Les premiers clones issus d’un macaque génétiquement modifié pour présenter des troubles mentaux sont nés en Chine. La nouvelle, présentée comme une avancée pour la recherche médicale, suscite des questionnements éthiques et a provoqué un tollé qui n’est pas sans rappeler la naissance des bébés OGM en novembre dernier.

Une équipe de scientifiques chinois a annoncé avoir cloné cinq singes, copies conformes d’un spécimen unique dont les gènes avaient été modifiés pour le rendre malade, une initiative qui pourrait aider la recherche médicale. L’expérience a été détaillée dans deux articles publiés dans un journal scientifique chinois. Il s’agit de la dernière avancée biomédicale d’importance annoncée en Chine, dont certaines ont provoqué un intense débat éthique.

L’Institut de neuroscience de l’Académie des sciences de Shanghai (est) a indiqué avoir modifié les gènes d’un macaque à l’aide de l’outil d’édition génomique CRISPR-Cas9 lorsqu’il était à l’état embryonnaire, afin qu’il développe des troubles du rythme circadien, c’est-à-dire de son horloge biologique. Les scientifiques ont ensuite cloné ce spécimen à cinq reprises. Et ont découvert que ces singes, nés au cours des six derniers mois, montraient des signes de problèmes mentaux (dépression, anxiété, comportements liés à la schizophrénie) associés à des troubles du sommeil.

Une opération coup de poing pour la recherche médicale ?

Les résultats, révélés dans le journal National Science Review ici et ici, ont été présentés par les médias chinois comme une première mondiale. Les auteurs du rapport affirment que les informations pourront servir à la recherche sur les maladies psychologiques humaines: les chercheurs voulant élaborer de nouveaux médicaments ou traitements pourront travailler sur des animaux génétiquement semblables, ayant des maladies bien spécifiques.

Poo Muming, directeur de l’Institut de neurosciences et co-auteur de l’étude, a indiqué à la presse officielle que l’équipe de chercheurs essaiera désormais de cloner des singes présentant des maladies cérébrales différentes. Selon lui, cloner des primates ayant des caractéristiques idéales pour la recherche permet d’utiliser beaucoup moins de singes pour les expérimentations animales, qui soulèvent souvent de nombreuses questions éthiques.

Le même institut shanghaïen avait fait les gros titres de la presse en janvier 2018. Ses chercheurs étaient parvenus à faire naître pour la première fois des singes génétiquement identiques par la même technique de clonage utilisée il y a plus de 20 ans pour la célèbre brebis Dolly, premier mammifère cloné.

Ce type d’avancées biomédicales provoque cependant souvent la polémique, notamment en Chine. La dernière en date remonte à novembre, lorsque le chercheur chinois He Jiankui a annoncé avoir fait naître deux bébés humains dont les gènes avaient été modifiés pour les protéger du virus du Sida. Très critiqué par Pékin et par la communauté scientifique internationale, il est désormais visé par une enquête de police et a été démis de ses fonctions dans l’université du sud de la Chine où il officiait.

Ce qu’il faut retenir

  • L’Institut de neuroscience de l’Académie des sciences de Shanghai a annoncé avoir cloné un macaque génétiquement modifié pour présenter des troubles mentaux grâce à la technologie CRISPR-Cas9.
  • Cinq individus au génome identique au premier sont nés au cours des six derniers mois. Ils souffrent également de troubles mentaux.
Pour en savoir plus

Clonage : une première chez les primates

Article de Jean-Luc Goudet, publié le 14/11/2007

Une équipe américaine aurait réussi le clonage de macaques. Il n’y a pas eu de naissance mais des cellules souches ont été extraites du très jeune embryon. Les résultats ont été soumis à la revue Nature. Ce serait une première surprenante et aux implications éthiques  car l’homme est un primate comme les autres…

Shoukhrat Mitalipov, un chercheur américain d’origine russe et son équipe du Centre national de recherches sur les primates de l’Oregon (Oregon National Primate Research Centre) ont semble-t-il réussi à cloner des macaques rhésus. La technique employée est celle du transfert de noyaux extraits de cellules d’animaux adultes. Dans ce cas, le noyau d’un ovule fécondé est retiré et remplacé par celui de la cellule donneuse (donc avec son matériel génétique), qui n’est pas une cellule sexuelle (un spermatozoïde par exemple) mais une cellule quelconque de l’organisme (somatique).

Il existe d’autres techniques de clonage utilisant des embryons à des stades précoces, dont on prélève des cellules ou que l’on divise en plusieurs parties. C’est alors l’embryon qui est cloné. En 2000, un macaque avait déjà été cloné de cette manière par Gerald Schatten. Dans l’expérience de Mitalipov, l’animal cloné est l’adulte dont on a prélevé quelques cellules somatiques.

Le chercheur reste pour l’instant muet sur le sujet, expliquant qu’il doit attendre la publication des résultats par la revue Nature, à laquelle l’exposé du travail a été soumis. Mais de multiples informations, dont un article détaillé paru le 12 novembre dans le quotidien The Independent, des indiscrétions de scientifiques ainsi que des travaux antérieurs sur le sujet, donnent de précieuses indications. La possibilité du transfert de noyau d’une cellule somatique avait déjà été démontrée chez le macaque, notamment par l’équipe de Mitalipov.

Le singe et nous

D’après l’article de The Independent, l’animal cloné (celui sur lequel ont été prélevées les cellules donneuses d’ADN) est un mâle adulte de 10 ans. Cent embryons ont été implantés chez 50 femelles (il avait fallu 277 implantations à l’équipe écossaise du Roslin Insitute d’Edinburgh pour voir naître Dolly). Aucun embryon ne s’est développé jusqu’à la naissance. La technique n’est donc pas toujours pas au point. Il faut savoir que le taux de réussite est de 25 % lorsque l’embryon est implanté après une fécondation in vitro, et que ce taux tombe au mieux à 5 % pour l’implantation d’embryons issus d’un clonage.

Mais, sur 20 de ces embryons, les scientifiques ont pu récupérer des cellules souches (indifférenciées) et les ont ensuite cultivées in vitro pour en faire différents tissus, démontrant au passage qu’il s’agissait de véritables clones.

Ces résultats chez un primate confirment que le clonage est tout à fait possible chez ce groupe de mammifères et donc chez l’homme, contrairement à ce que l’on a pensé un temps. En 2005, la triste affaire de la fraude du sud-coréen Hwang Woo-suk, qui avait effectué des expériences de clonage humain, n’avait pas aidé à faire avancer sereinement le débat. Mais aujourd’hui, la faisabilité technique d’un clonage thérapeutique (création de cellules souches identiques à celles d’un individu) ou reproductif (production d’individus identiques) semble bel et bien démontrée.

Nous n’échapperons donc pas à un débat public sur ce sujet. Comme le souligne dans les colonnes du journal Le Monde le professeur Jean-Claude Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm : « Le problème auquel nous allons être confrontés avec de plus en plus d’insistance est bien celui du choix que nous devrons faire vis-à-vis de cette possibilité ».

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