EN DIRECT – Procès des attentats de janvier 2015 : après la soeur, l’amie d’Hayat Boumeddiene à la barre – LCI

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Justice

PROCÈS HISTORIQUE – Le procès des attentats des 7, 8 et 9 janvier à Charlie Hebdo, Montrouge et l’Hyper Cacher s’est ouvert mercredi 1er septembre devant la cour d’assises spéciale de Paris, pour une durée de deux mois. Suivez l’audience en direct.

L’AUDIENCE EST LEVÉE

L’audience est levée, elle reprendra lundi à 9h30.

5 APPELS A CHARLIE

Le président s’adresse au témoin. Et il rappelle qu’en novembre 2014, cinq appels menaçants les personnels du journal,  ont été passés depuis une ligne portant son nom, Stephane H.  . “On s’est servis du téléphone de mon fils pour appeler Charlie”, affirme Stéphane H.

“Quand est-ce que vous aviez vu pour la dernière fois Amedy Coulibaly ?” “C’était il y a très longtemps. Je n’ai rien à dire.” 

Le témoin est peu prolixe. D’autres questions lui sont posées. Il n’y répond pas plus. Puis s’en va.

TEMOIN

L’audience reprend avec un témoin.  C’est le mari de Saadia. Stéphane H.. Lui et son épouse ont été présentés l’un à l’autre par Amedy Coulibaly et Hayat Boumeddiene.

AUDIENCE SUSPENDUE

L’audience est suspendue quelques minutes.

PAS LE REFLEXE DE PREVENIR LA POLICE

Me Maktouf , avocate de la partie civile, interroge l’amie d’Hayat au sujet de l’appel qu’elle a reçu de celle-ci le 26 avril 2015. “Avez-vous fait part de cet appel à la police avant d’être convoquée?. 

Saadia: Non, on n’a pas eu ce réflexe là. Mais on était certain qu’on serait mis sous écoute et que je serais convoquée. J’ai pas changé mon numéro, je l’ai gardé.

APPEL TELEPHONIQUE

L’assesseur cite un extrait de la conversation entre Hayat Boumedienne, et sa très proche amie Saadia, conversation d’avril 2015. Hayat lui dit :”Ici tu trouves des gens de tout le monde entier. Tout le monde était content. Ici c’était la fête, tout le monde m’a félicitée”. 

La femme d’Amedy Coulibaly est alors en Syrie.

AU SUJET DES ACTES COMMIS PAR MOHAMED MERAH

Un assesseur à Saadia; “vous vous souvenez ce que vous avez dit aux enquêteurs quand ils vous ont demandé ce que vous aviez pensé des assassinats commis par Mohamed Merah?”

Saadia : “Ma réaction comme tout le monde. On est choqué. C’était en plus vraiment le premier événement. J’étais choquée qu’il ait tué des innocents, des enfants. Je suis mère de famille. 

L’assesseur : Ce n’est pas vraiment ce qui est écrit sur le PV d’audition. On vous demande si vous en avez discuté avec Hayat notamment, pas Amedy Coulibaly car au moment des faits il est en prison et vous répondez :’Hayat et moi, quand il y a eu ces faits-là, on s’est dit que c’était de la manipulation, du complotisme pour faire du mal à l’islam”.

Saadia répond qu’elle a sans doute dit ça très vite. 

L’assesseur lui indique que pourtant lors de cette interrogatoire face aux enquêteurs en mars 2016 elle déclare : Même actuellement je trouve que cette affaire est bizarre.

Saadia :”Pour moi, tuer froidement un enfant, c’est pas possible. Après on a vu que c’était avéré. Mais au début, on ne peut pas y croire à ce gendre de choses.

“TRES A L’AISE”

L’assesseur dit à Saadia à la barre qu’il la trouve “très à l’aise”. Il est étonné pour un procès comme celui-là et aux assises, mais indique que ce n’est pas un reproche “J’en profite pour vous demander quelques précisions”, continue-t-il.

