Les transports et la plupart des lycées sont fermés, mais certains commerces et administrations ouverts. Abdelaziz Bouteflika pourrait être de retour à Alger dimanche.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 13h27, mis à jour à 16h07

Temps de Lecture 3 min.

Les lycéens ont manifesté dans le calme à Alger dimanche matin.

Les lycéens ont manifesté dans le calme à Alger dimanche matin. RYAD KRAMDI / AFP
Lycées fermés, transports à l’arrêt à Alger, mais certains commerces et administrations ouverts : l’appel à la grève générale contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika était diversement suivi en Algérie, dimanche 10 mars.

Dans le même temps, le président algérien pourrait être de retour dans la capitale dans la journée. En effet, un avion officiel algérien, censé transporter le président Abdelaziz Bouteflika, a quitté dimanche la Suisse, où le dirigeant avait suivi pendant deux semaines des examens médicaux. L’appareil était arrivé à l’aéroport de Genève dans la matinée et en a redécollé vers 16 heures (heure locale, 15 heures GMT), peu après l’arrivée d’un important convoi en provenance de l’hôpital où M. Bouteflika avait été traité.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Kamel Daoud : « En Algérie, l’humiliation de trop »

Situations contrastées dans le pays

Dimanche, aucun train – de banlieue ou grande ligne – ne partait des gares de la capitale et aucun métro, tramway ou bus ne circulait. A Alger, et à travers tout le pays, la plupart des lycées sont fermés et de nombreux élèves défilent dans plusieurs villes.

Une majorité de magasins du centre commerçant d’Alger, comme du quartier populaire de Bab El Oued ou de Zéralda, en banlieue, n’ont pas ouvert dimanche, qui est un jour de semaine en Algérie. En revanche, de nombreux commerces sont ouverts dans plusieurs autres quartiers de la capitale, selon des habitants. Et la plupart des administrations semblent fonctionner.

Hors de la capitale, la situation est également contrastée, selon les villes. Si à Oran, deuxième ville du pays, la plupart des commerces étaient ouverts, à Annaba, quatrième ville du pays, deux des principaux marchés de la ville étaient fermés, de même que tous les commerces et administrations. Selon le site d’information TSA (Tout sur l’Algérie), les salariés de la branche agroalimentaire du conglomérat Cevital, plus important groupe privé algérien, sont en grève et « la production de sucre et d’huile est à l’arrêt ».

En France, quelques milliers de personnes se sont retrouvées à Paris pour protester contre M. Bouteflika. Souvent revêtus de drapeaux algériens, les manifestants, réunis sur la place de la République dans le centre de Paris, scandaient « Pouvoir assassin » ou « Système dégage ». « Mettons le FLN au musée », « un seul héros, le peuple », « pour une rupture radicale avec le système », pouvait-on lire sur les banderoles et pancartes, certaines portées sur la statue de la République.

Vacances imposées dans les universités

Par ailleurs, face aux grèves et manifestations dans les universités, le gouvernement a décidé samedi d’avancer les vacances dès le dimanche 10 mars, au lieu du 21 mars comme prévu initialement, et de les allonger de dix jours pour courir jusqu’au 4 avril. Beaucoup d’étudiants qui poursuivent leur cursus loin de chez eux résident dans des cités universitaires qui seront fermées durant toute la durée des vacances, les forçant ainsi à quitter les campus et a fortiori les villes où la contestation est la plus forte. Refusant de se plier à cette décision, des étudiants et des enseignants occupent plusieurs universités du pays. Quelque 2 000 étudiants et enseignants sont notamment rassemblés à l’Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene (USTHB) à Alger, pour dénoncer cette mesure.

Vendredi, pour la troisième semaine de mobilisation contre le président Bouteflika, une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d’Alger et des grandes villes d’Algérie. Défiant les mises en garde sur les risques de « chaos » lancées la veille par le chef de l’Etat, hospitalisé à Genève mais qui refuse de céder, la foule a défilé en arborant de grands drapeaux algériens rouge, vert et blanc. A Alger, la mobilisation a été très largement supérieure à celles des deux précédents vendredis, pourtant déjà impressionnantes.

Abdelaziz Bouteflika, président depuis 1999, a été rarement vu en public depuis un AVC dont il a été victime en 2013. Pour faire face aux rumeurs d’une dégradation de l’état de santé du président, son directeur de campagne a assuré jeudi que celui-ci n’inspirait « aucune inquiétude » et que les examens qu’il subit en Suisse seront bientôt terminés. Mais une avocate agissant pour le compte d’une citoyenne algérienne non identifiée a déposé vendredi une requête devant un tribunal suisse demandant le placement sous curatelle de M. Bouteflika en raison de son état de santé qui l’expose à être « manipulé » par son entourage.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi A Alger, une marche pour « la dignité » historique
Notre sélection d’articles pour comprendre la contestation en Algérie

Depuis le 22 février, le mouvement de protestation le plus important des deux dernières décennies en Algérie a poussé des dizaines de milliers de personnes dans les rues pour exprimer leur opposition à un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, avant l’élection présidentielle prévue le 18 avril.

Retrouvez ci-dessous les contenus de référence publiés par Le Monde pour comprendre la crise qui traverse le pays :

Suivez toute l’actualité de l’Algérie dans notre rubrique spéciale ainsi qu’avec l’édition WhatsApp du « Monde Afrique ».