C’est une petite musique qui, depuis quelques jours, court les ministères. Une petite musique que l’équipe gouvernementale n’avait pas entonnée depuis longtemps : le refrain de la taxe carbone. Suspendue début décembre afin de calmer la crise des Gilets jaunes, elle a été retirée du projet de loi de finance de 2019 mais elle pourrait bien refaire surface plus tôt que prévu.

«Il faudra prendre une décision politique à moyen terme», explique, à La Dépêche, une ministre en charge du dossier qui ajoute : «Il faudra bien que l’on décide si on la suspend durant tout le quinquennat ou si on a besoin de ressources supplémentaires. Ça reste un objet politique qui doit être considéré comme tel». Celle-ci y va à tâtons car il s’agit de préparer le terrain, pas de réactiver la crise.

Un autre membre du gouvernement, lundi, se montrait moins prudent. «Il faut que l’on se demande si on suit la trajectoire carbone que l’on s’est fixée ou pas. Et je comprends Stan qui est effaré que l’on mette cette question sous le tapis». Stan, c’est Stanislas Guérini, le patron de la République en Marche, qui, sur France 2, a mis, quelques heures plus tôt, les pieds dans le plat : «La transition écologique, ça serait une catastrophe de l’arrêter». Le député de Paris s’est dit favorable au retour de la taxe carbone «à condition (…) que ça ne se fasse pas au détriment des classes populaires».

Passée plus inaperçue, la veille, la secrétaire d’État Brune Poirson, avait affirmé que la taxe carbone «reviendr (ait) peut-être» en fonction du grand débat, soulignant que c’était un «outil efficace». Une série de déclarations couronnées, mardi matin, sur Europe 1, par cette sortie de François de Rugy : «C’est le moment ou jamais d’en débattre». Brune Poirson, Stanislas Guérini, François de Rugy… Autant de proches de l’Élysée dont on peine à croire qu’ils aient parlé sans l’aval du Château.

Mais attention, cette réintroduction se ferait sous condition : «il faudra affecter tous les bénéfices à la transition écologique et être hypertransparent car, au fond, ce que nous disent les Gilets Jaunes c’est : qu’est-ce que vous faites avec tout ce pognon !», souligne une ministre auprès de La Dépêche. LREM a, d’ores et déjà, prévu, dans la contribution qu’elle versera mi mars au grand débat, de demander ce rétablissement assorti «de mesures d’accompagnement pour les plus modestes».

Qui sont les députés qui veulent relancer la taxe carbone ?

86 députés ont signé une tribune dans le Figaro pour appeler à ne pas abandonner la taxe carbone. Menés par le député Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot et qui vient de quitter LREM, ils affirment que “la fiscalité carbone n’est pas un dogme, pas plus qu’un marqueur politique. C’est, parmi d’autres, un outil efficace qu’il ne faut pas abandonner”. 10 députés d’Occitanie ont signé cette tribune. 

Anne Blanc (Aveyron), Annie Chapelier (Gard), Olivier Gaillard (Gard), Danièle Hérin (Aude), Jean-Luc Lagleize (Haute-Garonne), Sandrine Mörch (Haute-Garonne), Jean-Bernard Sempastous (Hautes-Pyrénées), Huguette Tiegna (Lot), Elisabeth Toutut-Picard (Haute-Garonne) et Patrick Vignal (Hérault). 

D’où vient la taxe carbone ?

L’idée de «donner un prix au carbone» pour limiter les émissions de gaz responsables du changement climatique a été évoquée lors du protocole de Kyoto en 1997.

La «taxe carbone» sur les énergies fossiles et leurs dérivés, qui émettent beaucoup de CO2, faisait partie du pacte écologique que Nicolas Hulot avait fait signer aux candidats à la présidentielle en 2007. Il s’agissait de créer une contribution d’un montant d’abord symbolique, qui augmenterait progressivement et régulièrement pour inciter les particuliers et entreprises à s’adapter.

Cette taxe existe dans de nombreux pays d’Europe. Elle a vu le jour en France en 2014 sous la présidence de François Hollande, après deux tentatives ratées de Lionel Jospin puis de Nicolas Sarkozy.