En Algérie, la mort du général Ahmed Gaïd Salah rebat les cartes au sommet de l’Etat – Le Monde

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Le président algérien nouvellement élu, Abdelmadjid Tebboune, et le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major des armées à Alger, le 19 décembre.

La tradition algérienne de s’abstenir de polémiquer à propos des morts n’a pas été totalement respectée. Dès l’annonce du décès, lundi 23 décembre, du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, 79 ans, chef d’état-major et vice-ministre de la défense, les réseaux sociaux se sont emparés de l’information et l’ont largement commentée.

La nouvelle est tombée dans la matinée. Selon un communiqué lu à la télévision, le général est décédé à 6 heures du matin « des suites d’un arrêt cardiaque à son domicile avant d’être transféré à l’hôpital central de l’armée ». Même en ces premières heures de période de deuil, la controverse qui entourait celui qui était devenu le seul homme fort du pays depuis le 22 février, date du début du Hirak, le mouvement de contestation de la candidature de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, est restée très présente. Pour preuve les vifs échanges sur Facebook et Twitter entre ceux qui lui prêtent le rôle de celui qui a « sauvé l’Algérie » et ceux qui l’accusent d’avoir œuvré à faire perdurer un système de pouvoir contesté.

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Au-delà des polémiques, parfois très vives, au sujet de la personnalité et de l’action du haut gradé, les Algériens s’interrogent surtout sur les conséquences de cette mort subite de l’homme fort du pays, qualifiée par le ministère de la défense de « douloureuse et tragique épreuve pour l’Algérie ».

Pas de signaux clairs

Formellement, le président Abdelmadjid Tebboune, élu le 12 décembre, dispose, au regard de la Constitution actuelle, d’un pouvoir quasi monarchique lui permettant de prendre des mesures d’apaisement et d’engager le pays sur la voie du changement. Mais les Algériens savent qu’il devra en réalité composer avec l’état-major, qui continue d’être au cœur du système politique algérien. La disparition de Gaïd Salah, dont on s’attendait à ce qu’il rempile à la tête de l’armée et au ministère de la défense, pourrait-elle changer la donne ? L’armée algérienne continuera-t-elle à suivre la ligne dure fixée par Gaïd Salah vis-à-vis du Hirak ou choisira-t-elle de prendre le chemin de l’ouverture ?

Le nouveau président, devenu de fait la « voix » du régime, n’a pas encore envoyé de signaux clairs sur la politique qui va être suivie dans les prochaines semaines. Son appel au dialogue reste vague, alors que les opposants politiques et les militants du Hirak font de la libération des détenus d’opinion et de la fin du contrôle sur les médias audiovisuels des préalables absolus. Les appels à la poursuite de la contestation de manière pacifique restent puissants sur les réseaux sociaux, mais la fin du « vide institutionnel » ne met pas fin à la crise politique.

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