Emmanuel Macron empêtré dans le débat sur l’« islamo-gauchisme » – Le Monde

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Emmanuel Macron lors d’une visioconférence en amont de la conférence sur la sécurité à Munich, depuis l’Elysée à Paris, le 19 février.

« Marginal » ou « indubitable » ? Le gouvernement semble avoir perdu sa boussole pour qualifier l’« islamo-gauchisme », phénomène dont la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, estime qu’il « gangrène » l’université.

Durant tout le week-end, les troupes d’Emmanuel Macron se sont succédé dans les médias pour étaler leurs désaccords, un classique au sein de l’exécutif quand pointent les questions de laïcité ou d’identité. « Si phénomène il y a, il est extrêmement marginal, a ainsi évacué, dimanche 21 février, sur RTL, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. La priorité aujourd’hui pour le gouvernement c’est d’aider les étudiants à traverser cette crise [du Covid-19]. » La veille, pourtant, sur BFM-TV, son collègue ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qualifiait l’« islamo-gauchisme » de « fait social indubitable ». « Ce serait vraiment ne pas regarder la vérité en face que de ne pas voir que l’université, les services publics, des associations sont touchés par l’islamisme aidé parfois par les gauchistes », a appuyé pour sa part le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, sur Radio J.

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Comme souvent, ce type de débat échappe à celui qui l’a lancé. Il en va ainsi de Frédérique Vidal, qui avait allumé la mèche, le 14 février, en dévoilant son intention de demander une enquête au CNRS sur l’imprégnation de l’« islamo-gauchisme » au sein de l’université, afin de distinguer « ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ». Une manière de viser, en particulier, le champ des études postcoloniales, importé des Etats-Unis.

« La menace d’une répression intellectuelle »

Le tollé a été immédiat et massif dans une partie du monde universitaire et politique. « Nous ne pouvons que déplorer l’indigence de Frédérique Vidal, ânonnant le répertoire de l’extrême droite sur un “islamo-gauchisme” imaginaire », ont dénoncé, dans une tribune au Monde, samedi, plus de 800 membres du personnel de l’enseignement supérieur et de la recherche.

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Assurant déceler dans ses propos « la menace d’une répression intellectuelle », ils réclament sa démission. « Elle doit partir. La ministre qui porte la disqualification de la recherche et de l’enseignement supérieur dans notre pays ne peut rester en poste », a approuvé, dimanche, sur France 3, le député européen (Europe Ecologie-les Verts, EELV), Yannick Jadot. « Nous ne sommes pas dans un exercice de confrontation d’idées mais dans une dérive inacceptable où le pouvoir s’autorise à dire ce que les chercheurs peuvent chercher », critique le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, qui pointe « une forme de maccarthysme, une censure qui ne dit pas son nom ».

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