En Iran, une foule immense appelle à venger Ghassem Soleimani, tué par les Etats-Unis – Le Monde

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Estimée à « plusieurs millions » par la télévision d’Etat iranienne, la foule alterne moments de recueillement et explosions de colère, aux cris de « Mort à l’Amérique ! »

Menaces, promesses de vengeance, appels à la désescalade… Le contexte au Moyen-Orient reste explosif trois jours après l’assassinat de Ghassem Soleimani, l’un des hommes forts du régime iranien, tué vendredi en Irak dans une attaque de drone menée par les Etats-Unis.

Tandis qu’à Téhéran, une foule immense a rendu hommage, lundi 6 janvier, au commandant le plus populaire de l’Iran aux cris de « Mort à l’Amérique ! », le régime a promis une « riposte militaire » et a annoncé s’affranchir encore davantage de l’accord de 2015 sur son programme nucléaire en ne s’imposant plus de limites pour l’enrichissement d’uranium.

De son côté, Donald Trump multiplie les messages menaçants envers la République islamique. Si l’Iran fait « quoi que ce soit, il y aura des représailles majeures », y compris contre des « sites culturels » iraniens, a-t-il menacé dimanche.

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  • Marée humaine à Téhéran pour un dernier hommage au général Soleimani

Dans la capitale iranienne, la population a offert le spectacle d’un rassemblement d’unité d’une ampleur jamais vue depuis 2009.

Comme à Ahvaz (sud-ouest) et Machhad (nord-est) la veille, les Iraniens se sont déplacés en masse en ce jour déclaré férié, à Téhéran, noire de monde, pour honorer Ghassem Soleimani, figure charismatique et très populaire en Iran. Dans la capitale, la population a offert le spectacle d’un rassemblement d’une ampleur jamais vue depuis les manifestations et contre-manifestations de la contestation post-électorale de 2009.

Retenant difficilement ses larmes, le Guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, a présidé une courte prière des morts à l’université de Téhéran, devant les cercueils contenant les restes de Soleimani, d’Abou Mehdi Al-Mouhandis, numéro deux du Hachd Al-Chaabi (paramilitaires irakiens pro-Iran), et de quatre Iraniens.

Estimée à « plusieurs millions » par la télévision d’Etat iranienne, la foule a alterné moments de recueillement et explosions de colère, aux cris de « Mort à l’Amérique ! », « Mort à Israël ! ». Des drapeaux américains et israéliens ont été brûlés. Hommes et femmes ont pleuré ou appelé à venger celui qui était le chef des Forces Al-Qods, chargées des opérations extérieures des gardiens de la révolution et, à ce titre, l’architecte de la stratégie de l’Iran au Moyen-Orient.

« Stupide Trump, symbole de stupidité et un jouet aux mains du sionisme, ne pense pas qu’avec le martyre de mon père, tout est fini », a lancé Zeinab, la fille de Ghassem Soleimani, dont le discours a électrisé la foule. Le cortège funèbre s’est frayé difficilement un passage au milieu de la foule pour parvenir à la place Azadi, d’où le cercueil de Soleimani a été transféré par avion dans la ville sainte chiite de Qom pour une cérémonie. Mardi, le général sera enterré à Kerman (sud-est), sa ville natale.

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  • Menaces de « riposte militaire » et invectives

L’Iran a promis une « riposte militaire », une « dure vengeance » qui frappera « au bon endroit et au bon moment ». Il a aussi annoncé, dimanche, s’affranchir encore plus de l’accord sur son programme nucléaire, conclu en 2015 entre l’Iran, la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et l’Allemagne, en ne s’imposant plus de limites pour l’enrichissement d’uranium. Dans ce texte, qui ne tient désormais plus qu’à un fil, l’Iran acceptait de réduire drastiquement ses activités nucléaires, de façon à prouver que celles-ci n’ont aucune visée militaire, en échange de la levée d’une partie des sanctions économiques internationales qui asphyxiaient alors son économie.

Or, depuis mai, l’Iran s’est progressivement affranchi d’engagements auxquels il avait souscrit par cet accord, en riposte au retrait unilatéral des Etats-Unis en 2018 et qui ont rétabli des sanctions économiques contre Téhéran. L’Iran a cependant une nouvelle fois répété, dimanche, qu’il était prêt, en cas de changement de politique de Washington, à revenir à l’application pleine et entière de ses engagements.

De son côté, Donald Trump a réaffirmé qu’il ne laisserait pas l’Iran se doter de l’arme nucléaire. « L’Iran n’aura jamais d’arme nucléaire ! », a tweeté lundi le président américain, qui multiplie les messages menaçants envers la République islamique.

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M. Trump a aussi averti l’Iran qu’il y aurait des « représailles majeures » si son ennemi juré faisait « quoi que ce soit » – y compris contre des sites culturels iraniens. Il a en outre évoqué la possibilité d’imposer des sanctions « très fortes » à son allié irakien après que le Parlement irakien a voté, dimanche, une résolution demandant le départ des quelque 5 200 militaires américains présents en Irak.

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    L’Unesco rappelle que Washington a signé des conventions protégeant les sites culturels

La directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, a rappelé, lundi, que les Etats-Unis avaient ratifié deux conventions (en 1954 et 1972) protégeant les biens culturels en cas de conflit, après des menaces de Donald Trump de viser 52 sites « très importants pour l’Iran et pour la culture iranienne » si Téhéran réagissait militairement pour venger la mort du général Soleimani. Le chiffre de 52 correspond au nombre d’Américains qui avaient été retenus en otages pendant plus d’un an à partir de la fin de 1979 à l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran.

« La convention de 1972 prévoit notamment que chacun des Etats parties « s’engage à ne prendre délibérément aucune mesure susceptible d’endommager directement ou indirectement le patrimoine culturel et naturel qui est situé sur le territoire d’autres Etats parties » », souligne, dans un communiqué, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. L’Iran compte une vingtaine de sites classés par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité, dont l’ancienne ville de Bam ou le vieux bazar de Tabriz.

  • L’Union européenne cherche à apaiser les tensions

Dans ce contexte explosif, l’OTAN a appelé, lundi, à la « retenue » et à la « désescalade ». « Un nouveau conflit ne serait dans l’intérêt de personne, donc l’Iran doit s’abstenir de davantage de violence et de provocations », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, à l’issue d’une réunion extraordinaire des ambassadeurs de l’Alliance atlantique. De leurs côtés, les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne doivent se retrouver vendredi à Bruxelles pour discuter de la crise iranienne.

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Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a déclaré, lundi, « regretter profondément » l’annonce de l’Iran sur la levée de toute limite sur l’enrichissement d’uranium. « La mise en œuvre complète de l’accord sur le nucléaire par tous est maintenant plus importante que jamais, pour la stabilité régionale et la sécurité mondiale », a-t-il indiqué sur Twitter. Paris, Londres et Berlin ont appelé « l’Iran à retirer toutes [ses] mesures non conformes » au pacte. Moscou a également pressé, lundi, tous les pays engagés dans l’accord de continuer d’en faire une « priorité ».

« Nous sommes très préoccupés du fait que l’Iran ait annoncé ne plus se sentir lié par l’accord sur le nucléaire », a déclaré lundi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ajoutant qu’il était « dans l’intérêt de l’Iran et (…) de l’Irak de choisir la voie de la pondération et non la voie de l’escalade ».

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