En Italie, l’attelage hétéroclite du gouvernement de Mario Draghi – Le Monde

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Le premier ministre italien, Mario Draghi, quittant le palais du Quirinal après sa rencontre avec Sergio Mattarella, à Rome, le 12 février.

L’entrée en fonctions d’un président du conseil est un rituel codifié, comportant ce qu’il faut de lenteurs pour que les observateurs aient le temps de scruter le moindre détail. Certains cherchent, en profitant de ce moment d’attention maximale, à marquer les esprits, comme Giuseppe Conte. Pour son intronisation, en 2018, ce dernier était arrivé au palais du Quirinal en taxi, refusant de façon un peu théâtrale le confort feutré des voitures aux vitres teintées que les partis « antisystème » ont l’habitude de critiquer comme l’un des mille et un privilèges de la caste des puissants.

Son successeur, Mario Draghi, s’est refusé, vendredi 12 février, la moindre fioriture. Tout juste les commentateurs des chaînes de télévision auront-ils relevé, en le voyant apparaître sur l’esplanade, que l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) s’est présenté, comme à son habitude, en veste, sans manteau. Puis, à 19 heures précises, il a franchi le seuil de la présidence pour se rendre auprès du chef de l’Etat, Sergio Mattarella, et « lever la réserve » avec laquelle il avait accepté neuf jours plus tôt la proposition de diriger le 67gouvernement de la République italienne.

Une communication verrouillée

Toute la journée, sur les réseaux sociaux et les chaînes d’information, responsables politiques et experts se sont succédé pour gloser à l’infini sur la moindre rumeur, masquant à grand-peine le fait qu’ils n’avaient simplement pas de grain à moudre. Pas de fuites, une communication verrouillée et caractérisée par la plus grande économie de mots possible.

Pendant des années, à la tête de la Banque d’Italie puis de la BCE, Mario Draghi a calibré jusqu’à ses silences, veillant à ne pas prononcer le moindre son qui puisse provoquer un emballement des marchés ; âgé de 73 ans et totalement absent des réseaux sociaux, il ne risquait pas de se muer en décideur volubile. Là réside sans doute la rupture la plus évidente entre le gouvernement Draghi et ses prédécesseurs.

Lire notre éditorial : Mario Draghi, le pari politique de l’Italie

Après un court entretien avec Sergio Mattarella, qui aura, du début à la fin de la crise, joué un rôle décisif dans le cours des événements, le président du conseil, désormais intronisé, s’est présenté devant les journalistes pour lire la liste des vingt-trois ministres retenus. Puis, après avoir annoncé que la passation des pouvoirs et la prestation de serment se tiendraient samedi à midi, il a remercié son auditoire et regagné la coulisse.

La première surprise, au vu de la liste énoncée par le nouveau président du conseil, tient dans le nombre élevé de ministères (quinze, soit les deux tiers du total) occupés par des « politiques ». Plutôt que de réserver la quasi-totalité des postes à des ministres « techniques », ne conservant aux partis qu’une représentation symbolique, Mario Draghi a choisi de les impliquer le plus possible dans les travaux de l’exécutif, pour les forcer à soutenir activement son action.

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