qu’il s’est dévoué pendant une période très intense, le sommet européen, la convention citoyenne, il a fini par se mettre en péril”, avance-t-il.

Esther Paolini Journaliste BFMTV

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