Elections américaines 2020 : le trumpisme, héritage durable de la politique des Etats-Unis – Le Monde

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Editorial du « Monde ». Joe Biden sera peut-être président à l’issue du décompte des votes, mais Donald Trump n’est pas tout à fait vaincu. Le président sortant a réussi à mobiliser au moins 68 millions d’électeurs américains, soit 5 millions de plus que pour sa victoire de 2016. C’est un fait : loin d’être un accident sur la scène électorale américaine ou un interlude à la Maison Blanche, le trumpisme, quel que soit celui qui occupera le bureau Ovale en janvier, marquera durablement l’évolution politique des Etats-Unis.

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Si M. Biden gagne, il devra compter avec cette force transformatrice, qui l’avait déjà obligé à réorienter l’axe de la campagne électorale démocrate en direction des cols bleus et de leurs préoccupations économiques. Il devra compter avec un Sénat vraisemblablement dominé par les républicains – cinq sièges restaient à attribuer, jeudi 5 novembre – dont les capacités de blocage seront considérables, et une Chambre des représentants où la majorité démocrate s’est réduite. Il aura surtout en face de lui un Parti républicain profondément remanié sous l’influence de Donald Trump et devenu un instrument de l’extrême polarisation qui caractérise aujourd’hui la société américaine.

La vigueur de cette dynamique dépendra, en partie, du rôle que Donald Trump s’attribuera s’il doit quitter la Maison Blanche en janvier, après trois mois de transition qui promettraient alors d’être turbulents. Le poids personnel de cet homme politique hors normes, son charisme et l’effet qu’il produit sur sa base sont un facteur important de sa popularité, même s’il s’est beaucoup appuyé sur le prestige et les moyens de la présidence des Etats-Unis pour en jouer. Il est difficile d’imaginer que M. Trump, même à 74 ans, décide de se retirer sagement dans son domaine de Mar-a-Lago, en Floride, et s’efface du paysage.

Mais, même sans Donald Trump au pouvoir, le score qu’il a réalisé dans des Etats comme l’Ohio, la Floride, le Texas et l’Iowa, renforcé par les performances des sénateurs républicains qui ont renoncé à la ligne traditionnelle modérée du « Grand Old Party » pour adopter le trumpisme, traduisent un mouvement de fond.

Persistance des clivages

L’ancrage du trumpisme se révèle plus fort qu’en 2016 dans les zones rurales à majorité blanche et les petites villes du pays. Les sondages de sortie des urnes confirment la persistance des clivages qui caractérisent l’électorat de Trump : il est très majoritairement blanc (86 %, contre 62 % des électeurs de Joe Biden), peu urbain, il est beaucoup plus préoccupé par la crise économique que par la crise sanitaire due à la pandémie, et est très hostile au discours des militants de gauche sur les violences policières.

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En 1999, alors qu’il caressait déjà l’idée de se présenter à la Maison Blanche, Donald Trump remarquait qu’aucun des candidats de l’époque ne parlait pour « les travailleurs et les travailleuses du centre » du pays. Il a fait de cette catégorie son socle électoral, qui ne lui a jamais fait défaut depuis quatre ans et qu’il a encore élargi, en gagnant notamment une partie non négligeable de l’électorat hispanique. Le Parti démocrate n’a manifestement pas tiré toutes les leçons de cette stratégie, qui avait coûté la victoire à Hillary Clinton en 2016.

Il reste que, si Donald Trump a conquis la moitié de l’électorat américain, c’est à grand renfort de démagogie nationaliste, de tensions permanentes, de mépris pour les institutions et de mensonges éhontés. C’est aussi ça, le trumpisme : une méthode qui résonne au-delà des frontières américaines.

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Le Monde

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