Répondant à l’une des questions, Saadia dit avoir eu “envie de se rapprocher de Dieu”, après avoir divorcé avec le père de son enfant. Elle s’est remariée très vite avec un autre homme. 

PLUSIEURS APPELS D’HAYAT BOUMEDIENNE

Saadia dit qu’Hayat Boumedienne l’a appelée plsuieurs fois au mois d’avril 2015. “On voyait bien que c’était une femme qui était dans son euphorie. C’était un peu le bijou de l’Etat islamique. Elle nous disait :Venez nous rejoindre’, comme si elle était à côté. J’ai compris qu’elle était embrigadée dans sa bulle”.

Saadia poursuit : “Fin 2019, elle a appelé? Je lui ai dit : “Tu te rends compte, il y a des rumeurs qui disent que t’es morte. Elle m’a répondu que non elle était bien là, vivante.

Saadia dit qu’elle a fait 3 jours de garde à vue après les premiers contacts qu’elle a eu avec Hayat après les attentats. “Je savais que j’étais sur écoute? On m’a jamais dit de venir. Comme je suis sur écoute, je me suis dit que si Hayat m’appelait, elle (la police) le saurait”

“AMEDY COULIBALY, C’ETAIT QUELQU’UN DE DOUX “

Saadia, amie très proche d’Hayat Boumedienne : La Hayat que je connaissais était spirituelle, pratiquante. Mais je n’aurais jamais imaginé (…) 

Au sujet d’Amedy Coulibaly, elle dit “Je sais que ce que je vais dire va être très dur pour les victimes mais franchement, Amedy Coulibaly, c’était quelqu’un de très doux, respectueux, gentil. “Ce qui a perdu Amedy Coulibaly c’est sa sensibilité”, 

Le président: “Mais justement s’il était sensible il n’aurait pas dû faire ça”, 

Saadia : “Malheureusement il n’est pas là pour s’expliquer”. 

FIN DECEMBRE 2014

Saadia dit avoir vu Hayat Boumedienne pour la dernière fois fin décembre 2014. “On a pris un café. Elle était souriante, resplendissante. Deus semaines après, on apprend ça (les attentats)..”

“C’était horrible, poursuit Saadia, je suis chez moi, avec mes enfants…”

“Quand j’ai vu la photo d’Amedy ça m’a choqué. On s’est tous appelés. C’était un mélange d’émotions. Le 9 janvier, il y a avait tellement d’informations. “

BLASPHÈME

Le président : dans les conversations avec Hayat Boumedienne, est-ce que ceux qui critiquaient ou blasphémaient la religion musulmane,… (Il a du mal à formuler la question, faisant référence à ceux qui voulaient “venger le prophète”) Avez-vous senti une adhésion. disait-elle elle auss i: ‘Non ça va pas?”

Saadia : On n’a jamais abordé ce genre de sujet. Pour elle, elle voulait vire quelque part pour bien vivre sa religion. Le blasphème est un sujet que l’on n’a jamais abordé.

“COUPLE FUSIONNEL ET AMOUREUX”

Saadia parle d’un couple fusionnel et amoureux, en évoquant la relation entre Amedy Coulibaly et Hayat Boumedienne.

Elle indique que quand Amedy Coulibaly a été incarcéré, ça a été un moment difficile pour Hayat. 

Saadia dit qu’Hayat et Amedy Coulibaly voulaient partir vivre en Malaisie. “Ils y étaient allés et avaient adoré. Là-bas, Hayat disait qu’elle serait libre d’être voilée, de faire ses prières, qu’elle pourrait vivre sa religion pleinement. (…)

Hayat n’arrivait pas à vivre sans l’islam.

“RADICALE? NON”

Le Président à l’amie d’Hayat Boumedienne: “est-ce que vous diriez qu’Hayat était radicale?”

Saadia  : “Radicale non, c’était quelqu’un qui pratiquait sa religion plus rigoureusement qu’avant : les prières à l’heure, la non-mixité … les règles de base.”

