En Irak, les Etats-Unis pris au piège de l’escalade des violences face aux milices chiites et à l’Iran – Le Monde

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Au cœur d’une lutte d’influence entre Washington et Téhéran, l’Irak a jusqu’à présent évité une confrontation ouverte entre ses deux parrains rivaux. Depuis le retrait unilatéral américain de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018 et le rétablissement des sanctions, c’est dans le golfe Arabo-Persique qu’ils se défient. Une série d’incidents, qui s’est soldée par le siège de l’ambassade américaine à Bagdad par des milices chiites irakiennes liées à l’Iran, les 31 décembre 2019 et 1er janvier, menace ce fragile statu quo et fait craindre une escalade militaire ou un nouveau retrait américain d’Irak.

La démonstration de force des milices pro-iraniennes, qui dominent les unités de la Mobilisation populaire (MP), a ravivé à Washington le spectre des attaques contre ses ambassades à Téhéran, en 1979, et à Benghazi, en Libye, en 2012. Fustigeant les raids américains contre des installations des Phalanges du Hezbollah (Kataeb Hezbollah) en Irak et en Syrie, qui ont fait vingt-cinq morts dans les rangs de la milice dimanche, des milliers de membres de la MP ont pénétré mardi dans la zone verte, sans interposition aucune des forces qui gardent le quartier ultrasécurisé.

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« Mort à l’Amérique ! »

Aux cris de « Mort à l’Amérique ! », et brandissant des portraits du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, la foule a attaqué l’enceinte de l’ambassade – la plus sécurisée au monde –, arraché les caméras de surveillance et brûlé des installations. Repoussés par les tirs de gaz lacrymogènes des forces américaines, qui ont reçu le renfort de troupes et d’hélicoptères Apache, les membres de la MP ont entamé un sit-in, déterminés à rester jusqu’au départ des Américains.

La pression des autorités de Bagdad a obligé leurs chefs à appeler à déplacer le sit-in hors de la zone verte, assurant que le « message » avait été « entendu ». « La balle est dans le camp du Parlement » pour bouter les forces américaines hors d’Irak, a estimé le porte-parole des Kataeb Hezbollah, Mohammed Mohieddine. Il a toutefois déploré que le gouvernement ait cédé aux pressions américaines. Mardi soir, le président américain, Donald Trump, avait appelé le premier ministre irakien, Adel Abdel-Mahdi, pour lui rappeler l’impératif fait à Bagdad de protéger la chancellerie.

L’incident a donné lieu à une passe d’armes entre le président américain et le Guide suprême iranien sur Twitter. M. Trump a menacé de faire payer le « prix fort » à l’Iran. Il l’a accusé d’avoir orchestré l’attaque contre l’ambassade, ainsi que le barrage de roquettes qui a visé, vendredi 27 décembre 2019, une base américaine dans le nord de l’Irak et tué un sous-traitant américain. Imputé aux Phalanges du Hezbollah, l’incident a provoqué des représailles américaines. L’ayatollah Khamenei a condamné, en retour, « la malveillance » des Etats-Unis, qu’il tient pour responsables des violences. Niant l’implication de l’Iran dans ces attaques, il a promis de répondre à toute menace contre son territoire. Dans la foulée, le Pentagone a annoncé le déploiement de 750 soldats au Moyen-Orient, en plus des 14 000 troupes arrivées depuis mai dans le Golfe pour répondre aux agressions iraniennes.

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