VIDÉO – En pleine tempête Miguel, trois sauveteurs de la Société national de sauvetage en mer sont décédés vendredi dans le chavirage de leur bateau au large des Sables-d’Olonne, en Vendée. Les rescapés ont témoigné.

Dimitri Moulic, Alain Guibert et Yann Chagnolleau. Ces trois hommes ont disparu en mer vendredi 7 juin au large des Sables-d’Olonne, en Vendée, en tentant de porter secours avec quatre autres membres d’équipages à un chalutier en détresse dont le propriétaire est toujours porté disparu ce samedi. A bord du canot Jack Morisseau, vedette de la SNSM, les sept sauveteurs expérimentés s’étaient lancé en pleine tempête Miguel pour aller secourir le Carrera sur lequel naviguait seul Tony Guibert, retraité qui partait pêcher la crevette pour compléter sa retraite. Quatre sauveteurs sont parvenus à regagner la rive à la nage.

Tempête Miguel : les images du bateau de la SNSM chaviré – Regarder sur Figaro Live

Un de ces quatre rescapés, légèrement blessé, a passé la nuit à l’hôpital en observation. Deux autres ont témoigné, dont Christophe Monnereau et David Brossard: «On a perdu des amis, des copains (…) On a eu de la chance d’en revenir, c’est tout. On a eu une putain d’étoile et pas eux».

La préfecture maritime de la Vendée a précisé que les quatre survivants avaient regagné la côte à la nage après que le bateau a chaviré, à plusieurs centaines de mètres de la plage. Les trois autres marins ont eux été «pris au piège» à l’intérieur du bateau, «les brassières de sécurité se sont gonflées et ça les a plaqués au plafond». Toujours d’après la préfecture, des personnes présentes sur le rivage ont tenté de porter secours aux sauveteurs et des pompiers ont même sauté à l’eau malgré la houle pour aider les sauveteurs à rejoindre la rive. Le maire LR de la ville, Yannick Moreau, a indiqué sur BFMTV que les marins morts en mer, âgés de 28 ans, 51 ans et 55 ans, étaient «bien connus, professionnels», qu’ils étaient des «pêcheurs pour la plupart». Il a également salué «l’engagement, la générosité» de ces hommes «pour aller chercher un bateau dont on ne comprend pas ce qu’il faisait en mer ce matin (vendredi)».

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Clochés sonnées et possible hommage national

«Cette disparition tragique provoque une immense émotion dans la famille des sauveteurs en Mer», a déclaré Xavier de la Gorce, président de la SNSM. Les trois victimes appartenaient à des familles «très connues aux Sables-d’Olonne», rapporte Ouest-France. Vendredi après-midi, des agents municipaux ont mis les drapeaux de la cité en berne. Car «la ville est en deuil» a déclaré Yannick Moreau. «C’est un drame et un grand choc pour nous». Dès l’annonce de ces disparitions, les Sablais sont venus se recueillir en silence devant la silhouette brisée du canot retourné sur les rochers. À midi ce samedi, les cloches de la ville devaient sonner en hommage à ces trois sauveteurs.

Le ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, François de Rugy, s’est rendu sur place dès vendredi après-midi et a annoncé un possible hommage national dans les jours à venir. «Nous partageons la très grande tristesse, l’émotion aussi non seulement des familles qui sont en deuil, que j’ai longuement rencontrées, mais aussi celles de la communauté maritime, les gens de mer. (…) C’est un choc pour les habitants des Sables-d’Olonne, de la Vendée mais aussi sûrement de la France entière», a-t-il déclaré.

Dominique Bussereau, président du Conseil départemental de Charente-Maritime, a également affirmé qu’il «faudrait un hommage national». Emmanuel Macron a fait part vendredi sur Twitter de son émotion: «Animés par l’esprit de solidarité des gens de mer, trois sauveteurs de la SNSM ont perdu la vie ce matin alors qu’ils tentaient de sauver des marins en détresse. Je pense à leurs familles, à leurs équipiers, camarades de la SNSM, et à l’ensemble de la communauté maritime.»

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Les sauveteurs, des héros dignes «des deux commandos mort au Burkina-Faso pour libérer des otages»

Lors d’un point presse samedi matin, Xavier de la Gorce a mis en avant «la noblesse de l’engagement des sauveteurs», dressant un parallèle avec les deux membres du commando Hubert morts au Burkina Faso en sauvant deux touristes et les pompiers qui ont éteint l’incendie ravageant la cathédrale de Paris. «Les pompiers de Notre-Dame ne se sont pas posé de question, il fallait y aller, ils y sont allés, les sauveteurs (en mer), c’est la même chose», a affirmé M. De la Gorce. Après activation de la balise de détresse du bateau en perdition, les sauveteurs de la SNSM ont été prévenus par le Cross (Centre régional opérationnel de secours et de sauvetage). «Le Cross a dit ‘si vous pouvez y aller c’est bien mais si vous ne pouvez pas…Ils (les sauveteurs) ont dit ‘on y va’ car il n’y a pas de refus d’obstacle chez les sauveteurs», a expliqué Xavier de la Gorce.

Pour la SNSM, association rassemblant plus de 8000 bénévoles formés au secourisme, c’est l’accident le plus grave depuis plus de 30 ans. «L’heure est d’abord à la tristesse mais aussi au réconfort, celui que l’on doit manifester aux familles, à la communauté des sauveteurs et à la communauté maritime», a confié le président de la SNSM, seule organisation en France dédiée au sauvetage en mer.

Les recherches pour retrouver le pêcheur retraité ont quant à elles étaient stoppées vers 20h vendredi soir après des heures de recherches par hélicoptères. «Nous allons passons à une autre phase dans les jours qui viennent qui consistera à aller relocaliser la coque du bateau de pêche, a indiqué préfet maritime de l’Atlantique Jean-Louis Lozier. À ce stade, il n’y a plus d’espoir de retrouver le corps du pêcheur à la surface.» Une enquête a été ouverte et confiée à la brigade de gendarmerie maritime des Sables-d’Olonne ainsi qu’à la brigade de gendarmerie maritime de Lorient.