OPPOSÉ AU MARIAGE

Saadia, amie d’Hayat poursuit. Elle indique que son père était opposé au mariage entre Hayat Boumedienne et Amedy Coulibaly car ce dernier était africain, alors que le “papa adoptif” d’Hayat et père de Saadia est Algérien.

Saadia : “Mon père était catégorique, il ne voulait pas qu’elle se marie avec Amedy Coulibaly. Alors elle s’est tournée vers son père biologique pour pouvoir se marier.”

UNE AMIE D’HAYAT A LA BARRE

Une femme est à la barre. Elle se prénomme Saadia. elle porte un jilbab noir. Elle a gardé le masque pour parler au micro.

Elle estime avoir été avec Hayat “comme deux soeurs”; Hayat a vécu au sein de sa famille à partir de ses 14 ans et jusqu’en 2008. Elles ont deux ans d’écart.

Le président: Est-ce que la religion était importante pour elle ?”

Saadia : “Oui. Elle s’est toujours cherchée spirituellement. Elle a mis le voile très tôt, puis l’a retiré. Puis elle est retournée là-dedans avec Amedy Coulibaly” 

Elle dit que la relation entre Amedy Coulibaly et Havat a été cachée pendant deux ans, avant le mariage en 2010.  

“RENTRER DANS LE PROCESSUS DE DEUIL”

Avant que quitter la salle, K.Boumedienne déclare: les larmes aux yeux “Pour moi, pour ma famille, pour les gens autour de loi, ces attentats ont été des actes barbares et douloureux. J’espère que ce procès permettra de rentrer dans le processus du deuil et que surtout, toute cette enquête permettra qu’on ne réécrive jamais cette histoire car elle est douloureuse pour tout le monde”

ET SI HAYAT BOUMEDIENNE SONNE A SA PORTE?

Me Jean Chevais, avocat de la défense à Hayat Boumedienne: Comment vivez-vous cette situation (des attentats, de sa soeur) aujourd’hui?

K.Boumedienne: “Ca a été une situation très douloureuse sur plusieurs échelles. Les attentats qui ont eu lieu ont été un choc pour tout le monde avec des pertes  humaines . Ca a été douloureux aussi car mon beau-frère et ma soeur étaient annoncés dans les médias et annoncés comme complices. Je n’ai pas d’explication,  comment on en est arrivé là, comment ça a dégénéré.

Me Jean Chevais poursuit :”Vous avez dit que vous ne perdez pas espoir qu’Hayat, votre soeur, revienne un jour en France. Si elle sonne à la porte vous l’accueillez?

K. Boumedienne: oui, je lui ouvre la porte. Ensuite on fera les démarches nécessaires avec la justice. 

Me Jean Chevais; Vous en êtes sûre?

K. Boumedienne: J’en suis certaine.

“PEINÉE” PAR LA MORT D’AMEDY COULIBALY

Me Jean Chevais, avocat de la défense poursuit, interrogeant K. Boumedienne  : Votre soeur Hayat Boumedienne a-t-elle été peinée que son mari soit mort? L’a-t-elle exprimée?

K.Boumedienne; Oui bien sûr, elle l’a exprimé. Mais je ne peux pas vous dire  la phrase exacte, c’était il y a cinq ans.

VIBER OU WHATSAPP

K. Boumedienne indique qu’à part pour le premier appel de sa soeur, elle n’a jamais eu le réflexe de noter le numéro entrant, car Hayat appelait sur “Viber ou Whatsapp”. 

L’avocat de la défense, Me Jean Chevais qui l’interroge à ce sujet, fait remarquer que sur ses applications, “il suffit d’appuyer sur le bouton du téléphone pour avoir le numéro”. 

K. Boumedienne: Je n’ai pas eu le réflexe.

“A MA CONNAISSANCE”

Répondant aux questions d’un avocat de la défense, K.Boumedienne indique qu’à sa connaissance, Amedy Coulibaly n’avait pas d’influence sur sa soeur. Qu’a sa connaissance, elle était heureuse avec lui. 

