Elections américaines : Joe Biden et l’invisible campagne – Le Monde

Spread the love
  • Yum
Le candidat démocrate à la présidentielle américaine, Joe Biden, le 6 octobre à Hagerstown (Maryland).

Les plus anciens se souviennent de Roger et moi, le film de Michael Moore arpentant, en 1989, sa ville désertée de Flint (Michigan), à la recherche de Roger Smith, invisible patron de General Motors mais responsable, selon lui, du désastre industriel ayant frappé sa ville. Il y avait un côté « Joe and me » dans la campagne de Joe Biden, invisible pour cause ou sous prétexte de Covid-19. Les journalistes autorisés à le suivre étaient une poignée, dont la presse non anglo-saxonne et Le Monde ne faisaient pas partie. On ne s’est pas découragés, cherchant à débusquer le candidat démocrate.

Lire aussi Elections américaines 2020 : revivez les premières heures de cette journée électorale

La première fois, c’était dans son fief de Wilmington, petite ville coloniale du Delaware, où l’ancien vice-président de Barack Obama devait présenter sa colistière, Kamala Harris. Aiguillonnés par la presse américaine, on s’est donc rendus, ce 12 août, dans l’hôtel vintage de la ville, l’hôtel Du Pont, de la dynastie franco-américaine qui fit fortune dans la chimie. C’est là que Joe Biden avait déclaré sa candidature au Sénat en… 1972. Selon les Tweet du New York Times, qui a repéré les préparatifs la veille, c’est là qu’il se trouve, c’est sûr. La preuve en est que des ouvriers s’affairaient, et on était donc ravis de notre coup dans le vestibule désert de l’hôtel. Un message à l’équipe de campagne est envoyé jusqu’à ce que vienne une réponse laconique : il n’y a pas d’événement à l’hôtel Du Pont.

Puis arrive un compte rendu du pool des journalistes qui mettent les informations à la disposition des autres médias, indiquant enfin que le candidat démocrate et son équipe sont à l’autre bout de la ville, dans un lycée. On saute dans un Uber pour nous précipiter sur les lieux : impossible d’entrer. On interroge les quelques fans accourus qui nous parlent de Joe-de-chez-nous, et on suit le discours en streaming. Toute la campagne de Biden se déroule avec des plans fixes sur la scène, comme en temps normal. Mais il n’y a pas de public. L’audience est composée du pool et d’une poignée de responsables démocrates. Puis Joe Biden et Kamala Harris s’en vont en convoi, sans saluer. On ne les a pas vus. On a eu tort de ne pas retourner à l’hôtel Du Pont : les candidats y sont allés pour organiser une levée de fonds.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Présidentielle américaine : les démocrates à l’assaut du Sénat

Unique message

Pas découragés, on décide de suivre Joe Biden dans les Etats industriels des Grands Lacs. Pour Donald Trump, c’est facile : on s’accrédite, on reçoit une réponse positive et l’on peut papoter avec les militants pendant des heures avant un meeting au cœur du Wisconsin. Le lendemain, on sait que Joe Biden sera dans le Minnesota voisin. Il a choisi la cité minière de Duluth, est-on informés l’avant-veille. Il faut conduire 380 km au nord-ouest. Et attendre 14 h 17 le vendredi 18 septembre, soit exactement vingt-sept minutes après le début de l’événement, pour apprendre qu’en réalité, la réunion a lieu dans le centre syndical d’une ville de la banlieue de Duluth. On arrive sur les lieux pour ne rien voir, si ce n’est une poignée de militants démocrates et républicains s’invectivant. On écoutera dans la voiture du retour le discours très charpenté de Joe Biden sur les ouvriers.

Il vous reste 36.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Leave a Reply

%d bloggers like this: