En visite à Marseille, Emmanuel Macron plaide pour « une vision et des grands projets », pas pour « égrener des milliards » – Le Monde

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Le président Emmanuel Macron (à droite), accueilli par le maire de Marseille, Benoît Payan (à gauche), le 1er septembre 2021.

Le président de la République, Emmanuel Macron, est arrivé mercredi 1er septembre dans l’après-midi à Marseille, pour présenter un plan destiné à répondre aux « urgences » sociales, éducatives, économiques et sécuritaires que cumule la deuxième ville de France, à sept mois de l’élection présidentielle. Accompagné de sept ministres, le chef de l’Etat devrait annoncer le déblocage d’importants moyens financiers pour les écoles, les transports et la rénovation urbaine.

En arrivant à la mairie de Marseille, M. Macron a été sifflé et hué par quelques dizaines de personnes qui criaient « Macron, démission ». Un vaste périmètre de sécurité avait été mis en place sur les quais du Vieux-Port avant l’arrivée du président.

Le chef de l’Etat a ensuite discuté, lors d’une réunion, avec une vingtaine d’élus locaux, dont la présidente de la métropole, Martine Vassal (Les Républicains), et des députés, dont Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise, LFI), élu à Marseille. « Tout le monde comprend qu’il est en campagne électorale. (…) A Marseille, c’est le pèlerinage des promesses : on a eu d’abord Sarkozy, puis Ayrault, puis Valls… Ils avaient promis de réhabiliter mais tant d’années après, il n’y a rien de fait, donc les gens sont exaspérés », a réagi le député LFI, à la sortie de la réunion.

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« Nos jeunes sont en souffrance »

La visite s’est poursuivie en fin d’après-midi sur le terrain, à la rencontre des habitants de la cité Bassens, dans les quartiers nord de la ville, touchés par la violence et les trafics de stupéfiants. Prenant un bain de foule dans cette cité du 15e arrondissement, le chef de l’Etat a d’abord dialogué avec des jeunes rassemblés sur un muret pour le voir.

« On a une école abandonnée, il n’y a rien pour nous », lui a lancé l’un d’entre eux. « L’éducation, c’est primordial, il faut miser dessus pour pas que les jeunes dérivent », lui a dit un jeune éducateur intervenant dans une cité d’un arrondissement voisin, les Marronniers, où un adolescent de 14 ans a été tué par balle le 18 août près d’un point de deal. « Les jeunes, une fois qu’ils ont le pied à l’étrier, ça va », a-t-il ajouté. Progressant au milieu de la foule, M. Macron est ensuite allé parler à un groupe de femmes, tenant même la main de l’une d’entre elles, très émue. « J’ai tellement souffert, il n’y a pas de mots, je veux partir [de la cité] », lui a lancé une autre.

Le chef de l’Etat est ensuite entré dans un local associatif pour à nouveau écouter des habitants et leur poser des questions, autour d’un plateau de pâtisseries orientales. « Tant qu’on ne combattra pas cette misère, on n’éradiquera pas ces trafics de drogue », a insisté Amine, 17 ans, frère de Brahim (mort à la fin de décembre dans un règlement de comptes) et fondateur de l’association Conscience. « Qu’on arrête de nous stigmatiser, en nous disant que parce qu’on est des quartiers nord, qu’on n’a pas la bonne adresse, on ne peut pas entrer dans telle ou telle école, faire un stage dans telle ou telle boîte », a-t-il encore expliqué.

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Interrogé par la presse en sortant dans cette rencontre, le président a dit vouloir « faire le maximum » pour Marseille : « On va le faire avec les gens qui savent le faire sur le terrain (…). Mais je ne peux pas vous dire qu’on réussira. Je mentirais sinon », a expliqué M. Macron au micro de LCI. « La confiance reviendra avec l’efficacité et les résultats, pas avec un discours », a-t-il ensuite ajouté.

« Il faut inventer des solutions nouvelles », avoir « une vision et des grands projets. Je ne veux pas égrener des milliards, ça a déjà été fait beaucoup de fois », a également répondu M. Macron à France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur.

En début de soirée, le président doit aborder le sujet de l’insécurité, au commissariat nord de Marseille, après un été marqué par une douzaine de règlements de compte sanglants, toujours sur fond de trafics de drogues. M. Darmanin a déjà promis 300 policiers supplémentaires à Marseille d’ici à 2023, mais le maire estime qu’il manque encore 800 policiers nationaux. Dans la soirée, le chef de l’Etat rencontrera des élus locaux au fort d’Entrecasteaux.

Plusieurs figures de la droite dénoncent aussi l’insécurité dans la ville, où les règlements de comptes sanglants se sont multipliés cet été. Tout en dénonçant, à l’image du Rassemblement national (RN), « un coup de com [du] candidat Macron ».

Pour montrer la mobilisation de l’Etat, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé mardi soir une opération de lutte contre le trafic de drogue dans la cité des Flamants, à la suite d’un reportage de l’émission « Quotidien » sur des guetteurs qui contrôlent le quartier avec une barrière bloquant la rue. « Aucune zone de non-droit sur le territoire de la République, à Marseille comme ailleurs », a tweeté M. Darmanin, précisant que quatre personnes ont été interpellées dans cette opération, très classique à Marseille.

Déficit criant de transports

Jeudi matin, il doit assister à la rentrée scolaire dans un établissement des quartiers nord. La municipalité a annoncé un vaste plan de rénovation de plus de 200 des 472 écoles de la ville, pour 1,2 milliard d’euros, dont une partie sera prise en charge par l’Etat. Le président devrait aussi faire des annonces pour combler le déficit criant de transports à Marseille, qui ne compte que deux lignes de métro pour 870 000 habitants. Des investissements sont attendus pour réhabiliter les logements insalubres, près de trois ans après la mort de huit personnes dans l’effondrement d’un immeuble rue d’Aubagne.

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Après un dîner jeudi avec Mario Draghi, le chef du gouvernement italien, M. Macron consacrera la journée de vendredi à l’environnement avec une sortie en mer dans le parc national des Calanques et l’ouverture du congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui se tient à Marseille jusqu’au 11 septembre.

Le Monde avec AFP

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