Elle répète qu’elle a vu Amedy Coulibaly” 8 ou 10 fois “et que c’était “un taiseux”

ECOUTES TELEPHONIQUES

L’avocate générale évoque des écoutes téléphoniques. 

K.Boumedienne dit aujourd’hui à l’audience qu’elle pense qu’Hayat ne savait pas au moment de partir ce qui allait se passer. Dans un échange téléphonique du 28 avril 2015, elle dit pourtant à son interlocutrice “”Si elle était innocente, pourquoi a-t-elle mis aussi longtemps pour les appeler”.

AVOCATE GENERALE

L’avocate générale s’adresse maintenant à K.Boumedienne. “on a compris que son placement avait été un échec, qu’elle avait trouvé du réconfort dans la religion. Mais on a l’impression que ce mal être a toujours été présent chez elle… 

K.Boumedienne a eu le sentiment qu’elle allait mieux quand elle a été pris en charge par “ce couple”, quand elle était petite, puis quand elle a rencontré plus tard Amédy Coulibaly.

Avocate générale: A quand datait vous le changement chez elle et son conjoint.

K.Boumedienne :Avant les crimes de janvier 2019 (sic), le mot radicalisation ne faisant pas partie de mon vocabulaire.

“ON NE PEUT PAS VOUS CROIRE”

Un avocat de la partie civile s’adresse à K. Boumedienne. IL lui dit qu’il ne peut croire qu’elles n’aient eu pour simples conversations, des banalités et des prises de nouvelles. “Vous êtes la seule personne qui peut nous aider ce soir. Vous êtes sa soeur. Elle ne vous a rien dit, en cinq années ? On ne peut pas vous croire…”.

“PAS BAGARREUSE”

Me Maktouf, avocate de la partie civile si elle connaissait sa soeur comme “bagarreuse, telle que décrite par certains médias”.

K. Boumedienne :”Je ne connaissais pas ma soeur comme bagarreuse, elle n’aimait pas le conflit. Elle cherchait des solutions pour aider tout le monde. C’était une adolescente calme”. 

K. Boumedienne indique par ailleurs ne pas avoir faire part à la police du dernier appel de sa soeur, en octobre 2019.

K. BOUMEDIENNE: “ON N’A RIEN VU VENIR”

Le président: Que pense la famille de tout ça?

K. Boumedienne: “On est tous sous le choc et on l’est encore. C’est quelque chose qui est toujours présent  et on n’a rien vu venir.”

INTERVIEWS D’HAYAT BOUMEDIENNE

Régis de Jorna, président, rappelle qu’il y a eu des interviews d’Hayat Boumedianne dans Dar al Islam et Dabiq.

L’interview, en langue française et anglaise, sont parues dans le mois suivant les attentats. 

Hayat Boumeddiene dans cette interview, s’adresse notamment à “ses sœurs” et les appelle à «”outenir leurs maris, leurs frères, leurs pères et fils. Conseillez-les. Ne leur rendez pas les choses difficiles, facilitez tout ce que vous pouvez pour eux […], Ne perdez pas votre temps et votre énergie dans des jeux, des futilités et tout ce qui ne vous concerne pas. Apprenez votre religion!”

Le président insiste sur le fait que dans cette interview elle cautionne et elle incite les femmes à rejoindre certains pays. “on est dans l’extrêmisme qui va jusqu’a ruer des gens en connaissance de cause”, commente Régis de Jorna.

L’assesseur à K. Boumedienne : “Vous a-t-elle dit où elle se trouvait?”

K. Boumedienne :”Elle ne me l’a jamais dit”. 

“MANIPULÉE “?

K Boumedienne au sujet de sa soeur :”C’est difficile pour moi de dire si elle était sûre de ses choix ou si elle pouvait être manipulée”. 

DESIR DE REVENIR? 

