En Biélorussie, Loukachenko tente d’éteindre par la force la révolte de « son » peuple – Le Monde

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Affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants à Minsk (Biélorussie), le 9 août.

« Maïdan ». Le mot et ce qu’il représente lui font horreur. Alexandre Loukachenko le répète au fil de ses discours comminatoires comme un repoussoir absolu. Mais peut-être aussi comme une fatalité qu’il voit se rapprocher chaque jour un peu plus. « Nous ne les laisserons pas mettre le pays en pièces. Comme je l’ai déjà dit, il n’y aura pas de Maïdan, même si certains le veulent vraiment. Les gens doivent se calmer », a encore averti le chef d’Etat biélorusse, mardi 10 août.

L’autocrate, qui vient de s’arroger une sixième victoire électorale raflant plus de 80 % des voix, au mépris de toutes les règles d’éthique et de transparence, constate avec effroi que son peuple possède à bien des égards la même détermination et la même rage que ces Ukrainiens qui, en 2014 étaient parvenus à renverser le pouvoir en place en campant des mois et des mois sur la place Maïdan à Kiev.

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Vingt-quatre heures après une première vague de protestations historiques par leur ampleur et leur diversité géographique, la foule s’est à nouveau levée dans la nuit de lundi à mardi pour crier sa colère après un scrutin qualifié de mascarade. Peu après 19 heures, à Minsk comme dans les villes de province, les manifestants se sont rassemblés dans différents quartiers criant « changement », « dégage » ou « vive la Biélorussie ».

Les forces de l’ordre font reculer les manifestants lors d’un rassemblement à Minsk (Biélorussie), le 10 août.

Arrestations massives, tirs de balles en caoutchouc

Durant la nuit, la foule n’a cessé de grossir. Choisissant une action décentralisée, les protestataires réunis en petits groupes ont ainsi tenté de disperser l’action de la police antiémeute. Dans la capitale, tandis que des barricades s’érigeaient peu à peu, de longues files d’automobilistes s’immobilisaient dans les grandes artères afin de bloquer les forces de l’ordre. Inventive, la rue est aussi parvenue à déjouer la coupure généralisée d’Internet en vigueur depuis dimanche soir, communiquant via Telegram, accessible grâce à des VPN. Et pour ceux qui ne disposent pas de cette technologie, le bouche-à-oreille prend le relais.

« Loukachenko a fait une erreur, pense Alesia Rudnik, analyste politique du Center for new ideas à Stockholm. Couper Internet ne fait qu’accroître la mobilisation. Quand les gens n’ont pas accès à YouTube ou Facebook ils veulent voir par eux-mêmes. »

Il reste que le pouvoir a montré une fois de plus qu’il n’avait guère de tabou dans l’usage de la force. Dans la capitale, l’armée a été déployée. Au-delà des arrestations massives, les policiers antiémeutes tiraient sur la foule à coup de balles en caoutchouc. A Brest, ville non loin de la frontière polonaise, les manifestants faisaient état de blessures provoquées par des grenades assourdissantes. A Vitebsk, au nord est du pays, les journalistes de la radio Svoboda rapportent qu’une vingtaine de personnes ont été jetées sur l’asphalte, mises à genoux, battues puis embarquées dans la fourgonnette des forces de l’ordre. L’une des journalistes s’est fait arracher sa caméra.

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