Le président rappelle que certains donnent Hayat et les frères Belhoucine morts, d’autres les disent vivants. “A-t-elle manifesté un éventuel désir de revenir, avec les conséquences que cela implique”, interroge Régis de Jorna. 

K. Boumedienne : Non, pas à ma connaissance.

“UN PEU TOUS LES ETATS”

K. Boumedienne : “Dans les peu d’appels et échanges que j’ai eus avec elle, il y a eu un peu tous les états. Parfois je la sentais plus triste. Il y a eu des moments difficiles visiblement, quand elle était dans les camps. Il y a eu des moments où elle était en accord avec son choix d’être partie dans un pays musulman. Mais elle ne l’a pas parlé plus implicitement de religion.

DERNIER APPEL d’HAYAT BOUMEDIENNE A SA SOEUR EN OCTOBRE 20109

K. Boumedienne : Les deux premières années, elle m’a contacté deux fois. Ensuite c’était une fois par an. La dernière fois remonte à octobre 2019.”

K. Boumedienne au sujet de ce dernier appel “: Elle voulait prendre des nouvelles, donner des nouvelles, parler de sa situation. ce sont des discussion cordiales. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas refait sa vie, qu’elle était toute seule, célibataire, entourée de famille, d’enfants. Elle ne m’a pas parlé d’une relation quelconque. Après on a jamais eu de discussion intime… Même quand elle était en France. A priori elle n’a pas refait sa vie comme on a pu l’entendre dans les médias;

DERNIER APPEL

Lors de l’appel avec sa soeur en 2015, K. Boumedienne dit qu’elle et sa soeur avaient “du mal à se quitter”. Hayat a dit à sa soeur qu’elle ne savait pas si elle resterait joignable sur ce numéro.

K. Boumedienne dit avoir reçu d’autres appels provenant de numéros qu’elle ne connaissait pas mais “c’était des journalistes”. 

JOUR DU SOUVENIR

Hayat Boumedienne a contacté sa soeur et un de ses frères le 26 avril 2020, jour du souvenir. Elle a d’abord appelé son frère, mais ils se sont disputés, ce dernier lui ayant dit que ce qu’elle avait fait n’était pas bien. 

A LA POLICE”

K. Boumedienne s’est rendue d’elle même le jour où Hayat l’a appelée à la police pour le dire. Le numéro de téléphone n’était pas masqué. 

Avant l’appel de sa soeur, K. Boumedienne pensait que sa soeur était morte. Pendant les 4 premières secondes, elle a cru “a une blague”. 

K Boumedienne a échangé par téléphone deux fois avec sa soeur, un appel a duré deux minutes, l’autres 19 environ. 

Hayat Boumedienne n’a pas soumis l’idée de revenir en France et sa soeur ne lui a pas posé la question. Hayat n’a donné aucune indication sur son logement et ses projets selon sa soeur. 

“K. Boumedienne :Nous avons parlé avec Hayat de pardon, qu’on ne devait pas se sentir coupable de quoique ce soit. Elle a dit qu’elle était bien là-bas”.

“PRENDRE DES NOUVELLES”

Le président: “le coup de fil c’était pour prendre des nouvelles?”

K.Boumedienne : C’est tout ça en même temps. Hayat voulait dire qu’elle était vivante, qu’elle ne voulait pas faire de la peine. ‘J’espère que vous allez bien’ (…) J’ai pas réussi à savoir si elle avait conscience en partant que ça aurait toutes ces répercussions.

COUP DE FIL D’HAYAT

K.Boumedienne a reçu un appel de sa soeur. un soir, trois mois après les attentats “J’étais en train de manger. Je ne m’y attendais pas. Il y a eu les larmes. J’essaie de parler de ce qu’il s’est passé en janvier avec elle, c’est très douloureux.

Le président: Qu’est ce qu’elle vous dit? Pourquoi après trois mois de silence elle vous appelle?

K.Boumedienne : En appelant, elle veut prendre des nouvelles et donner des nouvelles. Elle dit qu’elle n’a pas pu appeler avant. Elle dit qu’elle n’était pas au courant de ce qui allait se passer quand elle est partie. Elle pensait qu’Amedy Coulibaly allait la rejoindre. 

K BOUMEDIENNE : “ON NE S’Y ATTENDAIT PAS DU TOUT” 

Quelle est votre réaction que vous apprenez ce qu’il s’est passé, la mort dans les circonstances quo’n connait d’Amedy Coulibaly, les morts qu’il a fait, et le départ de votre soeur, partie vers une zone particulière via la Turquie, vers la Syrie. C’est un choc non pour la famille? 

K. Boumedienne: “Ca a été un choc ces crimes abominables qui ont commencé le 7 avec Charlie Hebdo, et Montrouge. On a pas eu le nom de Coulibaly avec le 9 janvier. Ca a été un choc car c’est mon beau-frère et ma soeur que l’on voit. Il n’ya pas de mot pour décrire mon état. On ne s’y attendait pas du tout. Ca a été l’incompréhension totale, ces actes de barbarie, intolérables, insoutenables pour la société et pour la famille proche.”

DÉCEMBRE 2014

K. Boumedienne a vu pour la dernière fois sa soeur le 29 décembre 2014. Elle n’a pas parlé de ses projets selon elle. Elle dit qu”en allant chez sa soeur “on n’avait pas l’impression de rentrer chez une fanatique”.

Hayat Boumedienne est partie tout début janvier. Sa soeur K. Boumedienne dit avoir appris son départ le 9 janvier 2015. Elle dit avoir essayé de la joindre au début de l’année mais n’a pas réussi.

K. BOUMEDIENNE, SOEUR D’HAYAT : “JE N’AI PAS VU LA MENACE”

“Avec le recul, je n’ai pas vu, je n’ai pas cerné cette radicalisation vers laquelle elle allait. Par rapport à Amedy Coulibaly, à part cette séparation homme-femme, et la fin des activités sportives et culturelles mixtes, j’ai rien vu de plus. Je n’ai pas vu la menace. Je n’ai pas vu que c’était cette radicalisation là qui va finir…” Elle ne termine pas sa phrase.

K; Boumedienne explique que sa soeur a exprimé le désir d’aller vivre dans un pays musulman pour “être en accord avec sa pratique”, sans jamais parler de pays à caractère intégriste.

UNE RELATION DE 7 ANS

K. Boumedienne pense qu’Hayat a rencontré Amedy 7 ans avant les faits. Le président lui demande si elle a vu des changements, notamment du fait de la religion et de la pratique de la religion.

“On a vu les photos à la plage, en bikini,  et petit à petit, il y a eu, pour ma soeur le port du hijab, cette distanciation, le fait que l’on ne se mélange pas entre hommes et femmes…(…) Elle me disait que ça l’apaisait de faire la prière, de se couvrir, mais elle supportait mal le regard de la société avec son hijab. Elle dit qu’il y avait beaucoup de haine dans le regard des gens, parfois même des paroles.Elle a sans doute trouver un apaisement dans la pratique”.

K. Boumedienne a dit par le passé au sujet de sa petite soeur “je ne sais pas comment elle s’est extrêmisée”.

AMEDY COULIBALY “HYPER PRATIQUANT”

“Sa rencontre avec Amedy Coulibaly, elle me l’a racontée très brièvement. Elle l’a rencontré par le biais d’une rencontre. Ca a été accepté (leur union)”, poursuit K. Boumedienne.  Le couple vivait ensemble à Bagneux.

“Moi AMedy Coulibaly j’ai du le rencontrer 8 à 10 fois, j’ai pas eu de rencontre personnelle avec lui”, dit K Boumedienne à la barre.

Elle poursuit :”Dans les débuts, je la sentais heureuse, épanouie, elle a trouvé de l’amour, ce qui lui manquait. Lui c’était quelqu’un de taiseux, on a peu échangé, à part sur les choses du quotidien”. 

Avant qu’il ne devienne “hyper pratiquant”, ils faisaient des balades à vélo. K Boumedienne dit “ne rien avoir vu venir’.

HAYAT BOUMEDIENNE AMBITIONNAIT ETRE PROF D’HISTOIRE

La soeur d’Hayat précise qu’elle ambitionnait d’être prof d’histoire. Hayat Boumedienne a suivi ses études jusqu’en seconde.

K. BOUMEDIENNE :”PERDRE SA MERE, A L’AGE DE 8 ANS, C’EST DIFFICILE”

La soeur d’Hayat, en fuite ou décédée, a du mal à parler. Elle raconte que le décès de leur maman à l’âge de 36 ans a beaucoup affecté la famille. “Perdre sa mère à l’âge de 8  ans c’est difficile. “L’arrivée de ma belle-mère ne s’est pas bien passée. La cohésion ne s’est pas faite. On s’est retrouvés éclatés.”  Elle dit qu’Hayat a été placée en foyers, avant d’être prise en charge par un couple.

“Ensuite il y a une cette rencontre avec Amedy Coulibaly, une rencontre amoureuse visiblement, un mariage. Puis il y a eu l’arrestation d’Amedy Coulibaly en 2010, et les parloirs”. 

Elle continue: “On était de confession musulmane. Mes parents priaient, cinq prières par jour, on mangeait pas de porc”. 

K. Boumedienne est la première des enfants et Hayat est la quatrième.

K. BOUMETIENNE, SOEUR D’HAYAT BOUMEDIENNE A LA BARRE 

La soeur d’Hayat Boumedienne vient d’arriver à la barre. Elle a 40 ans. Elle a mis une perruque, avec des cheveux noirs. Elle garde le masque. Elle a une chemise rouge avec des motifs blancs, sur un pantalon noir très large et un foulard noir sur les épaules.

Le président : que pouvez-vous nous dire au sujet de votre soeur, de sa fuite?

K. Boumedienne: “Ce que vous voulez c’est -que je vous raconte son histoire?. 

 K. BOUMEDIENNE ATTENDUE

K. Boumedienne, soeur d’Hayat Boumedienne, est attendue dans la salle. La cour doit procéder à son audition. 

Un procès “pour l’Histoire”, hors normes et intégralement filmé. Du mercredi 2 septembre 2020 au mardi 10 novembre 2020, 14 accusés doivent répondre d’avoir apporté un soutien aux frères Saïd et Chérif Kouachi ainsi qu’à Amédy Coulibaly pour les aider à perpétrer les attaques perpétrées à la rédaction de Charlie Hebdo, Montrouge et l’Hyper Cacher, les 7, 8 et 9 janvier 2015. 

Parmi eux, trois sont visés par un mandat d’arrêt international depuis leur fuite commune en Syrie dans les jours précédant les attaques : Hayat Boumeddiene, 32 ans, épouse d’Amedy Coulibaly, et les frères Mohamed et Mehdi Belhoucine, 33 et 29 ans. Parmi les onze accusés présents, un seul, Ali Riza Polat, 33 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité, pour complicité des crimes et délits commis par les trois terroristes, neutralisés par les forces de l’ordre à l’issue de trois jours d’horreur. 

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Dans l’enceinte du tribunal judiciaire des Batignolles, pas moins de quatre salles d’audience, une principale et trois pour les retransmissions, sont mobilisées pour pouvoir accueillir pas moins de 200 parties civiles, 94 avocats et 90 médias accrédités, dont une trentaine d’étrangers. Le public, lui, peut aussi assister à l’audience, depuis l’auditorium, également réquisitionné pour ces 49 jours de ce procès “pour l’Histoire”.

Toute l’info sur

Le procès hors normes des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015

Suivez le procès des attentats de janvier 2015

Suivez le procès en direct dans le fil en tête de cet article grâce à nos journalistes présents sur place.

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